‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 38 sur 40 · OBSERVATION XXV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXV

Engorgement péri-articulaire de nature diathésique. — M. L. , âgé de 18 ans, habite Lyon avec son père, qui est négociant dans cette ville. Il a présenté, pendant son enfance, les diverses manifestations de la diathèse strumeuse : engorgement ganglionnaire au cou; douleurs vives dans le genou gauche, avec tuméfaction. Est resté longtemps en traitement: huile de foie de morue, sirop de Portai, tisane de feuilles de noyer. Application de nombreuses pastilles de potasse autour de l’articulation, dont il présente encore les cicatrices. Depuis lors, difficulté dans la marche, à cause des douleurs qu’elle fait naître dans le genou gauche. Ces douleurs subissent l’intluence des changements de temps. Les fonctions générales s’exécutent bien cependant. Il vient à Balaruc dans le courant du mois de juillet. Il présente bien tous les attributs du tempérament lymphatique et de la diathèse strumeuse ; il y a encore au cou , quand on cherche bien, quelques petites glandes engorgées qui roulent sous le doigt explorateur ; il constate encore quelquefois un léger suintement derrière les oreilles. Mais c’est surtout pour le genou qu’il vient à Balaruc.

Cette articulation est encore tuméfiée, mais elle n’est

point cliaiide quand on la touche ; on n’y constate aucun changement de coloration, elle n’est douloureuse que lorsqu’on veut lui imprimer des mouvements de flexion et d’extension. 11 n’y a aucun symptôme d’acuité. Le membre est faible, en général, et la démarche est hésitante, précisément à cause des douleurs qu’elle fait naître quand le malade s’appuie sur le membre gauche. L’articulation paraît plus saillante, parce que le membre a subi un certain degré d’amaigrissement. Cependant, en prenant la mesure de la circonférence du genou des deux côtés, nous trouvons une augmentation de deux centimètres environ pour le côté malade et une diminution d’un centimètre et demi dans le volume du mollet, par rapport à celui du côté sain. Les muscles paraissent également plus flasques. On constate un empâtement particulier très-manifeste ; il n’y a pas de liquide épanché dans l’articulation, ou du moins les pressions méthodiques excercées sur la rotule n’en donnent pas la sensation ; la seule que l’on perçoit, c’est celle d’un état fongueux des tissus circonvoisins.

Nous avons donc affaire ici à un engorgement péri-articulaire de nature diathésique. Je prescris donc : Eau thermale de Balaruc à dose peu élevée, un ou deux verres par jour, à prendre par quart de verre, tous les matins, à jeun, comme tonique reconstituant. En même temps, je fais appliquer tous les jours un cataplasme de boue minérale sur le genou et la jambe du côté gauche, et je fais suivre cette application d’une douche générale. Au bout de quelques jours de traitement , une réaction évidente apparaît : le genou est plus chaud, la coloration paraît plus rouge et les douleurs plus vives dans les mouvements d’extension. Je recommande au malade de ne pas marcher beaucoup. Je fais envelopper legenou dans de la flanelle, pour l’isoler, le maintenir à l’abri du contact du vent du Sud-Ouest, qui règne dans ce moment. Je ne soumets le malade à l’application delà boue que tous les deux jours ; je la fais suivre

d’un bciin simple à température modérée ; les autres jours,, je continue l’usage de la douche générale et la boisson. Les phénomènes de réaction sont ainsi maintenus dans de justes limites.

Après un mois de séjour et de traitement, le malade quitte 1 Établissement, et je constate une amélioration considérable dans sa démarche ; il peut plus facilement appuyer le pied sans éprouver de vives douleurs. L’état fongueux des tissus péri-articulaires a disparu ; l’articulation du genou n’a plus cet aspect globuleux qu’elle avait dès le début du .traitement ; la rotule est plus saillante, elle n’est plus comprise dans les parties engorgées, elle paraît plus mobile. La tuméfaction articulaire a diminué quoiqu’il y ait encore une légère différence entre les deux genoux ; cette différence n’est pas d’un centimètre. Le volume du mollet du côté malade a augmenté d’une manière très-sensible, la différence entre les deux côtés est peu considérable. Je dois dire que j’avais eu le soin de faire envelopper tout le membre inférieur dans un grand cataplasme de boue minérale, que l’on devait humecter avec 1 eau de Balaruc additionnée d’eau mère.

Nul doute que si ce jeune homme vient, cette année, se soumettre de nouveau au meme traitement par nos eaux thermales, nous n’obtenions une guérison complète. L’état général, au moment du départ de Balaruc, était très-satisfaisant.

Je pourrais multiplier le nombre de mes observations, en publiant toutes celles que j’ai pu recueillir, soit dans ma clientèle à l’établissement thermal, soit dans les services d’hommes, de femmes et de militaires de l’hôpital. Je me propose plus tard de faire paraître un travail de statistique portant sur tous les malades traités auprès de cette station hydrominérale. Pour aujourd’hui, mon but est d’attirer l’attention de mes confrères sur la station de Balaruc, de leur

rappeler les actions physiologique et thérapeutique de cette eau minérale, de mettre en regard les diverses affections morbides dans lesquelles ils doivent ordonner ou défendre l’usage de ces eaux, et de les fixer, enfin , sur les précautions indispensables à leur 'bonne administration.

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