‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 7 sur 40 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Action physiologique des eaux de. Balaruc.

Avant d’aborder les actions physiologique et thérapeutique de l’eau de Balaruc, jetons un coup d’œil rapide sur le mode d’absorption des substances minéralisatrices de ces eaux. L’absorption se fait par la peau et les voies respiratoires. On a discuté longuement la question suivante : la peau absorbe-t-elle les substances tenues en dissolution dans les bains minéraux? Les auteurs ont été divisés, et les idées sur cette question sont encore contradictoires. Les uns ont prétendu que 1 absorption cutanée est nulle. Ils appuient leur opinion sur des expérimentations faites sur des bains qu ils avaient rendus médicamenteux, en leur ajoutant des solutions de substances qu’il est facile de reconnaître dans les produits de sécrétion et qui ne se rencontrent pas habituellement dans Léconomie , ou bien en ajoutant des substances qui se manifestent, après leur absorption, par des phénomènes spéciaux. Mais ces eaux minérales artificielles peuvent-elles être comparées à celles dont les sels minéralisateurs ont été soumis quelquefois à des températures et à des pressions énormes? Pour ne citer qu’un exemple, l’arsénite de fer, qui est insoluble dans l’eau , ne se ren-

contre-t-il pas à l’état de dissolution complète, et non en suspension, dans les eaux thermales de Sjlvanès? Ces eaux minérales , en venant émerger sur la surh\ce du sol, viennent d’une profondeur telle, que la pression et la température qu’elles y subissent rendent les combinaisons chimiques et plus intimes et plus stables. N’a-t-un pas reconnu , par exemple, que Faction des eaux ferrugineuses est plus énergique que quelle préparation martiale que ce soit? Le docteur Pâtissier n’est-il pas de l’avis que c’est à cet état de dissolution , à cet état d’extrême division du fer dans les eaux , ainsi qu’à son union intime avec d’autres principes minéralisateurs, qu’il faut attribuer une telle efficacité? D’autres hydrologues pensent que cette dissolution extrême de ces substances peut favoriser l’absorption cutanée. Dans tous les cas , cette absorption est très-faible, les quantités de sels absorbés sont infinitésimales , et elle ne se fait qu’à la suite d’un usage prolongé de ces eaux , à la suite d’une imbibition préalable de l’épiderme. Ne sait-on pas que les tissus épithéliaux ne s’imbibent qu’à la longue ?

L’action physiologique des eaux chlorurées sodiques, nous dit M. Durand-Fardel (1) , se confond intimement avec leur action thérapeutique. Les eaux minérales de cette classe doivent surtout leur action curative à la présence même de ces chlorures. Parmi ces sels, il en est que l’on peut, du reste, administrer à ■ de hautes doses et dans lesquels il y a lieu , par consé-

(l) Durand-Fardel. — Traité thérapeutique des eaux minérales.

(|uent, de considérer l’effet physiologique du chlore, comme dans les bromures et les iodures il y a Heu de considérer le brome et l'iode. Tels sont les chlorures des métaux alcalins (Tj. Pour beau qui no«s occupe, c’est surtout le chlorure de sodium qui doit principalement attirer notre attention. Le chlorure de magnésium , qui vient augmenter l’effet purgatif de l’eau , présente des effets physiologiques qui peuvent être rapprochés de ceux du chlorure de sodium. Ce sel est absorbé rapidement une fois introduit dans le tube digestif ; ce qui le prouve , c’est sa présence en excès dans les urines et la salive quelques moments après son ingestion. Par les voies respiratoires, son absorption est encore plus rapide, et c’est ce qui rend la respiration d’une atmosphère surchargée de sels marins si efficace dans le traitement de la scrofule. Si son absorption est rapide, son élimination ne l’est pas moins ; mais celle-ci n’est jamais complète comme après l’ingestion des chlorates, des iodures, des arsénicaux. Dans ces cas, l’élimination se continue jusqu’à ce qu’il ne reste aucune trace de ces sels dans l’économie; mais pour le chlorure de sodium, quelque rapide et active que soit l’élimination , elle n’est jamais complète ; il n’y a que l’excès sur la quantité qui existe normalement dans le sang qui disparaît. Cette élimination se fait ordinairement par les reins et les glandes sudgripares.

L action physiologique de l’eau thermale de Balaruc

(l) Rabuteau. — Éléments de thérapeutique et de pharmacologie.

est, on peut le dire, générale ; elle se manifeste donc sur la peau , les muqueuses , le système sanguin , les nerfs et sur les grandes fonctions également. Au bout de quelques jours de traitement, il se manifeste un certain degré d’excitation générale qui contraste singulièrement avec le résultat tout opposé que l’on avait obtenu pendant les premiers jours. A ce calme et à cette action tonique , qui apparaissent dès le début, succède de la fatigue générale, de la lassitude, qui accompagnent cette excitation. 11 faut surveiller ce chang'ement survenu dans l’état général , modérer le traitement et quelquefois Tinterrompre pendant deux ou trois jours. Dès le début du traitement , la circulation du sang dans la peau devient plus active ; cela se comprend, facilement lorsqu’on songe à la richesse minéralisatrice de cette eau en chlorure de sodium ; les terminaisons des nerfs qui viennent s’épanouir dans le tissu cutané subissent cette action directe excitante et la transmettent aux nerfs vaso-moteurs , d’où cette suractivité dans la circulation du tissu tégumentaire. J’ai constaté chez plusieurs malades des démangeaisons à la peau quelquefois très-intenses. Un entre autres se plaignait , après chaque bain , de souffrir de ces démangeaisons très -vives au niveau de la cicatrice d’une incision faite sur un anthrax , quelques mois auparavant. Dans ces cas , la peau ne présente pas de changement bien notable dans sa coloration; elle serait cependant un peu plus rouge, après un bain pris à une température peu élevée. Ces démangeaisons et cette suractivité vitale dans le tissu cutané deviennent

plus manifestes après l’usage des eaux mères ; aussi doit-on les employer avec parcimonie et précautions , surtout lorsqu’on a à traiter un jeune enfant ou une jeune fille à peau fine et délicate. Dans la majorité des cas, cette excitation cutanée n’est pas accompagnée de démangeaisons , car l’eau de Balaruc est, en général, légèrement onctueuse au toucher. La conséquence de cotte suractivité vitale de la peau est une suractivité fonctionnelle, qui se traduit par un peu de sueur.

L’eau de Balaruc a une action bien manifeste sur les muqueuses en général , elle en excite les fonctions. Appliquée en lotions sur les yeux , nous voyons les muqueuses palpébrales prendre peu à peu une coloration plus rouge, les larmes se sécréter en plus grande abondance , et c’est ainsi que s’obtient la guérison des ophthalmies de nature scrofuleuse. La muqueuse buccale subit la même influence lorsqu’on emploie cette eau thermale en gargarisme , les glandes salivaires sécrètent une plus grande quantité de salive. Introduite dans l’estomac , cette eau chlorurée active la sécrétion du suc gastrique ; bien plus, elle lui rend ses propriétés indispensables à une bonne digestion , elle le rend acide sous l’influence de l’acide chlorhydrique rendu libre par les transformations et les décompositions successives que subit le chlorure de sodium. Parvenue dans l’intestin, elle produit une hypersécrétion très-considérable , d’où son effet purgatif. Pour résumer l’action physiologique de l’eau de Balaruc sur les muqueuses, on peut dire que, sous son

influence, la circulation sanguine devient plus active, et la conséquence de cette suractivité vitale est une hypersécrétion très-considérable des glandes qui entrent dans la texture du tissu muqueux.

Pour être moins manifeste, l’action physiologique de l’eau de Balaruc sur le sang et sur la circulation n en existe pas moins. Cette action est double, l’action directe porte sur la constitution même du sang : sous l’influence de l’eau chlorurée sodique, le sang devient plus riche en globules rouges. Cette augmentation 'du nombre des globules n’est pas due à une action héraatogène ou génératrice des hématies, comme l’est celle du fer, elle* dépend de l’action conservatrice .exercée par le chlorure de sodium sur les globules i rouges (1).

L eau de Balaruc, en excitant le système cutané, 'donne lieu à des actions réflexes dont les nerfs vaso- :moteurs subissent quelques fois l’influence ; la circulation est activée, nous l’avons déjà vu plus haut. -Nous verrons plus tard les heureux résultats de ces diverses actions physiologiques de l’eau de Balaruc, æt nous verrons aussi que l’usage de ces eaux n’est fpas sans danger lorsqu’elles sont employées contre les a^poplexies chez les personnes pléthoriques.

L’eau de Balaruc a une action évidente sur les n-eins ; lorsque l’action purgative est énergique, la 'Sécrétion urinaire est moins abondante ; dans les cas ')û, au contraire, c(3tte action purgative est difficile-

(1) Rabiiteaü. — Loc. cit.

ment obtenue, il y a une suractivité fonctionnelle trèsconsidérable sur les organes uropoïétiques. — Cette action sur les fonctions urinaires a été reconnue, il y a déjà bien longtemps, en l’an VIII, par un de mes prédécesseurs , le D’’ Pouzaire. Cet honorable praticien recommande avec insistance l’usage de cette eau minérale contre la gravelle.

J’ai eu l’occasion, depuis que je dirige le service médical auprès de*la station de Balaruc, de voir souvent un habitant du village qui a été autrefois traité avec succès de cette affection par l’usage de cette eau ; et il montre encore avec un certain orgueil plusieurs boîtes remplies de calculs qu’il a i?endus. — Il faut noter que depuis bien longtemps, trente ans peut-être, il n’a plus souffert de coliques néphrétiques et n’a plus rendu de calculs.

J’ai été bien souvent consulté par les baigneurs sur la présence du sable rouge que la plupart constatent dans l’urine du matin.

Frappé de ce fait qui se présentait si fréquemment à mon observation, j’en demandai l’explication à mes deux prédécesseurs à Balaruc, MM. les docteurs Le Bret et Crouzet. — Ces deux honorables praticiens me répondirent qu’ils attribuaient la présence de ce sable dans les urines à la suractivité fonctionnelle due à l’action de l’eau thermale sur les reins. — Les fonctions uropoïétiques sont tellement suractivées que rien ne peut séjourner ‘dans les bassinets qui sont lavés par une très-grande quantité d’urine.

Mais ce que ces honorables praticiens n’ont peut-

être pas constaté, c est la différence qui existe dans la texture des g'raviers rendus chez certains sujets avant ou après l’usage de l’eau thermale deBalaruc. — Cette différence de texture est très-manifeste au point de vue de la friabilité et du peu de cohésion des parties constituantes. On dirait que l’eau a une action dissolvante sur la substance qui rend adhérentes ces divers molécules entre elles. — Mon attention est éveillée sur ce point ; et je me propose de faire des études sur l’action de l’eau de Balaruc sur la gravelle et sur les graviers. Faudrait-il attribuer cette action aux sels de lithine qui entrent dans sa minéralisation ?

La températuie a une grande influence sur l’action physiologique de leau thermale deBalaruc. A l’action excitante de notre eau minérale vient s’ajouter celle de la température élevée. Ne voyons-nous pas, en effet, se produire une excitation vive lorsque le malade sort d un bain chaud, moindre lorsque la température est modérée? Dans le premier cas, on constate quelquefois de la fatigue générale, la perte du sommeil, des troubles de la digestion caractérisés par les symptômes d’un embarras gastrique. Aussi combien faut-il être prudent dans 1 indication de la température des bains chez les paralytiques de date récente ? Ce fait est surtout manifeste à l’hôpital, où je n’ai qu’une seule piscine à ma disposition ; je suis obligé de diviser mes malades en deux catégories, cherchant à réunir dans la même, à une température modérée, tous les malades dont les affections morbides sont plus ' récentes et dont les tempéraments ont certains points

de ressemblance, tandis que je tâche, autant que faire se peut, de réunir à une autre heure de la journée ceux qui, par l’ancienneté ou l’atonie de leur affection, ont besoin au contraire d’une température plus élevée.

Lorsque, par idiosyncrasie particulière, un malade ne peut supporter en boisson l’eau minérale à sa température ordinaire , nous l’administrons refroidie, et nous constatons une action purgative bien moins énergique; d’où la recommandation de la faire chauffer au bain-marie quand on la boit loin de la source.

En résumé, l’action physiologique de ces eaux chlorurées sodiques est bien générale, elle se fait sentir sur la circulation du sang, dont elle augmente la richesse en s’opposant à la destruction des globules rouges. Sous l’influence de cette richesse acquise, et surtout de l’excitation cutanée, la circulation devient plus active, d’où une suractivité vitale qui se manifeste dans les organes, et dont la conséquence est une suractivité fonctionnelle. Les glandes en général sécrètent en plus grande abondance, et c’est ainsi que s’expliquent les effets purgatifs de ces eaux, en même temps que l’on se rend un compte exact de leur effet résolutif. Une conséquence de cette suractivité générale, c’est que les fonctions digestives ne restent pas étrangères à cette scène si complexe, l’appétit se relève, les fonctions assimilatrices se font plus rapides et plus complètes ; d’où, comme conséquence ultime, les effets toniques et reconstituants que nous voyons survenir à la suite de l’usage de l’eau de Balaruc.

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