‹ Bâle, Berne et GenèveChapitre 14 sur 45 · UNE VISITE AUX AVOYERS. — BERNE SOUS LA NEIGE · texte numérisé non relu

UNE VISITE AUX AVOYERS. — BERNE SOUS LA NEIGE

Un Bernois de vieille souche, à qui je contais mes impressions de touriste curieux et chercheur, avide de connaître les trésors d'art de la vieille cité, m'écouta avec complaisance, puis me découragea d'un mot : (( Vous avez tout vu, me dit-il, et vous ne connaissez pas Berne. » J'étais un peu déçu d'un tel résultat, après plusieurs séjours dans la vieille ville suisse parcourue en tous sens, en été et en hiver, depuis les rives profondes de TAar jusqu'au sommet du Lîurten, d'où l'œil embrasse d'un regard la cité de jadis et celle de demain. Ou'avais-je donc négligé de si essentiel? Nous prîmes rendez-vous, et, sous la conduite de ce guide excellent, j'entrai, Kesslergasse, dans un vaste bâtiment du XViIl" siècle, qu'on me fit remarquer aimablement être l'œuvre d'un de mes compatriotes.

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C'était la biljliothèque de la ville. Deux révolutions d'escalier nous conduisirent dans une grande salle silencieuse, construite par l'architecte Antoine, de 1787 à 1792. Elle est encore ornée des portraits des Avoyers, qui tiennent ainsi séance à travers les âges, et qui donnent, par leurs costumes, leurs attitudes, leurs physionomies, à leurs arrières petits-fils conscience de ce que doit être un bourgeois de Berne digne de ce nom en lui disant ce qu'il est par ses origines et son histoire.

J'avais négligé de rendre visite à cette imposante assemblée, qui m'expliqua par sa seule vue l'air austère et grave de cette ville, essentiellement bourgeoise, et pourtant aristocratique; cette ville qui vécut pendant des siècles sous l'autorité entière et respectée de ses Avoyers, véritables souverains élus à vie parle « Petit Conseil et le Conseil des seize m, issus l'un et l'autre du « Grand Conseil », composé héréditairement des membres des familles patriciennes bernoises.

Et je songeais qu'ainsi cette cité se préparait à devenir la capitale de la Confédération helvétique par la sage administration des meilleurs de ses enfants; et que, dans le Mittelland se formait ainsi lentement, grâce à leurs épées et à leur sagesse, une ville d'une noble indépendance qui, à cause de cela, serait un jour l'arbitre de bien des conflits internationaux.

En sortant de la Bibliothèque de la ville, S ta cl t b i b l iotlick , ]e remerciai mon hôte de m'avoir si utilement initié aux usages de la maison, et prenant le Konihaiisb r iïcke Pont du grenier) je gagnai les hauteurs du Schanzli pour revoir d'ensemble la ville à qui je venais d'être plus solennellement présenté.

C'était une admirable journée d'hiver et de grande gelée ; tout enveloppée de neige, la petite capitale avait grand air ainsi. Peu de bruit : des rires et des cris d'enfants se « lugeant » un peu partout, à la sortie des écoles, sur les pentes rapides que les eaux bleu gris de l'Aar encerclent de leur ruban moiré; de loin en loin on entendait les bousculades et les inofîensives rencontres des minuscules traîneaux; derrière le Schanzli de grands jeunes gens s'essayaient au ski ; et plus loin encore, les balancements rythmés d'une bande du Club des Patineurs, animaient de leur grâce cet admirable et silencieux paysage.

Un peu partout, les grelots et les clochettes des traîneaux élégants ou humbles, signalaient de loin leur course rapide; ou bien par leur lente cadence, ils indiquaient qu'on gravissait la montagne, que les laitiers et les maraîcliers regagnaient leur chalet ou leur ferme dans l'Oberland, l'Emmenthal, le ^littelland, ou bien leurs villages du Jura, du Seeland et de la Haute-Argovie — car suivant les cantons, les toits suisses s'isolent

BERNE

OU se groupent. Au-dessus de ces premiers plans, des vapeurs bleues que la ville tenait suspendues masquaient à droite les pentes du Gurten et à gauche les taches sombres des bois d'Ostermundigen ; mais au delà et

au-dessus encore, libérée de la brume, et supra -terrestre, s'élevait une constellation neigfeuse :

les sommets des Alpes Bernoises, étincelants de soleil, et séparés par une bande de vapeurs impalpables de cette ville que le même soleil avait efflaurée seulement d'une courte caresse.

C'était d'une grande beauté. Et je compris que la ville participait à l'incontestable souveraineté de cette couronne neigeuse, de même que la noble terre provençale élargitle geste de celui qui partage la sérénité de ses jours.

Au milieu de la chaîne, la pure Jungfrau domine de ses 4.166 mètres tout un cortège de glaciers, de pointes rocheuses ou neigeuses. Aux deux extrémités du panorama se dressent, au nord le Wetterhorn, au sud le Doldenhorn, presque jumeaux de taille; entre eux deux et la Jungfrau, deux grands massifs rivalisent de beauté et de pureté : à droite le Blûmlisalp, le Gapaltenhorn, le Breithorn , à gauche le Schreckhorn, le Finsteraarhorn, l'Eiger et le 31oine.

Clii-hù Vollger.

L'Avoyer N.-F. Von Steiger (Bibliothèque de la Ville).

Le Pont du Grenier.

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