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LES PRINCIPAUX M0\ L'ME.N'TS

châtaigniers deux fois centenaires, ils reçoivent de graves et belles leçons sur cette terre des morts, près de leglise où ils iront prier, en face des Alpes, et entourant de leurs rondes le grand ancêtre des

La Cathédrale Saint-Vincent (1.121-1S95)

Bernois, le duc de Zaehringen. dont la statue s'élève au milieu de i. terrasse.

On s'attarde volontiers sous ces vieux ombrages à contempler l'immense vue de la ville et des montagnes dont les premiers plans sont dessines par les terrasses de deux beaux hôtels de la rue des Gentilshommes ; l'hôtel Frisching aujourd'hui Watteville, et l'hôtel d'Erlach.

qui fut élevé en 1752 par le fils du célèbre avoyer Ilieronymus von Krlach ; cette somptueuse demeure est intimement liée à l'histoire de Berne. C'est là qu'en 1798 le général Brune établit son quartier général ; là que demeurèrent les envoyés français Verninac, Vial et Talleyrand,

CliLlie VullL'er

Le Porche de la Cathédrale.

et, aujourd'hui siège des autorités de la ville, l'hôtel fut au milieu du siècle dernier le premier asile du conseil fédéral.

Auprès de ce riche décor moderne, et au milieu de cette paisible verdure, s'élève, comme une belle fleur, la vieille cathédrale ; fleur lentement épanouie, dont l'ascension coupée de longs arrêts, commença en 1421 et ne s'acheva qu'en 1893. Elle est l'œuvre du maître ^lathaeus Esinger, fils de l'architecte de la cathédrale de Strasbourg ; et la flèche que la Réforme avait laissée inachevée fut élevée à la fin du siècle dernier par le professeur Beyer, à qui elle fait le plus grand

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honneur. Je ne connais que deux exemples d'une solution aussi satisfaisante d'un prolilème périlleux : la flèche qu'éleva A^iollet-le-Duc sur le transept de Notre-Dame de Paris, et celle de 31. Suisse, à Saint-Bénigne de Dijon. Le porche de la cathédrale est une merveille; c'est l'œuvre du

Lutrin de bronze en forme d'aigle. — Cathédrale de Berne.

sculpteur Kung de Westphalie qui dirigea les travaux de 1483 à 150Ô. Un Jugement dernier, extraordinaire de mouvement et de verve, emplit tout le tympan, au-dessus de deux portes jumellées. 3lalheureusement, la figure de N.-S. qui occupait le milieu de cette scène magnifique a disparu ; et une petite ouverture avec un vitrail semble indiquer que cette suppression a été v(julue, sous la Réforme, comme celle de la Vierge. Celle-ci a été remplacée, en 1575, sur le pilier central, par une

BERNE

statue de la Justice, flanquée de deux anges, œuvre de Daniel Ileintz. Il faut espérer que cette Justice ne fera pas place dans l'avenir à quelque autre fio-ure symbolique. Les hommes passent, mais leurs sottises demeurent.

C'est sous ce porche que jusqu'en 179S passait ce magnifique cortège

qui, le lundi de Pâques, au sortir du prêche de la Cathédrale, se rendait à rilôtel de Ville dans un ordre immualde : avoyers et conseillers sous leurs perruques et leurs grands chapeaux de velours; membres du grand Conseil et Bourgeois sous leurs chapeaux plus bas, avec leurs barrettes et leur costume d'apparat noir, accompagnés d'huissiers et de courriers. La garde présentait les armes et l'officier son estampon. Après le serment des nouveaux membres du grand Conseil , nommés le dimanche précédent, l'avoyer, les conseillers et quelques hauts fonctionnaires étaient intronisés. Ensuite le cortège se reformait, celui des avovers qui était au pouvoir portait le sceptre en tête, et tout le monde accompagnait ce nouveau chef de l'Etat à la maison de la corporation dont il faisait partie.

Aujourd'hui, ceux qui passent sous ce même portail et pénètrent dans ce vaisseau vide, où les jeux de lumière des beaux vitraux de l'abside glissent sur les parois nues de la nef qui éclairent par reflet les peintures de Xicklaus ^lanuel aux voûtes du chœur, ont peine à imaginer la splendeur de la cathédrale du xv' siècle. La grande nef était tapissée d'étendards, des autels s'adossaient à chaque pilier ; c'est

Fonts baptismaux de la Cathédrale de Berne. (fin du xV siècle).

LES PRINCIPAi:X MOXL'MEXTS 8^

à travers un jubé de bois richement sculpté qu'on apercevait le lutrin d"or, les magnifiques stalles du chœur de Jacques Rufer et Henri Seewagen. Aujourd'hui, à l'extrémité de la nef latérale nord, la Plcla de Tscharner du Lohn garde la mémoire des victimes de la Révolution

Rodolphe dlùlach. par Volniar.

de 179S et de Frédéric de Steiger, le dernier de ces avoyers dont le somptueux cortège défilait jadis sous le vieux porche sculpté.

Le .Musée historique conserve une toile d'Ant. Schmalz qui représente le chapitre en 1635. Il se composait de la salle des séances du Consistoire suprême à droite, de l'habitation de l'économe ou chapitre au milieu, et à gauche du bâtiment du Doyenné. L'escalier qu'on aperçoit sur cette toile conduit de la Plattform à la blatte.

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Le chapitre actuel fut bâti par Stûrler au milieu du xviir' siècle et il servit d'habitation à l'ambassade de PVance de 1S31 à 1846.

La cathédrale doit être le centre d'une lente promenade dans le quartier qui l'entoure : il y faut tout regarder. Vis-à-vis du porche est l'hôtel Tscharner, et entre les deux, la statue équestre de Rodolphe d'Erlach, œuvre de Volmar. Un peu plus loin, dans la Kesslergasse, les vieilles maisons se pressent les unes contre les autres, en face de la majestueuse Bibliothèque de l'architecte français Antoine. Du milieu de ce décor la flèche de la cathédrale s'élance, blanche, fleurie comme le cierge d'une première communiante. Dans la « Rue aux Arcades », je cherche en vain le joli éventaire dessiné par Kœnig : une jolie et alerte Bernoise, avec sa coiffe de crin et son court corsage, vendait légumes, fruits, œufs, beurre et petit-lait ; peut-être même, d'après une bouteille aperçue, vendait-elle parfois un petit verre d'eau-de-vie. Les costumes ont disparu, à Berne comme dans toute la .Suisse, et on ne les retrouve plus que lorsqu'ils attifent les servantes d'hôtels ou les marchands de bibelots à Lucerne ou Interlaken ; et c'est une déchéance , pour ce costume qui ne fait plus partie des mœurs, de devenir l'accessoire de cet artificiel décor que la Suisse achalandée étale devant les yeux du touriste estival en mal de pittoresque !

JMais oublions le passé : le présent est encore beau. Voici, groupés à droite et à gauche de ce carrefour mouvementé d'où l'on se rend au Kirchenfeld et au pont du grenier, les trois plus délicats monuments du xviir siècle bernois : l'ancien iMusée historique, le Corps de Garde et l'Hôtel de Musique, œuvres du même grand artiste Nicolas Sprûngli. L'ancien Musée est délicieusement situé à l'extrémité de l'Hotelgasse, dans un étroit et tranquille carrefour toujours le même depuis un siècle et demi ; à gauche murmure un mince filet d'eau dans une vasque ventrue qui s'appuie contre deux arcades aveugles de la bibliothèque; à droite deux maisons de gentilshommes se dressent noblement sur de belles arcatures à bossages ; et au fond le petit chef-d'œuvre de Sprûngli semble rêver mélancoliquement dans un présent abandon de ses diverses destinées. Il fut d'abord école des Beaux-Arts, ensuite annexe de la bibliothèque, puis musée et en dernier lieu pendant quelques années chapelle catholique. Le corps de garde, au contraire, a gardé sa destination primitive jusqu'en 1907 époque où la police l:)ernoise a été transférée dans le bâtiment construit pour elle près du théâtre ; de mauvais plaisants suspendirent un jour à l'attique de sa colonnade l'affiche de l'Institut des aveuo-les...

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