‹ Bâle, Berne et GenèveChapitre 31 sur 45 · LA COUR SAINT-PIERRE. — LA CATHÉDRALE CHAPELLE ET MAUSOLÉE DE ROHAX · texte numérisé non relu

LA COUR SAINT-PIERRE. — LA CATHÉDRALE CHAPELLE ET MAUSOLÉE DE ROHAX

C'est au centre de Tenceinte burgonde, dont on aperçoit encore de formidables fragments aujourd'hui épars dans un inextricable chaos de rues rapides et tortueuses, de cours, de passages, de venelles, que s'élève, dans la silencieuse cour Saint-Pierre, la vieille cathédrale qui domine la ville haute de sa forte carrure diminuée et défigurée par une restauration trop fantaisiste.

Rien de plus curieux, au milieu de l'élégante Genève, que cette cour de Saint-Pierre, dont la surface bosselée est pavée de cailloux de moraine entre lesquels, plantés au hasard, quatre arbres tordus cherchent avec effort à dorer leur pauvre feuillage des quelques rayons de soleil que leur filtrent parcimonieusement quatre ruelles étroites. Au xiv'' siècle, la cour de .Saint-Pierre était close de toutes parts : en face de l'église, une porte unique donnait accès aux cavaliers ; et trois escaliers (dont l'un appelé « Degrés de poules » subsiste encore) étaient constamment gravis soit par les pèlerins, soit par les hommes d'affaires qui se rendaient les uns aux échoppes des marchands d'objets religieux, les autres aux loges de bois des greffiers, procureurs et gens de plume.

Rien de cette vie passée ne subsiste aujourd'hui. Au milieu de la cour de Saint-Pierre silencieuse, la vieille cathédrale qui s'est élevée lentement pendant plus de trois cents ans, du x' siècle au xiii" siècle sur les ruines de la basilique du vr siècle, consacrée, croit-on, par saint Avit, alors évèque de Vienne et métropolitain de Genève, se dresse muette. Elle est bâillonnée par son beau péristyle de marbre rose que le syndic Lullin de Chateauvieux éleva en 1752 sous la direction du célèbre architecte italien Alfieri. L'œuvre d'Alfieri, qui ne connut pas les pompes du passé, reste impitoyablement close devant le pèlerin ou le simple visiteur qui, désireux de voir l'admirable nef du xiir siècle, devra y pénétrer

LA COUR SAIXT-PIERRE. — LA CATHÉDRALE ,ii

par une porte dérobée dont l'accès même ne lui sera accordé qu'après de multiples démarches et le versement d'un écot.

Quoi c^u'on fasse, il planera toujours une odeur d'encens sous ces voûtes qui virent en 1034 le couronnement de Conrad le Salique, empe-

Cij.il,; ii..,-s,,nn.,..

La Cour Saint-Pierre.

reur d'xlllemagne, couronné roi de la Bourgogne transjurane par Héribert archevêque de Milan, et sous lesquelles deux papes officièrent : en 1275, Grégoire X, et en 1418 Martin Y qui venait de recevoir 2a tiare pontificale des mains de Jean de Brogny. Ce cardinal, évèque d'Osties avait jadis été petit l^erger savoyard, et son corps repose sous les dalles de la chapelle des .Macchabées qu'il avait fondée dans cette cathédrale Saint-Pierre, et dont les élégantes proportions, en style du XV siècle.

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se dressent avec coquetterie près des formes plus simples des murs latéraux du xii" siècle.

C'est à Saint-Pierre que les évêques-souverains de Genève venaient

Cil. lie Buisionuas.

La Caihédrale Saint-Pierre.

recevoir la consécration de leurs fonctions ecclésiastiques et jurer le maintien des franchises delà cité. « C'était une grande et solennelle journée. Les magistrats faisaient procéder d'avance à un nettoyage complet des rues de la ville. Les habitants ornaient leurs maisons de tapisseries et de feuillages, et l'on préparait des « LIistoires » c'est-à-dire des représentations dramatiques. Au jour dit, toutes les boutiques devaient être

LA COUR SAIXT-PIKKRE

LA CATHEDRALE

fermées. L'Abbé et les compagnons de rabba3'e de Saint-Pierre, corporation guerrière, laïque et patriotique allaient en armes à la rencontre du prélat, à un quart de lieue du pont d'Arve. Les S3'ndics et les conseillers se rendaient aussi processionnellement jusqu'au pont mais sans dépasser cette limite. Quand l'évêque était arrivé on lui remettait les clefs de la ville et Ton se rendait aussit(5tà la cathédrale. Après la messe célébrée sur le maître-autel, on chantait le Te Deiiin, puis le prélat s'approchait de l'autel de Sainte-Catherine et jurait d'observer et maintenir toutes les coutumes et franchises de la ville de Genève.

Le jubilé de 1449 ouvert par Amédée VIII de Savoie , en sa qualité de légat apostolique fut aussi une grande date dans la vie religieuse de Saint-Pierre, dont la vaste nef, augmentée d'une travée, était alors entièrement peinte et entourée de quatorze chapelles richement ornées dédiées aux saints dont elles gardaient les précieuses reliques.

Aujourd'hui, intérieurement l'église est vide. Quelques vitraux, d'admirables stalles et les délicates ferronneries de la porte de la sacristie, voilà tout ce qui subsiste du mobilier. Le reste est dispersé, et le musée Rath conserve le retable du maître-autel. Extérieurement une réfection maladroite a défiguré la silhouette des tours.

Saint-Pierre. Un des Chapiteaux de l'Abside.

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