CHAPELLE ET MAUSOLÉE DE ROHAX
Par une exception assez rare dans son histoire, l'austère calvinisme genevois se laissa toucher en 1638 par la requête delà duchesse de Rohan qui demandait au conseil des syndics d'agréer la demande que lui ferait
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en son nom son messager le sieur Prioleau de recevoir la garde du corps du duc de Rohan qui venait de s'éteindre à l'abbaye de Kœnigsfelden, des suites d'une blessure qu'il reçut à la tête du régiment de Nassau, le 28 février 1638, pendant le siège de Rheinfelden. Le gouvernement de Louis XIII tenait alors en suspicion la lo\auté de Rohan, qui avait rejoint l'armée du duc de Weimar malgré les ordres formels du roi de rentrer en France après sa brillante camjxigne dans la Valteline. La duchesse de Rohan, craignant que les intrigues de la Cour survécussent à la mort, avait cherché un lieu sûr pour y déposer le corps du duc, et espérait le trouver à Genève. Nous verrons dans la suite que ce suprême repos, que n'aurait sans doute pas troublé Tame altière de Richelieu, ne fut point respecté par les Montagnards qui réclamèrent en 1794 la démolition du Mausolée et le transfert des cendres des Rohan au charnier public.
En 1638, la requête de la duchesse douairière de Rohan et de M. de vSoubise au nom de la duchesse de Rohan sa fille, demandant qu'une chapelle de Saint-Pierre fût désignée pour recevoir leur précieux dépôt, devait être bien accueillie par cette cité genevoise que Rohan avait contribué à défendre lors des menaces du duc de Savoie, Charles-Emmanuel, que la mort inopinée d'Henri IV avait encouragé à renouveler ses tentatives d'attaques, repoussées une première fois la nuit de l'Escalade.
Genève fit à son protecteur de magnifiques funérailles, et le cercueil fut déposé dans la chapelle Notre-Dame ; le lendemain, Spectable Tronchin qui avait été pasteur de la maison du duc pendant la guerre des Grisons fit une oraison funèbre dans l'Auditoire de Théologie ; et quatre ans plus tard, en 1642, la duchesse de Rohan fille du duc, demanda au conseil l'autorisation d'orner la sépulture de son père. Pendant ces travaux qui devaient durer dix-huit ans, deux événements divisèrent profondément la famille de Rohan. En 1645, M"' de Rohan épousait son cousin Henri de Chabot et abjurait le protestantisme ; et la duchesse de Rohan qui s'est vainement opposée à ce mariage présente comme son fils légitime un jeune homme de seize ans du nom de Tancrède, longtemps caché en Normandie chez un sieur des Parcs-Fontaines, puis élevé secrètement en Hollande, sur l'ordre du duc qui craignait qu'on enlevait son enfant. M""^ de Rohan-Chabot fit opposition à cette légitimation, ce qui donna lieu à un procès considérable, troublant profondément toute l'aristocratie française et provoquant un arrêt du parlement interdisant à Tancrède de porterie nom et les armes de Rohan.
L'énigme qui pesait sur la vie de cet enfant ne devait jamais s'éclaircir. A dix-neuf ans, il disparaît dans les troubles de la Fronde, blessé à