‹ Bâle, Berne et GenèveChapitre 39 sur 45 · LE MOLARD · texte numérisé non relu

LE MOLARD

que ces quartiers élégants, qu'ils fréquentent de préférence sont un peu leur œuvre. Lorsque, à partir de 1823, Ton vit débarquer des bateaux à vapeur des touristes de plus en plus nombreux, l'attention, nous dit M. Guillaume Fatio, se porta du côté du lac.

« Durant le xviii" siècle, la ville haute seule avait reçu des embellissements; les bas quartiers avaient gardé leur aspect négligé; la petite bourgeoisie et les ouvriers y vivaient entassés dans de hautes maisons, privées d'air et de soleil. La ville basse était encore telle qu'au nioven

Le Quai du Mont-Blanc.

âge. Le quartier c^ui borde le lac et le Rhône offrait un aspect liideux. On y voyait des fortifications délabrées, des chaînes susj^endues à des ])ieux à demi pourris, des chantiers, des boucheries; des masures caduques, mipartie en bois, mi -partie en pierre, trempaient dans l'eau leurs sordides murailles. Les maisons riveraines de ce beau fleuve, de cette sui)erbe masse d'eau, chef-d'œuvre de la nature et orgueil des Genevois d'aujourd'hui, plongeaient dans l'eau leurs pieds sales. » On eut peur de la mauvaise impression des touristes, et sous l'impulsion de James Fazy, aidé du futur général Dufour, le pacificateur du Sonderbund, se fonde la >< Société des Bergues », pour la transformation du quartier et la construction du quai et du pont des Bergues. Ce nom leur fut donné en souvenir du moulin de Clébergue. Clébergue, originaire de Nuremberg et surnommé le « bon

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Allemand », fut célèbre par son désintéressement et sa magnanimité dans ses démêlés avec son voisin Besançon Hugues, le « Père de la Patrie ». le vrai fondateur de la liberté genevoise. « Un conflit étant survenu entre les serviteurs de Clébergue et ceux de Besançon Hugues, Clébergue qui avait le bon droit pour lui, écrivit une lettre qui fait honneur à l'humanité. Il déclara que pour ne pas perdre Tamitié d'un homme comme Besançon Hugues, il était prêt à se désister de ses droits et à céder entièrement la place'. »

Entre autres souvenirs historiques, ce vieux quartier de Bergues, contenait la maison de Jean Philippe, exécuté en 1540 comme chef des « Articulans », adversaires de Farel et de Calvin qui les firent l)annir en 1540.

L'initiative de P^azy préludait aux grandes transformations de Genève. Sur le nouveau quai ensoleillé s'éleva bientôt, en 1830, le premier hôtel moderne, appelé hôtel des Bergues. Bien qu'il fût loin encore du confortable auquel l'industrie hôtellière de Suisse est arrivée depuis, il eût été amusant d'en comparer l'aspect avec la rusticité des auberges suisses du XVI' siècle dont Érasme écrivait : « Personne ne vous recevait à votre arrivée. Après avoir appelé pendant quelques instants, une tête apparaissait à une lucarne; et, sur la demande d'entrer, il vous était répondu par un simple signe de main. Quand on avait pénétré dans la cour de l'aubero-e il fallait soip-ner soi-même sa monture... On entrait dans la salle commune, tout botté, couvert de son manteau de voyage, le plus souvent crotté, poussiéreux ou ruisselant de pluie. On se déchaussait et se dévêtissait à loisir, en présence de toutes les personnes présentes. L'un faisait sécher ses bottes, un autre changeait de linge, un troisième se peignait.

(f On ne mange pas avant neuf heures du soir, quelquefois dix heures, car on attend tout le monde avant de se mettre à table. Quand on est assis, l'aubergiste réclame le prix de votre gîte et de votre repas, et personne ne conteste l'écot demandé. On ne peut guère se coucher avant les autres. Quand tout le monde est décidé à se reposer, on montre à chacun son nid, qui n'est rien moins qu'un lit et dont les draps n'ont souvent pas été lavés depuis six mois. »

Depuis Érasme, l'art d'héberger les voyageurs a progressé, et les Genevois peuvent revendiquer une large part dans ce mouvement de fastueuse hospitalité qui est tout à l'honneur de la Suisse, et qui devint une des sources principales de sa fortune.

' Doumergue. Guide historique et pittoresque de l'étrauger à Genève.

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