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LE MUSÉE RATH

A l'extrémité de la Corraterie, interrompant la série monotone des immeubles construits en 1829 sur un plan uniforme imposé par l'État, s'élève le musée Rath, auquel un péristyle donne accès sur la place Neuve.

Le musée Rath a, lui aussi, pour origine une libéralité. Simon Rath, dont les ascendants originaires de Xîmes, s'étaient réfugiés à Genève en 1666 pour cause de religion, était né à Genève en 1766. Entré au service de la Russie il devint lieutenant général, fit fortune, et revint mourir dans sa ville natale en 1819. Il laissa ses biens à deux de ses sœurs en leur recommandant de les léguer à leur tour à une instituticm utile. Les deux sœurs fondèrent le musée qui porte leur nom.

Moins riche que le musée de Bàle, le musée Rath possède cependant l'une des œuvres les plus remarquables du fameux quattrocentiste Conrad Witz de Constance, mort en 1447.

Le retable du musée Rath, daté de 1444, a été soigneusement étudié dans la disette des Beaux-Arts par M. deMandach, dont les patientes recherches nous apprennent comment Conrad "Witz, fils de Ilans "Witz qui vécut à Nantes à la cour du duc de Bretagne Jean V, puis à celle du duc de Bourgogne Philippe le Hardi, se forma à l'école de son père et subit l'influence de Jean Van Eyck, « peintre et varlet de chambre » du duc de Bourgogne, alors que Mans travaillait à Bruges aux préparatifs d'une joute brillante qui devait mettre en présence Philippe le Hardi et le duc de Gloucester, le mari de Jacqueline de Hainaut.

Aussi M. de Mandach suppose-t-il que ces deux artistes alors en pleine renommée durent se rencontrer, se visiter et échanger des idées dont nous retrouvons l'influence incontestable dans l'art de Conrad qui accompagnait son père dans sa vie errante et au laideur de c[ui il s'associa pendant les années où ils vécurent ensemble à Rottweil, de 1428 à 1431.

Conrad ^^'itz. — La Pêche Miraculeuse.

A cette date Conrad vint se fixer à Bàle où il épousa une nièce du peintre LaAxlin.

C'était pendant la période brillante du Concile ; le talent de Conrad se développait et attirait l'attention de l'évêque de Genève François de Mies qui devait l'appeler auprès de lui et lui donner d'importantes commandes.

A Bàle nous avons vu l'œuvre un peu sèche de Conrad Witz, les trois guerriers Abisaï, Benaja et Sabothai apportant à David de l'eau prise à la fontaine de Bethléem, composition où les détails sont étudiés jusqu'à la minutie ; dans le retable de Genève au contraire l'artiste ne se laisse plus absorber uniquement par la précision; il peint de grandes compo-

LE MUSKE RATH

sitions dans des espaces restreints et c'est alors que nous saisissons plus d'une affinité de style entre le retable du musée Rath et celui de vSaintl^avon de (xand.

On s'est demandé d'où provenait ce retable? De la chapelle des ^lacchabées croyait-on. le cadre de lu délivrance de saint Pierre portant récusson du cardinal de Brogny, fondateur de la chapelle ; mais

Cliché Boissonnas.

Calame. — L'Eté.

trois des faces des volets étant consacrées à saint Pierre, il est plus vraisemblable qu'il fut commandé à Conrad Witz pour servir de retable au maître-autel de la cathédrale placé sous le vocable de Saint-Pierre-èsliens. L'ensemble des quatre panneaux est des plus intéressants, mais deux principalement attirent l'attention du visiteur : celui de la Présentation à la Vierge du cardinal de Mies par saint Pierre et la Pèche miraculeuse heureusement imaginée sur le Léman au milieu de ce site familier aux Genevois où se dresse le .Môle entre le petit Salève et les Voirons.

Par ce double hommage rendu à son protecteur et à la cité où il vivait, Conrad AVitz a acquis à Genève droit de cité, et son œuvre constitue une des principales richesses du musée Rath, digne de

GEXKVE

figurer à une place d'honneur dans le nouveau musée des Bastions.

Le musée Rath est particulièrement instructif pour l'étude de l'école

genevoise du xix'' siècle. On y retrouve les œuvres de trois contemporains

qui travaillèrent ensemble : Massot (1766-1849), Tœpffer (1766-1847' et

cil. 11.' lioissonnas

A. Baud-Bovy. — Le Niesen. Effet du matin.

Agasse (1767-1849) dont M. Baud-Bovy nous crayonne en quelques traits les i^ortraits précis : « Tœpffer moraliste naïf et loyal; Massot flatteur charmant des élégances bourgeoises; Agasse poète ému et peintre animalier. » Il y avait entre eux une si grande intimité qu'ils collaborèrent tous les trois à une toile : la Va II ce de Mégève. Les figures sont de Massot, les paysages de Tœpffer, les animaux d'Agasse. Ces trois peintres représentent le réveil artistique de Genève au début du

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