LE MUSÉE RAT H
siècle, et ils ouvrent la porte aux grands paysagistes, Diday (1802-1877) et Calame (1810-1864;. Le premier tend à l'expression dramatique de la nature, 'toile des Chrncs battus par la Tempête, par exemple) alors que Calame en cherche une expression élevée et pure. Sa toile de VEté est une belle chose, qui me semble préférable à son grand tableau du Lac des Quatre Cantons et à son Orage à la Handck. Ce der-
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ClirliL- Boissoni,
Liotard. — Madame d'Epinay .pastel).
nier tableau fut acquis par souscription et donné au musée Rath. Il est curieux de retrouver entre Diday et Calame les traditions d'intimité et de lo}-auté artistique qui existaient entre leurs prédécesseurs. On raconte que Diday n'hésita pas à proclamer publiquement au Cercle des Arts la très grande supériorité de son élève Calame sur lui-même et sur tous ses contemporains : noble exemple, trop rare chez les artistes, dont la jalousie et la recherche âpre du succès souille parfois le talent.
Ces maîtres eurent des successeurs immédiats. Alfred Van .^luvden
(1818-1898) et Barthélémy Menn (1815-1893) très influencé par Corot et dont l'œuvre sert de préface à celle de l'exquis liaud-Bovy.
Il y a quelques années un paysage curieux et charmant, S/Ti'nité , exposé à la ^Société Nationale des 15eaux-Arts et aujourd'hui au Luxembourg-, nous révélait la finesse de vision de M. Baud-Bovy que nous avons plaisir à retrouver au musée Rath où ses paysages
Gliclié Buissonnas.
La Tour. — J.-j. Rousseau (pastel).
lumineux donnent une note claire et charmante où vibre toute l'émotion d'un artiste sensil^le aux continuelles transformations de la montagne.
Ces études de hauts sommets sont ici dans leur cadre, et leur rapprochement des sublimes réalités les rendent plus vivantes et plus instructives: témoins de la sensibilité de l'artiste elles nous révèlent jusqu'à l'indiscrétion les préférences et les pensées les plus chères de leur créateur.
Pourquoi en Suisse, à Genève peut-être, un musée ou une partie de
LE MUSÉE RATli
musée, n'ouvrirait-elle pas ses portes aux seuls paysagistes ? Il semble que l'heure soit venue de grouper autour des vieux maîtres du paysage, les admirables productions des écoles contemporaines dont ils ont été les initiateurs et les inspirateurs.
A côté des paysagistes les deux fameux portraitistes Liotard et Saint-
Houdon. — J. Xecker.
Ours, le premier avec ses pastels, le second avec ses peintures un peu froides donnent une complète idée de l'école genevoise.
En dehors des artistes suisses voici quelques gloires européennes, représentées par de belles choses : l'esquisse du Massacre de Scio d"l£ugène Delacroix, la Déroute des Vendéens de Girardet, deux Corot exquis : le Moulin de la Galette à Montmartre et Y Iiglise de la Trinité des Monts à Rome; la Religieuse sur son lit de mort, de Phili])pe de Champaigne; le portrait de Diderot, par Dmitri Lcvitzky. et le pastel de J -J. Rousseau par La Tour, réplique de celui de Saint-Quentin.
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à propos duquel on pense involontairement à ces vers de Jean-Jacques si souvent cités :
(( llommrs savants dans l'art de feindre Qui me prêtez des traits si doux, Vous aurez beau vouloir me peindre Vous ne peindrez jamais que vous. »
Au milieu des écoles passées, le Genevois Ferdinand llodler représente Técole contem])oraine. La toile Le Mciuiicr, son fils et Vchic est
Cliclié Boissonnas.
Philippe de Champaigne. — La Religieuse sur son lit de mort.
d'un réalisme anecdotique amusant, mais c'est à Berne et non à Genève que l'on peut juger son œuvre étrange, dans ses angoissantes compositions, la Nuit et les Ames déçues. Ces deux toiles l'imposent à l'attention et font de lui un des maîtres de Tavenir, avec Hans Sandreuter, un des disciples les mieux doués de Bœcklin.
Il ne faut pas quitter le musée Rath sans avoir vu les bustes de Necker et du docteur Tronchin par Houdon.
Si le musée Rath trop jeune encore est jDauvre en sculpture, il se trou\'e sur les places et dans les jardins de Genève quelques œuvres remarquables.
Sous les ombraees de la Promenade des Bastions on rencontre un monu-