‹ Bâle, Berne et GenèveChapitre 8 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LES PORTES

Les portes des maisons bâloises sont généralement closes : le Bâlois aime être chez lui; mais en même temps il veut c^ue la grille de sa cour, la porte cochère de son hôtel, ou — bourgeois plus modeste — le guichet ou l'auvant de son logis soit toujours accueillant à qui en soulèvera le marteau; aussi les portes sont ici toujours avenantes, avec leurs cuivres brillants et leur bois soigneusement conservé sous le vernis ou la cire; elles ne sont hostiles ni au passant, ni au visiteur, ni au mendiant. Il y en a de somptueuses, il y en a de riches et de simples; presque toutes sont charmantes de composition. Une des plus belles est peutêtre l'ancienne porte cochère du Scidcn-Hof : le portillon central a la grâce d'une portière de chaise, et l'on ne saurait douter qu'un laquais à perruque va venir vous ouvrir au premier coup de heurtoir.

La porte de l'hôtel de LIolstein, qui rappelle celle du grand Ramstein, est d'une élégance plus froide, mais donne un exemple très étudié du type généralement adopté à cette époque. Voici la porte de la maison du Dauphin construite par Samuel Werenfels en 1758 pour le député Jean- Antoine Huber ; en face celle de la maison dite « Au Liant Soleil «construite vraisemblablement parle même architecte en 1760 pour J.-J. Bishoff : malheureusement ces deux habitations possèdent de massifs volets de bois qui, généralement ouverts, dissimulent totalement l'architecture.

A la maison dite du « Cheval Noir » qui tient son nom d'une ancienne hôtellerie sur le terrain de laquelle elle fut construite, nous trouvons une porte cochère à trois vantaux dont l'un est en ferronnerie très ouvragée. C'est dans cette maison que se trouve un superbe salon décoré de tapisseries qui contient un grand poêle de faïence de toute beauté signé de la manufacture de Bernard Socher de Zurich. Au. XYili" siècle, toute bonne maison bourgeoise avait son poêle. L'hôtel Reinach en possédait deux qui sont maintenant dans une maison de la rue des .Missions; l'un est

LES PORTES

blanc et or avec des fleurs de couleur ; l'autre est violet avec une ornementation ton sur ton ; aujourd'hui ces magnifiques pièces sont rares, et très recherchées parles musées et les amateurs éclairés. En Alsace, les musées

Seidcn-Hof. — Porte principale.

(Extrait dos Coiistriictions bàloiscs du Xl'III' sivclc.)

de Strasbourg et de Colmar, la collection Spetz à Isenheim en possèdent de très beaux.

Si Ion cède parfois à la tentation de pousser le vantail d'une de ces charmantes portes pour jeter un coup d'ceil sur les intérieurs qu'elles vous dérobent, on ne peut malheureusement les entrebailler toutes. Et l'on passe ainsi devant le portail monumental de la maison Kirschgarten, d'une tout autre orientation de styieavec ses six paires de colonnes couplées

dont l'entablement se marie de la plus harmonieuse façon avec la corniche du rez-de-chaussée. L'auteur de cette maison, d'un si pur style Louis XYI, et construite de 1782 à 1785 est l'architecte Jean-Ulrich Bùchel dont nous avons déjà parlé.

Hôtel de Holsteln.

(Extrait des Coiist i:ut ions bâloist-s du XVIII" siècle.'

Un autre exemple, plus simple, de ce même style, est la jolie porte d'entrée de 1 hôtel d'Erlach ainsi appelé pour avoir appartenu à la veuve du fameux bernois Jean-Louis d'Erlach, général de l'armée Weimarienne à la mort de Bernard de Weimar. puis gouverneur de Brisach, enfin lieutenant général au service de la France, et servant fidèlement le roi pendant les troubles de la Fronde. Les Bernois firent un acte de

LES PORTES

justice en élevant un monument à ce d'Erlach, grâce à qui Tindépendance

de la Suisse fut reconnue au traité de Westphalie^ Cet hôtel d'Erlach

contient, au premier étage, d'exquises boiseries disposées en pans coupés.

Le fer forgé comme la menuiserie monumentale, a été également

Maison dite du Cheval noir. — Grand salon.

(Extrait des Cotistructioits bâloiscs du XVIIl' sicclf.)

admirablement traité en Suisse au xviii' siècle: j'en avais déjà été frappé à Fribourg où des grillages élégants défendent d'une façon nullement rébarbative les fenêtres des rez-de-chaussée des vieilles demeures: mais à Bâle cet art atteint un épanouissement comparable à celui qu'il acquit à

* Jean-Louis d'Erlach. par Emil<i Charvériat.

Nancy sous le marteau et la craie du maître forg-eron Lamour, avec cette différence que les ferronniers bàlois cherchaient avant tout à faire preuve de virtuosité au détriment du goût et de la composition générale.

Les ofrilles de l'hôtel de Reichenstein, de la villa Klein Kirchen' au

Maison dite « Guten Hof ». — Portail de la cour.

(Extrait dus Constructions bdloiscs du XVIII' stcclc.)

petit Bâle, autrefois placées dans la cour de la maison n° 12 du faubourg Saint-Alban, la grille du domaine His aujourd'hui placée au musée historique sont inouis de délicatesse et offrent une efflorescence plus osée que celle que pourraient tenter les plus audacieux virtuoses du modem style. J'aime mieux les ondulations gracieuses de la grille de l'hôtel de Reinach au faubourg Saint-Jean, où les motifs décoratifs alternés cou-

LES PORTES 33

ronnent le barreaudage simple et élégant de la clôture. Les grilles de l'hôtel Saint-Antoine faubourg Saint-Jean et de la maison dite « Guten Hof » ont beaucoup d'analogie entre elles et me rappellent un des plus beaux exemples de Tart de la ferronnerie en France, la porte de l'Ilôtel- Dieu de Troyes.

Mais les œuvres d'une aussi grande importance sont rares à fiàle qui n'a pas eu, comme Nancy, son Stanislas, et les maîtres ferronniers bàlois qui n'ont jamais signé leurs œuvres devaient exercer leur virtuosité dans de plus petites choses. C'est peut-être pour cette raison qu'ils faisaient avec plus d'aisance des grillages de fenêtres charmants, des tympans de portes souples et délicats, et des enseignes souvent aussi variées qu'ingénieuses et spirituelles.

'gJ.^IHnr^.-^:

?R<\SPFXr DES- KoK.M^KCid.s' /,U Rl.SF/.. """'"'

J Dos flaWHau/j z ium f/jiDrn .iu., ,il; ■ Ralif //aulx f ,S «.Jilin.î Km'li rliurn + .V PcUrs Kircli 1 liuni <r iw\(f\ .Vluli •îu Vrmirul/im C irr . >(ar Ki 7 Jrr KoTitmrtrrRt trimm uiv] .^Uf- Smn

Bàle au moyen âge. — La place du Marché.

Page 1