Ballades anglaises et écossaises
La ballade a une haute origine : elle est un dernier vestige de ces chants épiques qu'on retrouve à l'origine de toutes les nations. Dans les initiations et les cérémonies religieuses, dans les festins solennels où se réu* nissaient les guerriers, dess^ges, des devins, dont le caractère sacerdotal était souvent héréditaire, chantaient, mimaient, dansaient les traditions héroïques et mythiques des ancêtres. Gardés par une caste vénérée pour son savoir, ces rites sacrés, ces mystères, se transmettaient de générations en générations lon^gtemps même après que leur sens s'était perdu. "^ Telles étaient ces cantilènes antiques Àes peuples aryens qui ne nous sont guère parvenues sous leur forme primitiver'que dans quelques poèmes de l'Edda Scandinave, dans quelques chants erses, dans quelques triades galloises. Plus tard ces chants, ayant dépouillé leur caractère exclusivement religieux pour devenir de plus en plus héroïques,
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presque historiques, ont composé les kiaempeviser danois, le cycle breton d'Arthur et de Merlin et les poèmes ossianesques, les bylines russes du cycle de Vladimir, les pesmas serbes sur Marko Kraliévitch, les folkvisor suédois, les romances espagnols, et toute cette poésie héroïque et populaire qui a fleuri pendant des siècles dans toutes les contrées de TEurope. Quelques-uns, remaniés en épopées, ont formé le Beowulf, la Chanson d'Igor, le Nibelungenlied et le Heldejibuch^ la Chan^ son de Roland, 1q Poème du Cid; d'autres se sont fondus dans les chroniques du moyen âge.
Mais à côté des chroniques et des poèmes de longue haleine, le petit récit épique a continué à vivre en se rajeunissant et en se renouvelant sans cesse; après avoir oublié les dieux, il a rapetissé les héros jusqu'à la taille humaine ; et sous le nom de ballade ou de romance, il n'a plus conté que des légendes, des aventures, des anecdotes. Les bardes et les scaldes, déchus du sacerdoce, sont devenus minnesinger, skazitéli ou kobzars, trôu- cres, ménestrels ou jongleurs.
Malgré ces transformations, lerhythme primitif s'est pourtant transmis à travers la succession des âges : le rhythme favori de la ballade anglaise ou allemande, du romance espagnol ou portugais, est le rhythme des
AVANT-PROPOS în
poèmes de l'Edda, des épopées indiennes. Le çloka sanscrit se compose de deux vers de seize syllabes, coupés chacun par une césure en deux hémistiches égaux et formant ensem* ble un sens complet. Ce distique a donc l'apparence d'un quatrain dont le second et le quatrième vers auraient seuls la rime ou l'assonance ; les vers pairs, dans les langues du nord, sont en outre parfois raccourcis sur le modèle du Liôda-hâtrr ou Mode des chants Scandinave.
^'Tln Angleterre, les successeurs des bardes bretons et des scaldes danois furent d'abord nommés gleemen^ musiciens, ou harpers^ joueurs de harpe ; après la conquête normande, ils furent appelés ménestrels, rimeurs tl jongleurs. La barbe et les cheveux ras, ce qui ' donnait à leur physionomie quelque chose de monastique, vêtus de longues robes parfois très-riches , et tenant en main la harpe, la rote ou le tambourin, ils allaient de manoir en manoir récitant les vers qu'ils avaient composés ou appris, modifiés suivant leur goût et leur mémoire. Les plus favorisés du sort étaient attachés à la personne du roi ou des seigneurs normands qui parfois ne dédaignaient pas de s'instruire dans leui'^Trt. D'autres, courant les campagnes, traduisaient des lais français en anglo-saxon vulgaire, et réduits à chanter dans les carre-