IV BAT.T.ADES A:<GLM^F
fours, dans les auberges, devant un auditoire grossier, tumultueux, parfois influencé par Taie, traînaient une vie assez misérable. Dès le XII* siècle l'histoire relève les noms de quelques ménestrels : Royer, Jeffre}^ le fameux Blondcl, Tliomas le Rimeur. Edouard I^% pour des motifs politiques, poursuivit les bardes gallois avec une extrême rigueur, mais il entretenait des ménestrels à sa cour» En différentes parties du royaume les rimeurs et jongleurs se réunissaient à jour fixe pour Télection d'un roi des ménestrels, et ces assemblées réglaient souverainement tout ce qui concernait la corporation. Dans le but de réformer des abus, le roi Edouard IV fonda même une ghildc présidée par un maréchal nommé à vie et deux gouverneurs élus chaque année ; tous les ménestrels du royaume, sauf ceux de Chester qui avaient déjà leur assemblée et leur roi, furent soumis à cette juridiction. Mais l'institution n'en dégénéra pas moins peu à peu ; les poètes lettrés se séparèrent déplus en plus des chanteurs populaires; au xvi*= siècle les ordonnances royales confondirent ceux-ci avec « les rôdeurs, vagabonds et incorrigibles mendiants, » et les punirent comme tels.
Le sol de la « joyeuse Angleterre » et delà « belle Ecosse » ne fut pas partout également favorable à Téclosion de la poésie populaire.
AVAVT- PROPOS
En- 'Angleterre, la plupart des ménestrels étaient ou se disaient originaires de la contrée du nord ; en Ecosse^ ils venaient tous de la contrée du sud. Et la frontière fut, en effet, le lieu où Tesprit d'aventures et la verve poétique se développèrent avec le plus de persistance et d'éclat, grâce au choc perpétuel des deux rcces. Des deux côtés, les habitants de la frontière, les borderers, armés jusqu'aux dents, célébraient entre deux incursions leurs merveilleux exploits qui consistaient surtout en brigandages et en violences de toutes sortes. Ailleurs, les grands bois recelaient une nombreuse population de gens mis hors la loi, (XoiUlaws, dont les prouesses fournissaient aussi le thème de variations infinies. Le récit des hauts faits des borderers et des outlaws remplit aux trois quarts tous les recueils de ballades.
En général, laballads*^ anglaise ou écossaise est moins chevaleresque et moins fleurie que le romance espagnol, moins délicate et moins sentimentale que la ballade allemande, mais dépeignant un monde moins idéal, elle est peut-être plus vraie et plus gaie. Parfois elle est ornée de fleurs artificielles un peu démodées, ou bien — ce qui d'ailleurs ne lui est pas particulier — elle se traîne dans les lenteurs et les vulgarités de la complainte. Mais elle est beaucoup moins concise que les
VI BALLADES ANGLATSKS
productions analogues du nord de l'Europe. Elle s'allonge à tel point par raccumulation des menus détails, qu'elle est souvent obligée de se scinder en deux ou trois parties et arrive même à former une sorte de chanson de geste, comme la Petite geste de Robijt Hood.
Remaniés et défigurés d'abord pendant des siècles par des chanteurs ignorants, puis abandonnés tout à fait à la mémoire des paysans, ces petits poèmes couraient grand risque, comme toute poésie populaire que les érudits ne sauvent pas à temps, de disparaître sans laisser de traces. Pour l'amusement des campagnes, on les publiait encore sur des feuilles volantes ou en petits fascicules à bon marché, nommés Guirlandes : la Joyeuse Guirlande^ la Guirlande dorée du Plaisir princier^ la Guirlande royale de VAmour et du Plaisir^ la Guirlande de roses Ja* fiées, etc. Quelques curieux, au commencement du siècle dernier, Pepys et le duc de Roxburghe, se mirent à les collectionner. En 1723, parut un premier recueil anonyme, en trois volumes. A la même époque, le poète écossais Allan Ramsay insérait quelques ballades écossaises dans son Evergreen et dans son Tea-Table Miscellany.
Enfin le savant Percy tira de la poudre des bibliothèques et surtout d*un vieux manus-
AVANT-I^ROPOS VU
crit en sa possession la matière de trois volumes qu'il intitula Reliques of Ancient English Poetry (1765). Le choix était fait avec goût et les annotations étaient pleines d'une agréable érudition ; le livre réussit assez pour soulever d'amères critiques. Ritson s*en lit le porte-voix et se distingua par son âpreté rageuse et grossière qu'un sincère amour de la vérité et une science incontestable ne suffisent pas à justifier. Il traita Percy d'imposteur et de faussaire, il nia l'existence du fameux manuscrit. En effet, à une époque où 11 semblait moins important d'assurer la pureté des textes que d'attirer sur eux l'attention publique, Percy avait cru pouvoir se permettre de changer des mots, de corriger des phrases, d'ajouter ou de retrancher des strophes entières ; le lecteur en était d'ailleurs honnêtement prévenu. Il faut reconnaître, en dépit du féroce Ritson, que, sans perdre de leur naïveté, les ballades retouchées par Percy ont meilleure allure et gagnent en intérêt. A notre point de vue particulier, ces altérations sont d'ailleurs parfois assez légères pour disparaître complètement dans une traduction. La querelle fit grand bruit ; le manuscrit dut être exposé à la curiosité des lettrés pendant une année entière, et Percy obtint pour ses Reliques les suffrage! qu'il avait recherchés.
VTTT DAT.LADES ANGLAISES
Depuis cette époque les ballades anglaises et écossaises n'ont pas cessé d'être collectionnées, coUationnées, réimprimées. En 1769^ parut le recueil de Herd ; en 1777, celui d'Evans; en 1783, celui de Pinkerton; la même année, le premier recueil de Ritson, suivi d'autres, en 1790, en 1792, en 1794, et enfin de deux volumes consacrés à Robin Hood, en 1795. Ritson n'eut garde de commettre les fraudes qu'il avait reprochées à Percy : il copia avec une fidélité scrupuleuse les erreurs les plus évidentes, l'orthographe la plus hasardée, et de deux variantes choisit toujours la plus mauvaise, comme plus authentique. Vint ensuite Walter Scott, avec ^on Minstrelsy of the Scottish Border (1802), sa première œuvre de quelque importance ; puis, en 1806, Jamieson; en 1808, Finlay; en 1827, Mothcrwell et Kinloch; en 1828, Buchan.
La moisson était faite, il ne restait même plus à glaner. Parmi les récents rééditeurs, je ne citerai que M. S. C. Hall pour sa publication de grand luxe, magnifiquement illustrée; M. le professeur Aytoun pour ses savants commentaires ; M. F.-J. Child, de Boston, pour son énorme collection en huit volumes; M. J. S. Roberts pour sa compilation d'un extrême bon marché.
Il semblera étrange qu'on ait attendu la