PREMIERE PARTIE
ATTENTION, messieurs, et écoutez, — vous qui êtes de haute naissance ; — je veux vous conter une belle aventure — • qui arriva à Robin Hood.
(i) A une époque où tous les yeomen s'exerçaient au tir de l'arc, la sévérité des lois forestières édictées par les rois normands contre le braconnage eut pour résultat qu'un grand nombre de yeomen cherchèrent un refuge dans les forêts. Parmi eux, aucun n'est plus célèbre que Robin Hood ; sa réputation a traversé la Manche, c'est tout dire. Ce héros populaire était né, vers 1160, à Loscksly, dans le comté de Nottingham. On prétend que son vrai nom était Robert Fitzooth, comte d'Huntington, ce qui est loin d'être prouvé. Ses retraites favorites étaient les forêts de Sherwood dans le Nottinghamshire et de Barnsdale dans le Yorkshire; il y commandait à une troupe de cent à cent cinquante bandits, dont les plus connus sont Little John (Petit Jean), William Scadlock, Much et le joyeux Frère Tuck. La légende veut qu'il ne soit mort qu'à l'âge de 87 ans d'une saignée trop forte que lui aurait faite, par vengeance, l'abbesse de Kirkley, sa cousine. Il tenait sa cour sous un arbre ; il invitait les voyageurs à sa table et souvent refusait de manger avant qu'on lui e'it
^>-> BALLADES AXGLAISES
Robin Hood un jour — cheminait tout seul, — et comme il revenait de Bernisdale (i) — par un beau soir,
Il rencontra sur la route un mendiant — qui marchait avec insouciance. — Ce mendiant avait à la main un bâton ferré — à la fois lourd et solide ;
Il portait sur lui un habit rapetassé, — qui le garantissait du froid : — son coin le plu? mince, je le parierais, — avait plus de vingt doublures.
Sa besace pendait à son cou — par une
trouvé un hôte involontaire. Il n'était pas sans dévotion, car « chaque jour avant de dîner, — il voulait entendre trois messes : — l'une en l'honneur de Dieu le Père, — la seconde en l'honneur du Saint-Esprit, — la troisième en l'honneur de Notre-Dame, — qu'il aimait plus que tous les autres. » Ce qui ne Tempèchait pas de nourrir contre le clergé une haine violente dont presque toutes ses ballades conservent des traces. Par profession, il n'épargnait pas les shérifs ni les gardes forestiers ; mais il faisait volontiers des largesses aux pauvres diables, il aida même de ses deniers certain gentilhomme nommé par la légende sir Richard at the Lee. De graves historiens n'ont pas craint de déclarer Robin Hood <s le plus aimable des voleurs. »
On comprend que ce brigand tout-puissant et bon enfant, qui prenait aux riches et donnait aux pauvres, soit devenu promptement un type populaire. Du recueil des ballades rimées en son honneur on a formé des volumes. Mais ces ballades n'ont pas, à mon avis, la valeur intrinsèque qu'on pourrait leur supposer, elles sont le
fî^ La foret de Barnsdale dans le Yorkshire.
courroie de cuir, — bien attachée par une large agrafe, — à la fois lourde et solide.
Il avait trois chapeaux sur la tête, — bien enfoncés l'un dans l'autre : — il ne craignait ni le vent ni la pluie — dans les pays par où il passait.
Le bon Robin lui barra le chemin, — pour voir qui ce pouvait bien être; — si les mendiants peuvent avoir quelque argent, — celuilà, pensait-il, devait en avoir.
« Arrête, arrête, dit le bon Robin, — arrête, et parle-moi. » — 11 entendit, mais fît comme
plus souvent vulgaires, prolixes, peu variées. Tirer à la cible dans la verte forêt, faire bombance avec les daims du roi, dépouiller des moines et des évêques, reprendre les prisonniers faits par le shérif et s'emparer de celui-ci, défier les passants et les rosser à coups de bâton, ou, plus souvent encore, se faire rosser par eux, sont des exploits bientôt monotones, s'ils ne sont contés vivement, assaisonnés de bons mots et de bons tours. Les rossées en particulier reviennent avec une insistance peu faite pour donner une haute idée du héros, de ses chroniqueurs et de ses admirateurs. L'âge où l'on prend un plaisir sans cesse nouveau à voir polichinelle battre le commissaire ne dure pas toujours pour les individus ni pour les peuples. Ces ballades ne se répètent pas seulement entre elles, elles ont encore le tort de reproduire, souvent avec moins de charme, les aventures d'Adam Bell^ de Kinmont Willie, de tous les oUtlaws et horderers célèbres. J'ai donc choisi parmi elles une de celles où j'ai cru trouver le plus d'esprit et d'invention. La légende n'en est pourtant pas absolument originale : on la trouve dans Le Moyen de parvenir^ sous ce titre : « Comment un moine se débarrasse des voleurs. »
8o BALLADES ANGLAISES
s'il ne Tcntendait pas, -— et continua vivement son chemin.
« Il n'en sera pas ainsi, dit le bon Robin,
— nenni, il faut que tu t'arrêtes. » — « Par ma foi, dit le hardi mendiant, — je n'en ai pas envie.
« Ma demeure est loin d'ici, — il commence à devenir tard ; — s'ils ont soupe quand j'arriverai, — je ferai très piteuse mine. »
« Alors, sur ma foi, dit le bon Robin, — je vois bien à ton allure, — que si tu as bonne part à ton souper, — du mien tu ne te soucies guère.
« De tout le jour je n'ai pas eu à dîner, — et je ne sais où coucher, — et quand je voudrais aller à l'auberge, — je n'aurais pas d'argent pour payer.
« Monsieur, vous me prêterez quelque argent, — jusqu'à notre prochaine rencontre. »
— Le mendiant répondit de mauvaise humeur :
— « Je n'ai pas d'argent à prêter;
« Tu es aussi jeune que moi, — et tu semblés aussi fainéant ; — si tu jeûnes jusqu'à ce que tu obtiennes quelque chose de moi, — tu ne mangeras rien de l'année. »
« Alors, par ma foi, dit le bon Robin, — pui-^que nous avons eu le bonheur de nou^ rencontrer, — quand tu n'aurais qu'un simple denier, — je veux l'avoir avant de te quitter.
<s Allon?, dépose ton habit rapetassé, — ne te tiens pas là comme une borne, — et dénoue les courroies de ta besace, — je veux la fouiller de ma main.
ROBIN HOOD ET LE MENDIANT (Sj
« Et maintenant, je te le jure, — si tu fais le moindre bruit , — je m'assurerai qu'une bonne flèche — peut percer la peau d'un mendiant. »
Le m:^ndiant sourit et répondit: — « Tu ferais mieux de me laisser tranquille ; — ne crois pas m'effrayer — avec ton petit morceau de bois tortu.
« Ne crois pas que j'aie peur le moins du monde — de toutes tes petites baguettes; — je ne leur vois pas de meilleur emploi — que de servir comme lardoires.
« Je te défie de me faire du mal, — malgré tous tes airs fanfarons; — tu n'obtiendras de moi que des horions, — quand tu me supplierais jusqu'à demain. »
Le bon Robin banda son bon arc, — c'était un homme en colère ! — il y mit une large flèche. — Mais avant qu'elle fût tirée d'une palme,
Le mendiant avec son solide gourdin — lui porta un coup si bien appliqué — que flèche et arc —volèrent en morceaux.
Le bon Robin tira son épée, — mais cela ne lui réussit pas mieux, — le mendiant atteignit sa main — d'un second coup de son bâton ferré.
Je jurerais qu'il ne put tenir une épée — de quarante jours et plus. — Le bon Robin ne trouva pas mot à dire, — jamais son coeur n'avait été si triste.
Il ne pouvait combattre, il ne pouvait se sauver, — il ne savait que faire : — le men-
diant, avec son solide bâton, — lui octroyaitj de joyeuses volées.
Il frottait au bon Robin le dos et les côtes, — il le battait en haut et en bas, — frappant de tout cœur avec son bâton ferré, — jusqu'à ce que le bon Robin se fût évanoui.
« Lève-toi donc, l'ami, dit le mendiant, — n'as-tu pas honte de te mettre à dormir } — attends au moins que je te compte ton argent, — je crois que cela vaudrait mieux.
« Tu pourrais alors aller à l'auberge, — et te payer de l'aie et du vin ; — tes camarades fêteraient joyeusement avec toi — ta bonne idée de passer par la vallée. »
Le bon Robin ne répondait pas mot, — mais restait tranquille comme une pierre ; — ses joues étaient pâles comme la cendre, — et ses yeux étaient fermés.
Le mendiant le crut mort sans faute — et reprit bravement son chemin. — J'aurais voulu que vous fussiez dans la vallée — et que vous eussiez part du spectacle.
SECONDE PARTIE
Or, par hasard, trois des hommes de Robin — vinrent à passer dans ce chemin; — ils trouvèrent leur maître évanoui, — étendu par terre.
Ils relevèrent le bon Robin — en faisant de piteuses lamentations, — mais ils ne virent personne à qui — ils pussent demander compte de l'accident.
Ils le regardèrent de tous les côtes, — mais ne lui trouvèrent pas de blessure ; ~ pourtant de sa bouche coulait — le sang d'une bonne veine.
Ils allèrent donc chercher de Teau froide — et la lui jetèrent au visage ; — alors il commença à se gratter l'oreille, — et peu après il parla.
« Dites-nous, cher maître, dirent les hommes, — comment vous trouvez-vous d^ns cet état? » — Le bon Robin soupira avanSI^ commencer — le récit de son malheur.
« Voilà près de vingt ans — que je travaille dans ce bois, — et je n'ai jamais été mis en si triste état — que celui où vous m'avez trouvé.
« Un mendiant à l'habit rapetassé, — dont je ne craignais aucun mal, — m'a si bien rompu réchine avec son bâton ferré — que j'ai peur de n'en pouvoir jamais guérir.
« Le voyez-vous monter cette colline, — le chapeau sur la tête?— Si jamais vous avez aimé votre maître, — allez me venger de cet affront;
« Et ramenez-le-moi, — si vous en êtes capables, — pour que je puisse avant de mourir — le voir châtier en ma présence.
« Et si vous ne pouvez pas le ramener, — au moins ne le laissez pas s'en aller tranquillement; — car ce serait une grande honte pour nous tous, — s'il s'échappait de nouveau. »
« L'un de nous restera avec vous — parce
que vous êtes mal à Taise, — les deux autres le ramèneront — pour en faire ce que vous voudrez. »
« Maintenant, sur ma foi ! dit le bon Robin,
— je crois que voilà assez de paroles; — s'il peut seulement se servir de son bâton, — je crains que vous n'ayez votre compte. »
« N'a3xz pas peur, notre maître, — que nous soyons tous deux battus — par un vil mendiant crotté — qui n'a rien qu'un bâton.
cr Son bâton ne lui servira de rien, — comme vous le verrez bientôt, — mais nous vous le ramènerons — solidement attaché, — pour que vous décidiez s'il faut le tuer — ou le pendre à un arbre. »
«Mais surprenez-lc par ruse, — avant qu'il s'en aperçoive, — et mettez d'abord la main sur son bâton ferre : — vous réussirez plus sûrement. »
Maintenant laissons Robin avec son homme, — tandis qu'il joue l'enfant, — s'apprend à se tenir debout et à marcher — en se soutenant, malg^ré son âge.
Maintenant revenons au hardi mendiant
— qui gravissait la colline — sans plus avoir changé son pas — que s'il n'avait fait aucun mal.
Les jeunes gars connaissaient bien l'endroit — où il devait bientôt arriver, — et ils prirent un autre chemin, — plus court de trois milles.
Ils coururent vaillamment de toutes leurs forces, — sans s'inquiéter des pierres ni de la
boue, — sans s'arrêter aux descentes ni aux montées, — sans se fatiguer du chemin,
Jusqu'à ce qu'ils eussent devancé le mendiant — et se fussent postés sur sa route. — Il y avait un petit bois dans un creux, — et c'est là qu'ils s'arrêtèrent.
Ils se tinrent tout près d'un arbre, — de chaque côté du passage, — jusqu'à ce que le mendiant arrivât auprès d'eux — sans penser à ce qui l'attendait.
Et lorsqu'il fut passé entre eux, — tous deux se précipitèrent sur lui : — l'un saisit son bâton ferré — dont ils redoutaient les coups ;
L'autre lui montra — un poignard nu sur sa poitrine, — et dit: « Vilain traître, lâche ton gourdin — ou je te servirai de prêtre. »
Ils lui ont arraché son bâton ferré — et l'ont jeté dans l'herbe : — il était bien vexé de le leur laisser prendre, — comme si c'eût été chose précieuse.
Le mendiant était l'homme le plus effrayé
— qu'on eût pu jamais voir, — il ne trouvait plus moyen de sortir de là, ~ maintenant qu'il n'avait plus son bâton.
Il ne savait même pas pourquoi on l'attaquait, — ni combien ils étaient; — il crut les jours de sa vie arrivés à leur terme — et tomba dans le désespoir.
« Accordez-rnoi la vie, dit le mendiant, — au nom de Celui qui est mort sur une croix 1
— Ecartez ce vilain couteau — si vous ne voulez me faire mourir de peur.
« Jamais de Qia vie je ne vous ai offensés,
— ni récemment ni auparavant; — vous feriez un grand péché si vous tuiez — un pauvre mendiant innocent. »
« Tu mens, maudit coquin, reprirent-ils,
— par tous les serments qu'on peut faire :
— tu as presque tué le meilleur homme — qu'il y ait jamais eu en ce monde.
« Et tu vas lui être ramené, — solidement attaché, — pour qu'il décide s'il faut te tuer
— ou te pendre à un arbre. »
Le mendiant pensa que tout allait mal, — qu'ils étaient décidés à sa perte; — il ne vit rien en perspective — que le pire succédant au mal.
S'il s'échappait seulement de leurs mains, pensa-t-il, — et rattrapait son bâton, — il ne se laisserait pas facilement ram.ener en arrière — par de tels compagnons.
Il réfléchit alors un instant — comment il y pourrait réussir, — comm ent il pourrait tromper ces jeunes gars — et leur jouer un tour.
A leur rendre ainsi humiliation pour méchanceté — son cœur brutal était enclin; — il s'aperçut que le vent soufflait assez fort
— pour l'aider dans son projet.
Il dit : « Braves messieurs, soyez assez bons
— pour laisser un pauvre homme en paix; — quand vous aurez versé le sang d'un mendiant, en serez-vous plus avancés?
<r Ce n'a été que pour ma propre défense — que j'ai osé le frapper: — mais; je veux vous
offrir une récompense — qui vous conviendra mieux à tous deux.
(( Si vous voulez me laisser tranquille et libre — et ne plus me faire de mal, — je vous donnerai cent livres — et bien plus encore en menue monnaie.
« J'ai amassé cela depuis bien des années
— sous mon habit rapetassé — et je l'ai caché bien soigneusement — au fond de ma besace. »
Les jeunes gens entendirent l'avis — et lâchèrent le mendiant ; — ils savaient fort bien qu'il n'était pas assez agile — pour leur échapper en courant.
Ils pensèrent qu'ils accepteraient d'abord l'argent, — quoi qu'il pût advenir ensuite,
— mais ils ne le ramèneraient pas — et le tueraient sur place.
De cette façon Robin'nesaurait pas — qu'ils avaient reçu de l'argent ; — il serait assez satisfait de la preuve — qu'ils l'avaient tué.
Ils dirent : « Maudit coquin, fînis-en vite
— et compte-nous ton argent, — car le mauvais tour que tu as joué — n'est qu'une simple plaisanterie.
« Et nous ne te ramènerons pas, — quoi qu'il puisse advenir ensuite, — si tu fais ce que tu as promis — et nous paies ta rançon. »
Il ôta alors son habit rapetassé — et retendit sur le sol — et par-dessus il déposa plusieurs sacoches — entre le vent et eux.
Il détacha de son cou une grande besace
— presque pleine de farine, — elle en contenait au moins un demi-boisseau — ou plus, j'en suis sûr.
Il la déposa sur son habit, — en ouvrit largement la fente — et se pencha pour la retourner... — Les jeunes gens regardaient de tous leurs yeux.
Dans chaque main il prit un coin — de ce grand sac de cuir — et d'une secousse il leur jeta la farine — au visage, comme une grêle.
Il les aveugla de la sorte si bien — qu'ils ne pouvaient plus rien voir: — il se réjouit alors dans son cœur — et reprit son solide gourdin.
Il se dit qu'il leur avait fait tort — en couvrant leurs vêtements de farine ; — maintenant pour enlever cette farine — il se mit à les battre avec son bâton ferré.
Avant que ni l'un ni l'autre eût pu se frotter les yeux — et y voir goutte, — chacun avait reçu une douzaine de coups — bien appliqués avec son bâton.
Les jeunes gars avaient de bonnes jambes,
— ils se sauvèrent bravement ; — le mendiant ne put plus les atteindre, — quelque empressement qu'il y mît.
« Pourquoi tant vous hâter? dit le mendiant, — ne pouvez-vous attendre un instant — jusqu'à ce que vous ayez reçu votre argent? — Je vous le paierai de bon cœur.
« En secouant ma besace, je le crains. — j'ai soufllé de la farine dans vos yeux. —
mais j'ai là un bo.i bâton ferre, — pour vous rapproprier comme il faut. »
Les jeunes gars ne répondirent pas un mot, — ils restèrent muets comme des poissons ; — le mendiant s'enfuit au fond du bois,
— avant qu'ils eussent pu se frotter les yeux.
Et comme la nuit arrivait enfin, — c'eût été peine perdue que de le chercher; — mais jugez s'ils avaient l'air penaud — quand ils revinrent sur leurs pas.
Le bon Robin demanda comment ils avaient réussi. — « Très-mal, » répondirentils. — « Mais ce n'est pas possible, dit le bon Robin, — vous avez été au moulin!
« Le moulin est un bon coin pour la victuaille, — on y peut boire tant que l'on veut,
— bien sûr vous avez été de ce côté : — cela se voit à vos vêtements. »
Ils penchèrent la tête et se laissèrent glisser à terre, — sans pouvoir proférer un mot. — G C'est sans doute, dit Robin, parce que vous m'avez trouvé étendu sur le sol, — je pense, que vous voulez en faire autant.
ce Racontez-moi la chose en gros et en détail — et dites-moi comment — vous vous y êtes pris avec cet insolent mendiant — que je vous avais chargés de rattraper. »
Et quand ils eurent conté jusqu'au bout
— ce que je viens de vous narrer, — comment le mendiant les avait aveuglés... — Est-il besoin d'aller plus loin?
Et comment il avait caressé leurs larges
go BALLADES ANGLAISES
épaules — avec son grand gourdin, — et comment il s'était sauvé au fond du bois ■— avant qu'ils y vissent goutte;
Et comment ils avaient à peine pu revenir sur leurs pas, — tant leurs os étaient moulus, — le bon Robin s'écria : « Fi donc! quelle honte! — nous sommes déshonorés pour toujours ! »
Quoique le bon Robin eût bien voulu — être vengé de son affront, — il ne put s'empêcher de rire en voyant que ses jeunes gars — ■ avaient goûté du bâton.
:!i'èwM'M'Mêdêêwê'êwêêêêéê4wéMê4
NOTRE PAYSAN <i'
'OTRE paysan revint le soir à la maison, — à la maison il revint, — et il vit une selle de cheval — là où il n'aurait pas dû y avoir de cheval. — « Oh !comment ce cheval est-il arrivé ici ? — Comment cela se peut-il ? — Comment ce cheval est-il arrivé ici — sans ma permission ? » — « Un cheval ! » dit-elle. — « Oui, un cheval, » dit-il. — « Mais,vieux fou stupide et aveugle, — que' n'es-tu plus aveugle encore ! — Ce n'est rien qu'une vache à lait — que ma maman m'a envoyée. » — « Une vache à lait ! » dit-il. — « Oui, une vache à lait, » dit-elle. — « J'ai voyagé loin — et j'ai vu bien des choses, — mais de selle sur le dos d'une vache — je n'en ai jamais vu ! »
Notre paysan revint le soir à la maison, — à la maison il revint, — et il découvrit une
(i) Au dire des commentateurs de cette amusante ballade, la femme, ayant caché dans la maison un parent rebelle, voudrait^ pour ne pas mettre à l'épreuve la loyauté de son mari, le faire douter du témoignage de ses propres yeux.
paire de grosses bottes — là où il n'aurait pas dû y avoir de bottes. — « Qu'est-ce que cela maintenant, femme > — Qu'est-ce que je vois là ? — Comment ces bottes sont-elles venues ici — sans ma permission ? » — « Des bottes ! » dit-elle. — « Oui, des bottes, »'dit-il. — « Honte à votre face j aune — pour votre mauvaise vue !
— Ce n'est qu'une paire de seaux à eau — que le tonnelier m'a envoyés. » — « Des seaux à eau, » dit-il. — « Oui des seaux à eau, » dit-elle. — ce J"ai voyagé loin à cheval — et plus loin encore à pied, — mais d'éperons d'argent à des seaux à eau — je n'en ai jamais vu ! »
Notre paysan revint le soir à la maison, — à la maison il revint, — et il vit une épée — là oùiln'auraitpasdûy avoir d'épée. — « Qu'estce que cela maintenant, femme ? — Qu'est-ce que je vois là ? — Eh ! comment cette épée est-elle venue ici — sans ma permission ? »
— (( Une épée! ù dit-elle. — « Oui, une épée, » dit-il. — « Honte à votre face jaune — pour votre mauvaise vue! — Ce n'est qu'une cuillère à pot — que ma maman m'a envoj^ée. »
— « Une cuillère! » dit-il. — « Oui, une cuillère, » dit-elle. — ce Eh bien ! j'ai voyagé loin — et j'ai vu bien des choses, — mais de cuillères à pot avec poignée d'argent — je n'en ai jam.ais vu ! »
Notre paysan revint le soir à la maison,— à la maison il revint, — et il découvrit une perruque poudrée — là où il n'aurait pas dû y avoir de perruque. — (^ Qu'est-ce que cela