‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 112 sur 139 · CHAPITRE XII. 2X · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. 2X

cette matinée comme s'il n'y était pas, et M"^ Récamier ressentait une certaine fatigue. Ballanche s'affectait de ces santés si chères pour lesquelles il rêvait toujours d'un air pur et réconfortant.

i5 février 43.

J'ai commencé une lettre hier matin, j'ai été interrompu. En arrivant chez M™^ Récamier, j'ai trouvé M. d'Hautefeuille. En rentrant chez moi, le soir, j'ai trouvé votre lettre. Je vous assure que je suis bien triste de la raison qui va nous ôter votre petit séjour. J'en avais déjà la crainte. M. d'Hautefeuille ne m'a point parlé de la raison véritable, et je ne l'ai sue que par vous. Je serai discret, et je comprends qu'il faut l'être. Je crains à présent pour votre situation elle-même. Je vois bien qu'elle est plus difficile encore que je ne croyais. Espérons au moins pour le mois de mai. J'ai été longtemps à ne faire aucun cas de la santé et de l'argent; j'en suis bien revenu tant pour mes amis que pour moi. M. de Chateaubriand s'affaisse cruellement. C'est avec une sorte de terreur que je pense à la possibilité d'un événement que je n'ose envisager. Je suis loin de le croire prochain, mais la vraie vieillesse est survenue. Il y a si peu de temps encore qu'il avait toute la verdeur de la jeunesse pour écrire la vie de M. de Rancé ! J'espère bien qu'il reviendra quelques jours passables, mais il faudra les compter. M, Guillemon a été excellent. Je voyais bien qu'il prenait beaucoup à moi, que son départlui causait une vive peine. J'en éprouvais moi-même plus que je ne lui en témoignais. Toutefois, il y avait en moi lespérance qu'après son départ, je pourrais peut-être le remplacer pour un peu de travail. Nous allons voir. J'ai été aussi tristement occupé de ce pauvre jeune homme, M. Tisseur, que j'avais placé à Neuchâtel et qui est tombé dans le lac. C'était un jeune homme excellent et très distingué. J'espérais qu'un jour, il prendrait sa place dans une juste et

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bonne renommée. Et voilà que tout est fini. J'ai reçu des nouvelles de Justin Maurice. Il vient nous voir au mois de mai. La grande-duchesse et les princesses, ses filles, vont en Allemagne cet été, et iront passer l'hiver à Naples. Justin Maurice est du voyage, mais il se détachera de la brillante caravane pour venir passer im mois à Paris, Paris et Saint-Vrain. Il ira ensuite dans son cher pays d'Agen. De là, il ira en Italie rejoindre la famille de la grande- duchesse.

Je ne puis croire au danger du livre de la Princesse. Les savants comme M. Hetsch et M. Lenormant sont outrés. Cela doit être. Les gens du monde en ont une occupation sérieuse qui ne leur fait que du bien. M. de Chateaubriand et moi ne l'apprécions qu'au point de vue des gens du monde. Quant aux jeunes gens qui sont tom-nés du côté des idées rehgieuses , et le nombre s'en accroît tous les jours, croyez-moi, ils ne prennent pas leur science ou la science qu'ils veulent acquérir, dans la Princesse. Ils la cherchent là où il faut la chercher. Ceux qui peuvent apprendre quelque chose dans son livre y reçoivent plutôt une disposition , y contractant un goût qui les conduit à d'autres études. Il y a une question relative aux origines de l'Église latine, sur laquelle elle passe trop légèrement ; mais c'est précisément parce qu'elle ne la traite pas qu'il y a moins d'inconvénient. Au reste , les bénédictins de Solesmes viennent de faire im livre qui est loin de recevoir l'approbation générale sur ce sujet important. La question des peines éternelles est enveloppée dans une autre question qui ne peut tarder d'arriver à l'examen. Cette question des peines éternelles tient à la grande question cosmogonique du temps et de l'espace , laquelle marche vers sa maturité. En un mot, pour moi, cette question est encore à l'état de pressentiment. Vous savez qu'il y a des sceaux qui se brisent dans le ciel : ce sont des moments de grande souffrance pour l'humanité.

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