‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 114 sur 139 · CHAPITRE XII. aie · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. aie

terre un milliard de tous ces roseaux plus ou moins pensants. Il est certain qu'il faudrait bien peu de chose pour appeler tous ces roseaux au pied de l'Éternel. Ce serait l'affaire d'une seconde. J'aime assez avoir les savants pris au dépourvu.

Les chimistes éminents n'ont plus de moqueries pour les alchimistes anciens.

Il serait fort possible que les astronomes deviennent moins superbes à l'égard des astrologues.

La marée qui a commencé à Galilée va peut-être se retirer.

Quant à moi, j'en suis convaincu.

Vous ne pouvez comprendre à quel point d'incapacité je suis descendu.

Je voulais faire une petite édition de la Vision (VHébal, mais une édition qui ne fût pas destinée au public.

Cette vision étant destinée à subir de grandes modifications, je voulais qu'elle subsistât encore avec sa première forme.

J'avais commencé l'impression pendant que M. Guillemon était à Paris.

J'y joignais quelques fragments.

Je n'avais autre chose à faire qu'une petite préface pour expliquer cette demi-publication. Il m'a été impossible de faire ce rien. J'ai suspendu l'impression et j'en suis là.

Ne trouvez-vous pas que c'est assez triste ? Je voudi-ais cependant bien que cette incapacité ne s'étendît pas jusqu'aux lettres que je voudrais vous écrire.

Mille et mille respectueuses tendresses.

i4 avril 43.

Me voici tout seul dans ma petite chambre, vous écrivant sur la jolie table que vous m'avez donnée. Le soleil a l'air de vouloir se réconcilier avec nous. Fanny me disait tout

ÎS20 BALLANCHE ET M""* d'hAUTEFEUILLE.

à l'heure qu'au marché, ce matin, tous les paysans pleuraient. J'espère bien qu'elle exagère, et que la gelée n'aura pas fait tout le mal que l'on a craint. Avez-vous jamais réfléchi à une chose ? Combien il faudrait peu de chose pour tuer toute vie sur notre pauvre petite terre. Et si toute vie périssait sur notre terre, et que cette terre continuât de rouler, privée d'habitants ayant vie, combien ce serait un imperceptible événement dans l'ensemble de la création. Toutefois, cet événement est possible. Voici que l'homme me paraît arrivé au point où il va achever l'exploration de la terre. N'est-il pas évident qu'il achève de dompter le temps et l'espace ? La terre va entrer dans le creux de la main de l'homme. Sitôt que 'la terre n'aura plus rien à apprendre à l'homme, il faudra qu'il lève sa tente, et qu'il aille ailleurs continuer ses explorations, achever son éducation. Il ira visiter les lieux que déjà ses instruments rapprochent de ses yeux. Les journaux disaient, un de ces jours, qu'un astronome avait trouvé que la ligne décrite par la dernière comète était un hyperbole, c'est-à-dire une ligne qui ne revient point sur elle même pour accomplir un cercle quelconque. M. Arago le nie. Je suis persuadé qu'on finira par découvrir, dans le ciel, un symbole réel de l'infini. Dès à présent, la création n'a point de borne assignable. Un jour viendra où on trouvera, de plus, qu'elle n'a point de borne possible.

Quand vous aurez lu le prologue et la lettre de M. Guillemon, je vous prie de me les renvoyer et de me dire votre avis.

M""® Récamier a encore été souffrante depuis vous, mais elle est mieux.

On regarde M""" de Chateaubriand comme hors d'affaire.

Est-ce que vous ne nous donnerez pas quelques jours après Pâques ?

Maintenant, je le vois bien, il sera fort difficile que

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