‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 122 sur 139 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Vous ne voulez pas comprendre que je ne compte pas sur mes machines pour abriter mon nom, mais sur l'importance de l'idée dont elles doivent être l'expression. Si j'en viens à bout, j'écris sur Pascal des choses qui battront en ruine la philosophie de Descartes. Il faudra bien que le spiritualisme que MM. les universitaires actuels croient avoir inventé cède enfin la place au véritable spiritualisme, c'est-à-dire au spiritualisme chrétien. Vous le savez, selon moi, Pascal a été victime d'un mouvement de l'esprit humain opposé à sa propre nature. Pascal était ce que les Latins appelaient Natura secum discors, une nature en discorde avec elle-même. Le monde est maintenant tout plein de ces sortes de natures qui périssent à la peine.

Mille tendresses plus tendres et plus respectueuses les unes que les autres.

Hébal.

Minuit sonne, enfin nous sommes débarrassés de i843, et nous entrons dans i844-

M""'' Récamier a toujours, de temps en temps, ses atteintes de névralgie.

Les pauvres jambes de M. de Chateaubriand déclinent toujours.

Nous aurons bientôt M. de Rancé.

Je vous souhaite bien la bonne année, à M. d'Hautefeuille, à vous, à M, Charles, à M. Hetsch.

J'espère que M. d'Hautefeuille est complètement débarrassé de ses douleurs. Soignez bien vos santés.

26 mars 44- Je comprends trop combien vous avez dû trouver votre maison froide d'inhabitation et de saison, plus solitaire ;

(1) Chateaubriand lit paraître la Vie de Rancé en mai 1S44. Sainte- Beuve a dit de ce livre : « C'est un véritable bric-à-brac, l'auteur jette tout, brouille tout et vide toutes ses armoires. » (Chateaubriand et son groupe littéraire, Paris, 1861, t. II.)

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combien vous avez besoin de printemps ! Et aussi de reprendre vos travaux. Je vous prie de dire à M™e de la Prévalaye combien jepense, combien je sympathise à son affreux malheur ! Hélas ! Vous savez combien, en ce moment, j'ai la triste occasion d'y penser sans cesse. Le jeune ménage que vous savez est dans le même état et s'achemine inévitablement vers la dernière crise.

J'ai fait vos commissions auprès de M™* Récamierqui en est toujours à dire qu'elle ne vous a qu'entrevue.

M. de la Prade part jeudi. Je vais lui faire une note pour la recherche de mes vieilles paperasses. Je ne sais s'il pourra les retrouver ; il en a le vif désir d'après ce que je lui en ai dit. Je suis bien certain qu'il n'y a rien à en tirer, mais je pense en même temps que ce fouillis pourrait donner lieu à un article intéressant poiu* la Revue lyonnaise, à cause de la donnée (i). Ce qui m'a remis sur la trace de ces vieilleries qui ont près de cinquante ans, c'est une fort triste circonstance. J'avais donné à la ville de Neuchâtel, en Suisse, un jeune Lyonnais pour un cours de littérature. Ce jeune homme, très distingué, est mort d'une manière tragique. Sa mort a été un véritable deuil pour toute la ville. Depuis ce temps, tous les Neuchâtelois qui xiennent à Paris viennent me yoir. Ces jours derniers, il en est venu un qui m'a dit que M. Tisseur (c'est le nom du jeune Lyonnais) avait fait un certain nombre de leçons sur moi, quatre sur Antigone seulement, et que les leçons avaient été en partie écrites. M. de la Prade était l'ami particulier de M. Tisseur. Deux pièces du volume de M. de la Prade sont consacrées à cet ami ; l'une, Invocation sur la montagne, l'autre, Adieux sur la montagne. Il compte, avec quelques jeunes amis, mettre en ordre les papiers du pauvre jeune

(i) Ballanche fut le premier inspirateur de Victor de Laprade Le mysticisme rêveur du premier s'harmonisa parfaitement avec les tendances métaphysiques du second. « Laprade, a dit Sainte-Beuve, est en vers comme un Ballanche plus clair et sans bégaiement. »

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