‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 2 sur 139 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

lignes la comtesse Eugène, dont rcxistenco offre peu crinLérC't; nous la prierons aussitôt de céder la place à la comtesse Charles, qui la surpassa un peu comme valeur littéraire et eut sur elle l'avantage de s'entourer d'hommes de talent.

Lorsque M"*' de Marguerye s'unit à Eugène d'Hautefeuille, elle avait quinze ans et demi et lui vingt-trois. Selon la règle immuable qui régit de semblables alliances, au bout de neuf années les deux époux étaient séparés. Tandis que le lieutenant d'Hautefeuille allait promener sa bravoure sur les champs de bataille derrière les aigles impériales, sa femme se trouvait seule pour traîner à travers le monde une vie flétrie par les souffrances physiques et morales. Minée par le chagrin, en proie à de perpétuelles insomnies qui ne s'évanouissaient que dansune solitude complète, atteinte plus tard d'une maladie du larynx, elle était obligée de se confiner six mois de l'année et de garder les plus grands ménagements pendant la belle saison. Croyant échapper aux tracas qu'elle s'imaginait soulevés par des ennemis chimériques, elle se fixa en 1827 à l'Abbaye-aux-Bois, mais une maladie nerveuse la frappa, lui pliant la colonne vertébrale, accentuant ses tristesses et ses douleurs. Au mois de juillet 1828, elle se réfugia chez les Dames Augustines, y demeura deux années, puis revint à l'Abbaye, où son salon s'ouvrit aux lettres à côté de ceux de M™^^ Récamier, de Beaufort d'Hautpoul, de Seran et de Gouvello. Devant une

4 BALLANCHE ET M™^ d'HAUTEB'EUILLE.

élite on y faisait des lectures pas trop longues, et la muse de la maîtresse de maison, muse tout à la fois habile et complaisante, montrait à chacun ce qu'il devait dire en le laissant désespérer néanmoins de pouvoir l'imiter ('). Avant de quitter ce Parnasse mondain, M'"'' Eugène d'Hautefeuille réunit ses œuvres, prose et vers, dans un volume qui parut en 1834 et portait ce titre : Souffrances, bien fait pour attirer les âmes sensibles tout imprégnées des études romantiques. Désormais retirée de la société, notre dame n'abandonna point le commerce d'Apollon; après un long silence, elle publia successivement : Mélanges politiques et littéraires (i85o). Fleurs de tristesse (iSoy), Malheur et sensibilité (1859), ouvrages auxquels nous aurons la charité de ne pas renvoyer le lecteur. Elle s'éteignit en 1861, laissant un nom presque effacé dans la nécropole des bas-bleus duxix" siècle.

L'étoile de sa belle-sœur n'eût peut-être pas brillé plus vivement si d'illustres amis ne lui avaient donné un certain éclat. A trente-quatre ans, M"'' Anne-Albe-Cornélie de Beaurepaire n'était pas encore mariée ; elle habitait Versailles avec son père, ancien mousquetaire, ancien officier de Royal- Picardie. Emigré en 1791, celui-ci avait guerroyé derrière les Princes, dans la compagnie formée des officiers de son ex-régiment, puis il s'était i-endu en 1794 dans la Vendée, où on l'avait

(i) Paris ou le livre des Cent et un. Paris, i832, t. I. Article de la duchesse d'Abrantès.

Page 1