CHAPITRE I. O
nommé chef de division dans le corps de Stofflet. Après la première pacification, il avait été incarcéré à Angers et à Saumur, enfin s'était évadé avec dix royalistes qu'il ramena à l'armée commandée-par le vicomte de Scépeaux. D'un courage admirable, le comte de Beaurepaire s'était prodigué sur tous les champs de bataille; en août 1795, il avait été blessé grièvement à la main droite, qui resta estropiée; en outre, une balle lui avait traversé la poitrine de part en part et il avait eu deux côtes brisées ^^\ Ces états de service auraient dû suffire à lui attirer les faveurs de Louis XVIII, mais on sait combien la Restauration se montra ingrate vis-à-vis de ses plus héroïques soutiens. Malgré ces blessures, si dangereuses qu'on pouvait à peine concevoir comment Beaurepaire avait survécu, il n'obtint en 18:20 qu'une solde de retraite de capitaine se montant à 600 fr. et un brevet de colonel. A peu près satisfait de ces récompenses et possesseur d'une suffisante fortune personnelle, le brave gentilhomme vivait tranquillement en attendant que sa fille voulût bien se décider à convoler. C'est de son côté seul que venait la résistance, car, à défaut de la beauté, M"® de Beaurepaire possédait un beau nom se détachant en relief sur un fonds de 200,000 fr. qu'elle apportait en dot.
Enfin, le i5 janvier 1828, elle se résolut à épouser le comte Charles d'Haute feuille, dont la situa-
(i) Archives du ministère de la guerre. Dossier Beaurepaire.
tion était, pour une fiancée, plus alléchante que l'âge. Cependant il portait brillamment ses cinquante-trois ans, était colonel d'état-major, gentilhomme de la chambre du roi et député du Calvados. Son père, le marquis d'Hautefeuille, avait servi comme maréchal de camp sous Louis XVI, et son grand-père maternel, Antoine-Charles de Cauvigny d'Escoville, avait été chambellan du grand Frédéric. Les souvenirs monarchiques ne s'éteignaient pas dans cette famille, ils s'utilisaient même à solliciter.... Napoléon; car voici ce qu'écrivait le i5 janvier i8i3 M"® d'Hautefeuille, née Gauvigny, demandant à l'empereur quelque avancement en faveur de l'un de ses enfants : «..,. Votre Majesté mettrait le comble à ses bontés pour les fils et à la reconnaissance de la mère qui n'oubliera de sa vie l'honneur que ses ancêtres et elle ont eu de loger dans leurs demeures de campagne et de ville Henri IV en i6o3, Louis XIII en 1620, et Votre Majesté à une époque qui ne s'effacera jamais de son souvenir et de celui des siens W. » Des hôtes aussi marquants jetaient un lustre indéniable sur la maison d'Hautefeuille ; en outre, le comte Charles était un galant homme, fort bien en cour, et jouissant d'une agréable influence auprès du gouvernement qu'il soutenait avec ardeur de ses votes. Le mariage eut donc lieu. Satisfait de la raison qu'avaient montrée les deux fiancés
(i) Ministère de la guerre. Dossier Eugène d'Hautefeuille.