‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 36 sur 139 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tobre. A cette époque, je pourrai m'en occuper sérieusement, et je pense que ma révision ne me prendra pas beaucoup de temps. Dans tous les cas, je me mettrai en mesure pour y donner tout le temps qui sera nécessaire.

On travaille à remettre à flot Ladvocat, et comme ce sont des amis qui y travaillent, il sera notre homme si l'autre manque.

Mais c'est un repos de savoir qu'un éditeur est tout à fait conquis par le bon bout, c'est-à-dire après avoir lu lui-même.

Vous pouvez être certaine qu'il ne sait que ce que je lui ai dit, et que tout est entre lui et moi.

Mille et mille tendres et respectueuses amitiés.

Hébal.

J'espérais un peu que vous seriez moins effarouchée du système de traduction ; je redoutais la sévérité de M. d'Hautefeuille, mais je comptais un peu sur vos éblouissements. Il est écrit là-haut que nous sentirons de même sur toutes choses. Mais, cette fois-ci, nous sommes tenus de nous garder mutuellement le secret. Ainsi, à présent, nous avons un secret entre nous.

2 août 36.

Depuis plusieurs jours, je suis dans le deuil.

Ma pauvre sœur, qui avait une vie de souffrances, vient de m'être enlevée. J'ai été prévenu trop tard pour avoir la douloureuse satisfaction de l'assister dans ses derniers moments. J'ai fermé les yeux à ma mère, à mon père, et je ne les ai pas fermés à ma sœur. Elle était mon aînée de quelques années. En cessant de \'ivTe,elle a cessé de souffrir. Elle est bien une triste preuve que la vie elle-même est une expiation, car, certainement, elle n'avait rien à expier pour elle.

Je pars ce soir pour la Normandie. Je ne passerai là que quarante-huit heures, et je reviendrai à Paris; de là, je

•JO BALLANGHE ET M™9 d'hAUTEFEUILLE.

partirai presque immédiatement pour Lyon, où j'aurai de bien tristes affaires à régler.

Voilà donc où nous en sommes de nos projets ! Vous ne trouverez à Paris ni M*"^ Récamier ni moi.

Écrivez-moi quelques douces paroles de consolation que j'emporterai avec moi dans ce triste voyage.

Je serai absent à peu près un mois,

A mon retour, si vous êtes à Saint- Vrain, jlrai vous faire une petite visite.

La santé de M™^ Récamier est assez bonne; je lui porterai vos doux souvenirs. M™^ Lenormant est un peu souffrante.

Voici le nom du libraire : M. Beaujouan, rue des Grands- Augustins, n° i8.

Je ne vous conseille pas de le voir en mon absence ; à mon retour, j'espère vous trouver un éditeur plus digne. Cependant, celui-ci a le mérite de désirer de faire l'affaire.

Ma santé n'a point souffert, c'est que je suis en train de me bien porter.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

Le triste Hébal.

M™^ Récamier se trouvait à Passy qu'elle comptait quitter le plus tard possible ; chaque soir Ballanche allait l'y voir, afin de constater son état de santé, surtout celui de ses yeux qui commençaient à faiblir. Durant cela, Chateaubriand séjournait à Maintenon, dont il parcourait les cours et les jardins à la lumière de l'automne. Devant le parc conservant le sérieux et le calme du grand roi, il écrivait un chapitre des Mémoires resté inédit, (voir Biré, t. VI). L'Abbaye ne devait pas tarder à le rejoindre.

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