‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 38 sur 139 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ce que vous m'aviez écrit, j'attendais de jour en jour le précieux manuscrit qui, enfin, est arrivé à bon port.

M""* Récamier est fort souffrante depuis une quinzaine de jours. De plus, il lui est survenu un petit contre-coup de la conspiration de Strasbourg. La duchesse de Saint- Leu et Mrae Salvage sont immédiatement parties d'Arenenberg, en Suisse, où elles étaient établies. M"« de Saint Leu a débarque je ne sais où, Mme Salvage est venue débarquer chez M™* Récamier. Un petit salon, une chambre à coucher. M™* Récamier obligée de rester au lit dans sa chambre. M"* Salvage s'est établie dans le salon où l'on a monté un lit.

M""^ Récamier n'est pas rétablie, mais elle est beaucoup mieux. Quant au jeune Ronaparte, on n'a pas eu un seul instant d'inquiétude pour une fin tragique, mais sa mère n'en savait rien.

Ces dames vont partir. M™* Récamier va achever de se rétablir. L'Abbaye-aux-Bois rentrera dans l'ordre accoutumé.

J'ai entre les mains un ouvrage anglais du chevalier Davy. C'est un ouvrage philosophique dont vous avez peut-être entendu parler.

M. Paul David (■), un des commensaux de l'Abbaye-aux- Bois, a eu un accident qui l'oblige à rester chez lui. Il lit le livre pour avoir un avis à donner, et je l'enverrai de suite à M. d'Hautefeuille.

Je suis allé hier chez M. de Kergorlay. On m'a dit que les santés n'étaient pas mauvaises et que toute la famille ne reviendrait que vers la fin de janvier.

Je vais profiter des deux ou trois jours qui me restent encore libres pour lire avec soin ce que vous avez bien voulu m'envoyer.

(i) Paul David, neveu par alliance de M"' Récamier, était sous le Directoire attaché à la maison de bancpie Récamier. Il demeura un des tdèles de l'Abbaye et fut amoureux de sa tante... comme tous les autres.

74 BALLANCHE ET M™® d'hAUTEFEUILLE.

On fait chez Didot les dispositions nécessaires pour l'impression. Il a la prétention de faire un ouvrage qui sorte de ligne. Mon papier est arrivé ; il est tout ce qu'il y a de plus beau.

De mon côté, je fais mes dispositions de fonds. Des propriétés indivises avec ma pauvre sœur, et qui ne rendaient rien, se vendent. Je pourrai payer ce que je dois, faire les derniers frais que j'aurai à faire pour mes livres. Et j'entrerai dans un repos parfait.

Ma santé continue à être très bonne. Soignez bien toutes les vôtres.

Je fais, tant que je puis, la guerre aux lampes ; je suis convaincu que ce sont les lampes qui brûlent les yeux et détruisent la vue.

Vous me consternez en me disant que votre séjour de Paris est retardé. Je voudrais bien que le retard profitât un peu à la durée.

Mille et mille respectueuses tendresses.

Hébal.

On m'a parlé d'une fête qui a eu lieu à Saint- Vrain, d'un excellent discours de M. d'Hautefeuille qui a été dans les journaux et que je n'ai point vu.

i*"" décembre 36.

Franchement, je suis plus en peine de moi que de vous. Je redoute beaucoup le public pour moi; je ne le redoute, en aucune façon, pour vous.

Je viens de relire avec soin Une vie brisée. Je trouve cette composition très belle et très originale. Vous avez un vrai style, un style qui vous appartient, fort vivant et fort coloré. Je ferais la guerre, mais une guerre très peu hostile, à quelques mots , et seulement à quelques mots. Peut-être y a-t-il des transitions pas assez ménagées, surtout dans la première partie.

Je suis un peu fâché de la confidence à Sainte-Benve.

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