CHAPITRE VII. IÎ
cela dure trop. Aussi, nommé ou non, je n'y songerais plus.
M. de Kergorlay et M. Wilson ont le bonheur de vous aller voir; j'espère bien que mon tour viendra enfin. En attendant, ils m'apporteront de vos nouvelles.
Il faut que je prenne un parti. Mes matinées sont tellement envahies que je n'ai pas même le temps d'écrire quelques pauvres petits billets. Je n'ai jamais fermé ma porte, je crois que je vais me décider à avoir un jour, et à me clore les autres jours. Mais il faut auparavant que Je range mes livres, afin de me donner une pièce libre pour recevoir. Je ne sais pas m'arranger dans ce monde, et il est bien tard pour que je l'apprenne à présent.
J'ai vu M. de Lamartine. Il est toujours question d'une Revue. Cette fois-ci, c'est plus sérieux ; toutefois je crains d'être, moi, dans une ligne tellement à part que je ne puisse m'atteler avec aucun autre collaborateur. Ceci va se décider. L'Académie et la Revue, ces deux choses vont se décider; et j'irai vous en porter des nouvelles. Puis je me mettrai tout de bon au travail. Je veux profiter du temps que me laisse ma bonne santé. Mon pauvre ami Montbel a été frappé il y a déjà quelques années, et il n'a jamais pu se relever. Cela m'arrivera tôt ou tard. Montbel a fini son beau et grand travail sur Homère. Il avait commencé un travail semblable sur les Tragiques grecs. Je n'ai jamais espéré qu'il put conduire à sa fin cette dernière entreprise. Mais Homère est complètement achevé et publié. Ainsi, il laisse un monument carré. Lorsque ma Palingénésie sera publiée, ce sera mon Homère, et je pourrai vivre ou mourir.
Mais la peur me saisit lorsque je vois mon nom grandir de jour en jour. Il m'est démontré qu'on attend de moi plus que je ne pourrai donner. Toutefois, ce n'est pas l'Académie qui m'inspire de telles craintes.
Je crains d'être brouillé avec l'abbé Gerbet. Il a passé
124 BALLANCHE ET M™ d'hAUTEFEUILLE.
par Paris et je ne l'ai pas vu. II aura su, sans doute, que j'avais un peu vivement désapprouvé sa lettre d'adhésion à l'Encyclique. J'avoue bien que les termes de sa lettre m'avaient un peu trop effarouché, à cause de l'abbé de Lamennais. Mon premier mouvement a été exagéré; et je commence à craindre tout à fait que l'abbé de Lamennais ne se laisse entraîner hors des voies où j'aurais tant désiré qu'il fût resté. S'il fallait choisir entre nos deux abbés, mon inclinaison serait sans nul doute pour l'abbé Gerbet ; mais je voudrais les garder tous les deux. Pour porter les choses à leur dernière expression, il est certain que si j'étais à mon lit de mort, ce serait l'abbé Gerbet que je voudrais. Toutefois, je regretterais les beaux yeux et les paroles exaltées de l'abbé de Lamennais.
La perfection, dans de tels moments, ce serait l'âme de l'un et l'expression de l'autre.
Ma joie serait de les réunir pendant que je vis ; et j'espère que ce sera ainsi.
Je ne vous parle point des Lettres. M. de la Gervaisais est une vraie calamité pour ses amis.
Adieu. Adieu. Songez un peu à moi dans vos solitudes. Je vous demande pardon de vous avoir tant parlé mort et derniers moments. Je crois en vérité que la perte d'un ami de quarante ans est la cause de votre tristesse. Tous mes souvenirs à M. d'Hautefeuille. Voudriez-vous bien donner pour moi im bon petit baiser sur le front de mon bien jeune ami Charles !
Hébal.
Dites, je vous prie, à votre jeune poète qu'un autre jeune poète se propose de faire un poème en neuf chants qui aura pour titre : Ballanche.
Anna-Marie lança alor.s son Lys d'Israël (2 voL in-8). C'était l'histoire de la sainte Vierge, en-