CHAPITRE VIII. l
de Cazalès, Wilson, Jourdain, tous ceux dont vous aimez à être entourée.
Mme de Kergorlay ne m'a jamais paru mieux. Je dîne aujourd'hui chez elle. Nous parlerons de vous.
On me dit que le baron d'Eckstein a eu un très grand chagrin, la mort d'une personne à qui il était fort attaché.
Les agitations de l'année dernière sont remplacées par une sorte de découragement qui ressemble à du marasme.
Je continue à me mettre en mesure pour mon impression, mais je n'ai point commencé.
M"^ de Lagrange a commencé mon portrait. Je ne puis rien vous en dire.
Je sais que M. de Chateaubriand ne veut à aucun prix laisser faire le sien. Il veut en rester sur celui de Giraudet. M""^ Récamier aurait préféré que je fusse resté sur la médaille de David. Vous verrez cela.
Quand vous serez ici, pourrez-vous me céder, de temps en temps, M. de Sivry? Je choisirais ses jours et ses heures.
Mille respectueuses tendresses.
HÉBAL
Les lettres du commencement de Tannée iS^o nous manquent, mais il est certain que Ballanclie n'abandonnait pas sa correspondante. Par un mot écrit en mars, on voit qu'il commerçait avec les éditeurs et auteurs tant à son sujet qu'à celui de ]yjme d'Hautefeuille : « Ayez bon courage, disait-il à celle-ci ; on s'accoutumera à vous. Vous vous ferez un public qui sera initié par le succès croissant de VAme exilée. On comprendra cette inspiration toujours la même. » Le libraire Delloye s'occupait en effet de tirer la sixième édition de VAme exilée, et Rosa allait en lancer une traduc-
l54 BALLANCHE ET M""" d'hAUTEFEUILLE.
tion espagnole. Devant semblable succès, Anna- Marie ne devait pas rester inactive. Dans les premiers jours de mai, elle donnait au public Angélique, aventure romanesque qui se résumait ainsi : Quelque temps après la Révolution, une jolie novice va dans un couvent prononcer ses vœux; au dernier moment elle ne se sent pas le courage de ce sacrifice, et comme, par un serment de l'abbesse, la vierge ne peut sortir du lieu saint sans être mariée , un jeune officier présent s'offre pour époux. Afin d'exagérer l'invraisemblance, il se trouve que ce militaire est une jeune fille qui, pour sauver l'honneur de son nom, a remplacé au régiment un parent dont Finconduite est une flétrissure. Comment sortir d'une pareille impasse? Angélique finit par épouser le frère de la femme-soldat, et celle-ci trouve aussi un véritable mari. Commencé dans l'étrangeté, ce drame finissait assez vulgairement, par une sorte de partie carrée qui faisait de cette œuvre quelque chose de fort médiocre. Néanmoins Louis de Loménie écrivait à l'auteur, le 16 juillet 1840 :
« Permettez-moi de vous offrir mes très sincères félicitations pour votre livre dont la lecture a rafraîchi ma pauvre âme desséchée d'enfant du siècle. Il y a là une audace de pureté qui étonne d'abord et finit par dompter les plus rebelles. Pour ceux qui souffrent de ne plus croire, Angélique est mieux qu'une belle œuvre, c'est une bonne œuvre. »
Compliments adressés plus à la femme qu'à