Le (élu discolor de Linnce, ou lion d'Amérique
ou déchargeaient leurs rifles, sans arrêter les couguars qui, furieux, se retournaient contre les chiens et les envoyaient à dix pas d'eux glapir de douleur. Cependant les molosses, habitués de longue main à cette chasse, épiaient l'occasion favorable, se jetaient sur le dos des lions et enfonçaient les crocs dans leur chair; mais ceux-ci, d'un coup de leur griffe meurtrière, les balayaient comme des mouches et reprenaient leur course effarée.
L'un d'eux, percé par plusieurs flèches çt entouré par les chiens, roula sur le sol en faisant voler le sable sous sa griffe crispée et en poussant un hurlement effroyable.
Le Canadien l'acheva par une balle qu'il lui planta dans l'œil.
Mais il restait le second couguar qui était encore sans blessure et dont les bonds déroutaient l'attaque et l'adresse des chasseurs.
Les molosses, fatigués, n'osaient l'affronter.
Sa fuite l'avait conduit à quelques pas de l'endroit où se tenait Fleur-de-Liane; tout à coup il fit un crochet sur la droite, bondit par-dessus les Indiens dont deux roulèrent éventrés, et tomba en arrêt devant la jeune fille.
Fleur-de-Liane , pâle comme une morte, l'œil éteint, joignit instinctivement les mains, poussa un cri étouffé et s'évanouit.
Deux cris répondirent au sien, et, au moment où le lion allait s'élancer sur la jeune tille, deux coups de feu le frappèrent en plein poitrail.
Il fit volte-face devant son nouvel adversaire.
C'était le comte de Beaulieu.
« Que personne ne bouge, s'écria-t-il en arrêtant d'un geste Natah-Otann et Balle-Franche qui accouraient, ce gibier est à moi, nul autre que moi ne le tuera. » -
Le comte avait mis pied à terre, les pieds écartés et fortement appuyés sur le sol, le rifle à l'épaule, immobile comme un bloc de pierre, le regard fixé sur le lion, il l'attendit.
Une angoisse suprême serrait le cœur des assistants, nul n'osait bouger.
Le lion hésita, lança un dernier regard sur la proie gisante à quelques pas de lui, et s'élança en rugissant sur le j eune homme.
Celui-ci lâcha de nouveau la détente.
Le quadrupède se tordit sur le sable ; le comte, son couteau de chasse en main , courut vers lui.
L'homme et le lion roulèrent ensemble, mais bientôt un seul des combattants se releva, ce fut l'homme.
Fleur-de-Liane était sauvée.
La jeune fille rouvrit les yeux, jeta un regard effaré autour d'elle, et tendant la main au Français :
« Merci, oh! merci, » s'écria-t-elle en fondant en larmes.
Natah-Otann s'avança vers la jeune fille : -
« Silence! lui dit-il durement, ce que ce visage pâle a fait, Natah-Otann aurait pu l'accomplir. »
Le comte sourit avec dédain, mais ne répondit pas, il avait reconnu un rival.