kilog
(Notre gaz au bout de six mois avait encore une force ascensionnelle de pr6s de 1 kilog. 100 par m")
A 5 heures chacun est k sa place et i'equipe n'attend que le signal du sifflet pour larguer les equateurs.
Ont pris place k bord : MM Robert Meischke do Dresde; Otto Duncker, de Breslau; Wertheim Paul, de Francfort; le professeur M. Krause, Max Halfter, de Leipzig; liudolf Lencer, representant de la Presse et Eug. Taupin, notre second.
A 5 h. 10 un grand mouvement se produit, le sifflet du chef vient de donner le signal d'amener les equateurs, k ce moment Tenceinte est trop petite pour contenir lavingtidme partie du public accouru pour assister k ce depart et un grand nombre de personnes du monde officiel ne peuvent plus penetrer & I'interieur. Toutes les autorites municipales, le prcfet de police et ses officiers, les directeurs et les comit^s de I'exposition, en un mot beaucoup du monde officiel de Leipzig sont \k dans I'enceinte des manoeuvres : c'est le moment de hisser les pavilions, deux drisscssont pr^par6es k cet effet, chacun tressaille... je hisse k notre ballon le pavilion frangais, nos trois couleurs se deploient superbement et imm^diatement apr6s je fais de m6me pour les couleurs de Saxe ; deux cordes de « Ucher » amarrees au cercle sont en mains, la premiere est sous la direction de notre m^canicien J Courier et la seconde sous celle de nos amis J.Zet, notre directeur, et Therry, artificier de TExposition, je prends ma place k bord ou tout est bien en ordre, un pesage est fait puis quatre sacs sQnt enlev^s. II est 5 h. 15, le signal du depart est donn6 au milieu d'un silence extraordinaire qui dure quelques secondes, puis ensuite c'est un salut de trois hourras pousses par des milliers de poitrineset suivi par des applaudissements frenetiques; nous sommes partis...
Nous nous elevons k 350 metres, traversons ensuite toute la ville de Leipzig k une hauteur de 250 metres environ. Nous sommes pousses par une 16gere brise d'O.-S.-O., direction entre Francfortet Berlin, via Stettin (vitesse environ 30 kilometres k I'heure), th. -f 13», hyg. 90°.
Des la ville franchie, avec mon second, nousfaisons le menage, c'est-i-dire, que nouspreparons nosengins d'arrt^t et nous visitonstout. Nousavions ^bord: i®un guide-rope en coco de 80 metres de long et de iO"™ de diam6tre ; 2® un cdble en chanvre blanc de 100 metres de longet de 25*"™ de diametre, auboutduquel et sans saillie, nous avions ajoute un c^ble d'acier de li»m de diametre, de 50 metres de long, peasant 25 kilogs,plombe k Tinterleur^pour obtenir, sous un petit diametre, plus de charge sur le sol, ces deux derniers cordages, n'en formant qu'un, furent de suite largucs ; 3**rancrc et soncdble, celui-ci ayant une resistance de 10.000 kilogr.
MM. Meschke et Wertheim furent charges de suivre la direction de Botre route avec les cartes de bord et les renseignements de chacun.
MM. Lencer et Duncker avaient charge des divers instruments et de le'ur lecture, MM. le professeur Kraus^ et Max Ilalftcr, tenaient le registre de bord et s*occupaient de la correspondancc , chacun etait double pour pouvoir prendre un peu de repos en temps utile. Eug. Taupin ^tait charge d*annoncer les changements d*6quilibrc, au moycn de nos ^quilibreurs,(morceaude papier de sole d'un decimetre carr6), blanc pour ia nuit et rouge et bleu pour le jour, je m*6tais reserve de faire les jeux de lest moi-m6me.
A 6 h. io, nous passions au-dessus de Torgau, (ville pr6s de TElbe et que je connaiesais, y 6tant descendu avec le ballon VEloile chez un de mes voyageurs, M. Popp, de Gradzt. Nous avions franchis 50 kilometres en \ h. 30. Notre direction etait Francfort, puis la mer Baltiquc i gauche de Danzig, soit une distance avant d'atteindre la mcr de 500 kilometres ou, k notre Vitesse actuelle, plus de 15 hcures de marchc ; on pouvait done dormir tranquille n'ayant i compter avec la mer que de jour.
7 heures. — Nous sommes k 550 metres. — Nous decidons de nous mettre k table et on commence un diner tres gai. M. Meschke s'acquitta de sa tdche de fourrier dc distribution d'une fagon parfaite, il ne manquait que de bons cigares;le diner se composade perdreaux froids, llanqu^sde grivessurgrillade, fromage el fruits, vin blanc, champagne, cafe et cognac.
9 heures. — 450 metres, th. -f 9°, hyg. 95<*. La vitessehorizontale augmente et 11 nous semble voir par instant dans le lointain, A gauche et en arriere. des Eclairs; notre direction depuis unc heure sest un peu accentuee vers le Nord, vers Stettin, la, c'est la mer a 200 kilometres, c 'est-a-dire qu*avec la nouvelle Vitesse, dans 4 h. 1/2 environ nous serous au-dessus.
10 heures.— 400 metres, th. + 9», hyg. 100". — Nous sommes entre Berlin et Francfort, les eclairs de I'arriere se sent rapproches. nous en avons bien pr6s de nous maintenant, k gauche et k droite ; le grondement du tonnerre se rapproche beaucoup. Nous comptons 31) secondes entre la lumiere et la detonation, ^a n*est pas encore dangereux .
10 h. 30. — Tout se gAte, il pleut i^ verse, nous venous de jeter 150 kilogs de lest pour compenser le poids de I'eau, nous sommes k 200 metres de hauteur, faisant des prodiges pour conserver notre equilibre sous ces torrents d'eau.
Nous naviguons comme cela entre 150 et 250 metres; par precaution nous larguons le 2« guide-rope et il s'en est fallu de bien peu que je ne deoida d*interrompre cette ascension commencee sous dc si bons auspices, mais Forage 6tait si fort que toute idee de record s'evanouissail.
Maintenant, les eclairs et les coups de foudre se rapprochpnt et se multi* plient. Forage arriere nous a rattrapes et celui de gauche nous serre de tres pr6s. De tous cotes, c'est le feu du ciel qui nous entoure ct Feau tombe k torrents ; entre la luraiere et la detonation, nous ne comptons plus que 12^15 secondes, ce qui donne encore de i.OOO k 4.500 metres entre la foudre et nous. Notre direction change et nous reprenons la premiere sur Dantzig ; la vitesse est plus que doubl^e, environ 70 kilometres i Fheure. II est minuit, voil4 dej^ 2 h.30 que nous sommes en plein orage, nous avons depensc pour lui 375 kilogs de lest. Nous sommes fatigues et tres tristes, chacun a les yeux sur moi, car mes compagnons, inquiets par ce mauvais temps, craignent aussi que je tente Fatterrissage et, par ce vent, il n-y a pas h penser k repartirapres; si Fon vient au sol, il faut s'arr^ter et d^gonfler.
12 h. 30. — 300 metres. — La pluie tombe toujours, mais le nombre
d*eclairs et de coups de foudre diminue, tout cela reste en arri^re. Apres cette dure epreuve, Ton aurait pu esperer retrouver un peu de calme, mais non, nous jouons de malheur, car, maintenant, c'est la temp^te qui va remplacer le feu du ciel. Vers 2 heures, grand conseil, nous sommes au-dessus de Neu-Stettin, j'annonce qu'avant 2 heures nous serons k la mer.
Nous avons depense, avec Torage et ses suites, 550 kilos de lest, et je demande k mcs compagnons si Ton veut s'arr^ter, tons me r^pondent qu*^ moins d'un cas indispensable, ils veulent continue r et desirent 8*attacher k ma fortune de capitaine.
Apr^s inspection du lest, comme personne ne craint la mer, je declare pouvoir, malgre la pluie, rester encore 10 heures en Fair; il n*y a au plus que -400 kilometres de mer Baltique en longueur, ga nous demanderait 6 heures environ k traverser; il est decide que Ton continue le voyage. La pluie diminue, le ballon se deleste automatiquement et nous montons, nous passons au-dessus d'une premiere couche de nuage de 650 metres d'epaisseur. Nous sommes k 1.200 metres, cela me contrarie car nous perdons du gaz; enfin, nous allons pouvoir nous reposer un peu, nous ne voyons rien du sol, encore quelques eclairs lointains mais c^est la fin.
Nous ne sommes presque pas mouillds, grdce k une coUerette sp^ciale appliqu6e au ballon, mais nous avons un peu froid, th. + 3o, hyg. lOOo. Un peu de champagne et de cognac se charge de ramener la chaleur k chacun.
(A notre retour, nous avons appris qu'^ Leipzig, entre 9 heures et 9 h.30, le vent et la pluie avaient commence, puis avaient fail rage ; Forage aussi avait ete tres violent, ce qui avait donne beaucoup d'inquietude pour Tascension.La temp^te a duree toute la nuit )
i heures. — Nous sommes redescendus k 250 metres pour nous reconnaitre et nous constatons que nous sommes au-dessus de I'eau, c'est la mer, k n'en pas douter, mais, au bout de 30 k 40 minutes, nous reprenons la terre. Nous venions de passer sur le lac Frische, qui horde la baie de Dantzig, notre route etait encore modifiee et nous marchions maintenant en plein Est sur la droite de Konigsberg. Notre vitesse est toujours assez grande, notre ballon remonte un peu et navigue entre 200 et 700 metres.
5 h. 30. — Voili le petit jour, il faut aller reconnaitre le sol et causer avec les paysans. Nos guide-ropes sont au sol, mais voili que, d'un seul coup, nous nous trouvons au milieu d'un brouillard d'eau ; la pluie tombe k 45<^, cette fois nous sommes bien mouillcs ; les guideropes indiquent la traine sur des arbres, il faut amarrer la corde d'appendice, car le has du ballon d^gonfle fait voile en claquant.
Nous sommes k peine k 100 metres et nous ne voyons rien du sol, la pluie tombe en grande quantity. Nous aurions mieux fait de rester en hauteur, nous avons eu la malchance de venir encore au beau milieu de la temp^te. Un coup de vent de rabat nous amene presque au sol, il faut remonter pour relever les guide-ropes. Nous avons une vitesse horizontale considerable, 3 sacs de 25 kilogs sont vides instantanement et en m^me temps nous voyons devant nous 2 magnifiques sapins de plus de 35 centimetres de diam^tre^ nous les touchons, avec Tavant de notre nacelle, au beau milieu et ils sont brisks comme nous ferions d^une allumette; la secousse dans la nacelle est presque insignifiante,quoique cela le cercle de notre cone-ancre qui s'est trouve pris entre la nacelle et les arbres s'est brise. Nous remontons et venons nousmettre en equilibre k 1,300 metres, th.-|-2 hyg. 100, pluie fine. Voil^ une chaude alerte de passee, mais il faudra tout de m6me venir causer avec cette terrible temp6te quand le moment de Tatterrissage arrivera.
Nousavons du temps devant nous, 3 de nos compagnons dormeiit : plus de mer ^ traverser, nous n^avons qu*^ nous laisser aller, du reste, c*est le moment du vin blanc que notre fourrier nous ofTre et il nous annonce pour dans une demiheure le petit dejeuner compost de chocolat, oeufs durs et fromage cela va nous occuper un peu.
Vers 9 heures, nous nous laissons desccndre pour tenter ^ nouveau une reconnaissance dc notre direction (dans ics regions sup6rieures la vitesse horizontale 6tait k peine moitioe de cclle du sol). Nous rcstons en 6quilibrede Textremit^ du guide-rope jusqu*^ 250 metres, mais voil^ que maintenant nous marchons pouss6 par un vent Nord,— - nous trouvons des terrains tr^s biencultives et au costume des paysans il nous est facile de reconnaitre la pologne Russe. Nous voyageons k une centaine de metres et nous interrogeons pour connaitre la province, en allemand, en frangais pas de r^ponse ; nous commenQons a 6tre fatigues d'interroger et puis nous filons avec une telle Vitesse (80 k.) que tous, hommes, clievaux et animaux divers sent tres effrayes et se sauvent, enfin Tun de nous obtlent, en polonais, le nom de « Grodno » et quelques temps aprcs « direction Posen. » MM. Werthelm et Meschk6, nous signalcnt aussi un changcment de vent, nous sommes maintenant poussds par un vent d'E -N.-E., nous pointons bien vite sur nos cartes notre nouvelle direction, nous venons dc traverser un tres joli pays bien travaille et bien entretcnu ; il y a beaucoup de gibiers. Nous avons suivis avec le vent Nord pendant assez longtemps, de Kowno a Grodno, un grand fleuve, le Niemen qui passe k Grodno, laisse sur sa droite Vilna, que nous avons apergu d'assez loin, roule a Kauer ou Kowno, puis k Tilsitt et se jette dans la Baltique h Uuss ; nous n'avons maintenant aucun inter^t k rester au sol et nous nous laissons remonter, A 10 h. 30' nous atteignons i,()80 metres, eniin, plus de pluie, nous ne voyons ricn du sol, nous avons traverse deux couches de nuage et nous en avons encore une troisi^me au-dessus de nos t6tes ; nous sommes contraries de voir que notre route est absolument changee et que nous aliens rentrer en Allcmagne au lieu de poursuivre notre course vers le fond de la Baltique ou sur Saint-Petersbourg comma nous Tesperions en passant a Konigsberg, ou avec le vent d'Ouest droit sur Moscou, enfm 1 ! I
Notre fourrier de distribution, qui a bonne memoire, tire sa montre qui indique 11 heures 15* et nous invite au grand dejeuner: poulct froid,. rosbif k Tanglaise, fromage, fruits, vin blanc, caf6 et cognac ; nous avions besoin de cette tranquilite et chacun a repris sa gaiete, les conversations s^animent Mes compagnons esperent bien arriver k 5 heures du soir pour le fameux record du temps ; avec cette pluie ininterrompue, changeant de quantite k chaquc chute et k chaque variation d'altitude, nous for^ant k des jets de lest assez considerables, nous ne pouvons tenir une bonne horizontalite, ce qui fait que nous avons depense beaucoup de lest : sur nos l,i75 kilogrs du depart il ne nous reste que ifiO kilogrs, enlin nous verrons.
Midi 15. — 1900 metres. — Nous apercevons un disque jaundtre qui voudrait se montrer a travers la couche de nuage qui se trouve au-dessus de nos t^tes : c'est le soleil, mais comme il aura beaucoup de mal je propose de monter k sa rencontre, proposition vite acceptee, mais nous ne pouvons le faire que tres lentement, car notre lest nous sera utile pour la duree de notre voyage et surtout pour notre descente.
Midi 30. — 2. 220 metres.
1 heure 15. — 2.700 metres.
i heure 45. — 2950 metres. — L^g^re chute de neige tr^s fine d'un ti^s bel effet.
2 heures 05. — 3030 metres. — Th. — i® t», hyg. 95. — Nous apercevons le soleil, mais il n'est pas tr^s vigoureux.
'2 heures 20.— 3240 metres (Hauteur maximum). — Ciel bleu, le soleil devient assez chaud quoique le th. marque — 4^ le coup d^oeil est magnifique avec cet immense tapis de neige sous nos pieds, tous mes compagnons sont en admiration devant ce spectacle grandiose; ils sont gratifies de Taur^ole des aeronautes au centre de laquelle notre aerostat est admirablement reproduit, tous sont ^blouis et ravis. En v^rit^ mes passagers meritaient bien de jouir de cette vue splendide pour compenser Thumidit^ de notre triste ascension ; d*ailleurs ils ne sont pas encore k la fin, car un vent violent regne toujours en bas et il nous attend probablement, mais en tous cas il n'y aura pas de surprise, car depuis hier au soir 10 heures, lui et moi nous nous guettons mutucllement.
2 heures 30. — Ilfaut abandonner ce que nous voyons, le ballon rompt son equilibre et a un leger mouvement de descente.
Nous aliens perdre ce beau soleil qui nous a apparu subitement comme en un r^ve et nous aliens nous laisser descendre et traverser ^ nouveau ces vilains nuages qui ont si fortement contrarid notre ascension, mais en rien diminue le courage de tous mes compagnons. Nous mettons un pen d'ordre dans notre nacelle et nous platens k Tavant les paniers, vivres et liquides, pardessus, couvertures, etc. Le lest est plac^ moitie^ Tavant pr6s de Taupin et moitie k Tarriere pr^s de moi. Nous avons encore au moins deux heures k naviguer, mais il est preferable d'etre pr^t ; le cordage d'ancre et I'ancre sont en bon ordre k la nacelle et ne la quitterons qu*^ la derni^re demi seconde car je n'esp^re pas pouvoir descendre en rase campagne. Trouverais-je le bois r6v6 pour atterrir par un vent pareil avec un gros ballon et un Equipage nombreux, mais brave... oui.
3 heures 15. — Nous arrivons verticalement bien lentement en Equilibre sur notre guide-rope d'acier; horizontalement nous avons une vitesse de 90 k 110 kilom. Les nuages inf^rieurs sont k peine k 300 metres du sol, le vent vient du N.-E. ; nous sommes tr^s attentifs pour 6viter avec nos cables de commettre des d6gats
Nous sommes prcs de Kalisch, nous aliens pour la deuxieme fois passer la frontiere Russe et entrer en Sil^sie. Pour eviter que les cables ne passent sur des villages oil Ton commettrait surement des d6g&ts nous sommes forces de Jeter un pen de lest et de remonter ; la pluie fine a repris et tombe r^guli^rement, k chaque r^ascension nous sommes arrdt^s dans la premiere couche de nuages, laquelle a plus de 900 metres d'^paisseur.
4 h. 15. — Nous sommes en plein nuage k 1.100 metres et maintenant, comme c*est notre derni^re r^ascension (il y a juste 23 heures que nous sommes partis), chacun va prendre sa place pour I'atterrissage, on propose une coupe de champagne pour le record : acceptee et vid^e.
Taupin est plac6 k Tavant au centre, k sa droite Duncker, qui reste aux instruments et indique les hauteurs k haute voix; en arri^re de Duncker, Wertheim avec ses cartes ; k la gauche de Taupin le professeur Krause en arri^re Halfter et devant moi, sur Tarri^re k ma droite, Meischke et R. Lencer avec la corde de la soupape k la main. — A 40 centimetres au-dessus du bordage de la nacelle, j'avais mis une corde circulaire r^unissant toutes celles de la nacelle
pour faolliter & se tenlr et dans la longueur*, traveraant la nacelle d'un bord 1 I'autre, una autre corde tendue.
4 h. 45.— Grand nombre de coups de alffleta de locomotlvea : c'eat une grande ville; quelquea minutes apres, altitude 300 metres. Le vent ne nous a pas fait
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5 h. 5. — Nous naviguons entre 50 metres et 80 metres, c*est-^-dire que les deux guide-ropes travaillent beaucoup, c*est leur role, du reste ; tant pis pour ce qu*ils rencontrent, on ne peut plus rien ^viter, 11 faut les laisser faire. Entre Brieg et Oppeln, un magnifique bois se pr^sente, mais sa position est mauvaise, car il n'est pas de niveau, et nous Tattaquons par le cot^ le plus bas. Quelques arbres sont fauches par le c&ble d'acier qui nous arr^te plusieurs fois; le cdble en chanvre qui le relie k notre nacelle et qui a une resistance de 3.850 kilogs..., casse
Nous continuous notre course avec un peu plus de vitesse et passons pr^s d*Oppeln, nous traversons la ligne du chemin de fer et une forest commence; mais le jeu est loin d*6tr6 egal, car il me manque le pr^cieux concours de 75 metres de c^ble acier et chanvre.
Nous nous rapprochons, chacun est bien k la place d^sign^e, pas trop d*^motion, je vols que |e peux compter sur tous.
ff Rentrez instruments et cartes et que personne ne parle ; Taupin un sac k la main, Duncker un sac k la main, et attention. »
Ce qui nous reste de guide-rope travaille bien, mais la vitesse horizontalc est considerable; il n*y a pas k reculer. dans 20 minutes lanuit, il nenous reste que 9 sacs = 225 kilogs. Nous marchons avec une vitesse de 115 ^ 125 kilom. Cette fordt est bien placee comme je la desirais, car nous Tattaquons par la partie la plus haute ; encore 4 kilometres, le coup decisif arrive. Si ce n'6tait la responsabilite des six personnes qui nous accompagnent si bravement, j*aurais 6i^ heureux de cette lutte qui dure d^ji depuis 20 heures et qui, par un coup d'audace, va etre terminee k notre avantage ; mais, inlerieurement, et ceux de mes collegues qui voudront bien lire ce long r6cit me comprendront, j'avais quelque chose qui m'oppressait, pas pour moi, j*en ai d6}k bien vudansmes 625 ascensions libres, terrestres et maritimes, mais bien pour mes sixcompagnonsqui, d'apr^s les 10 ascensions libres prec6dentes du 800 m.' et aussi sur mes affirmations, avaient pris confiance et s'^taient engages dans ce voyage au long cours (sans escales), qui devait etre fait par un temps choisi, belle journ^e et belle nuit, et qui, jusqu'i present, avait rencontre tout ce que les a^ronautes peuvent le plus redouter au cours d'un voyage aerien : orages, temp6tes de vent et d'eau (nous aveuglant par moments); en somme, atmosphere terrible, et cela pendant 20 heures sur 24.C'etait ccrtainement peu rassurant pour mes voyageurs; depjus, comme je sentais les regards dirig^s sur moi pour connaitre mes impressions ou voir si je laisserai percer quelque emotion sur ma physionomie, j'ai ete force, dans cette fin de notre voyage de servir, k mon equipage, avec quelques petiles recommandations de bonnes anecdotes aerostatiques amenant la gaiete sur tous les visages, de sorte que nos quatre kilometres de bois furent vite franchis; dans le dernier, il nous fallut faire connaissance avec lessommets d*arbres, et c'est entre 45 et 50 metres quMl fut parcouru. Ah ! les bons arbres, des pins magnifiques de 15 ^25 metres de hauteur, notre nacelle en couchait les tetes d'une fagon parfaite, nous ne sentions aucuiie secousse de ce fait, quelques arrets par les guideropes qui brisent plusieurs arbres au passage.
Attention 1 encore 200 metres, vais-je reussir, aliens encore up bon coup d'oeil et c*est fait. Un petit coup de soupape, bien.... tout craque et casse dessous nous, une douzaine de sommets d'arbres s'effondre, tout I'appareil se couche et se reieve avec un bruit sinistre ; tout mon monde est bien k sa place, mon ancre et sa corde precieusem&nt gardes k la nacelle sont reunis par deux cordelettes dans ma main, c*est leur tour de travailler. Nous y sommes, 60 me*
tres avant la fin de la for^t, jc coupe corde et ancre, qui vont au sol au travers des arbres et je jette mon couteau devenu inutile. Le ballon se releve et derri^re, des craquements ^pouvantables se font entendrent, la soupape est ouverte pour compenser les poids que je viens de jeter, un arrfit brutal se produit, il est sec et notre nacelle disparait dans les arbres k 6 metres avant les derniers, c^est presque r^ussi... « Encore une minute mes enfants et c'est termini, rien ^ craindre, ne bougez pas, rentrez les t6tes — I'ancre travaille — Taupin deux sacs, Duncker 1 sac, tenez bien )) le ballon qui 6tait incline A 45^ se coucbe compldtement, puis se relive, « attention aux I6tes ». Ah! I'ancre travaille dure, car tout casse derri^re avec un bruit formidable ; le ballon remonte de 15 metres, la nacelle s'6chappe des arbres u soupape en grand » par Meschk^, Lenceretmoi, le tout avance de 25 metres tque personne ne sorte»... un choc, un bond, le ballon arr6t6 se couche compl^tement et Thydrogene retenu prisonnier depuis si longtemps (six mois) s^^chappe rapidement. Le ballon se tord, se couche et se relive 4 ou 5 fois, mais 11 est li, vaincu et agonisant, la nacelle est renversee bien entendu, mais n'a pas avanc6e d'un metre ; depuis les arbres, elle a touch^e une fois et, tres exaotement, elle est k 18 metres des derniers arbres. Au fur et k mesure que le ballon se d^gonfle, Ton sort de la nacelle et 3 ^ 4 minutes aprcs, nous sommes huit debout. k retenir autour du cercle ; tons bien portant, pas une egratignure, serrement de mains, felicitations. II est exactement 5 h. 38, commeil y a5 ^ 6 minutes que nous sommes 1^, notre course adoncdur6e2i h. 15; iln'y a encore personne d*arrive du village de Tarnau, qui se trouve droit devant nous k une distance de 600 k 700 metres. Ce village est compos6 d'une centaine de maisons dont un certain nombre aurait et6 fatalement brisces ainsi que nous, dans un trainage ^pouvantable, si noire manoeuvre de la for6t avait ^te manquee ou si notre cdble d'ancre s'etait rompu comme le guide-rope.
Nos provisions : bouteilles, instruments, lampe 61ectrique et accumulateurs, rien de perdu, rien de cass6.
Je suis tres heureux de pouvoir adresser ici toutes mes felicitations et mes r^merciements k mes six compagnons, pour la fagon aussi aimable que brave avec laquelle lis m'ont secondes tout le temps de notre difficile voyage et aussi k Eug. Taupin, notre second.
Le ballon fut d^gonflc le soir et le tout resta sur le terrain du combat jusqu*au lendemain, sous la garde de trois naturels du pays. A 6 h. 45, nous partions nous restaurer et faire un 16ger nettoyage k nos personnes avant d'aller prendre le repos que nous m^ritions tous ; I'unique auberge de Tarnau nous regu, mais il n*y avait pas de lits pour tout le monde.
Le lendemain, de 8 h. k 11 h. du matin, tout le materiel, trcmpe, fut mis en ordre et ramass6 sur 2 voitures et cela avec le concours de tous nos compagnons de voyage (sauf le professeurM. Krause qui avait trouve le moyen de partir, d^s notre arrivee, pour une station voisine), puis transporte k la gare de Tarnau, d'ou Ton dut tel6graphier k Breslau pour avoir un wagon plat pour le chargement du materiel
Cot^ comique
A Tarnau, il y a un petit bureau de posie qui expedie bien par jour, dans les grands services, de 12 a 20 lettres et environ [\ telegrammes par semaine, c'est vous dire que I'employ^ se porte bien et n'est pas trop fatigue par son travail, mais \oi\k qu'k 7 h. 1/2 sa situation changea subitement, cepauvre gargon faillit devenir fou.En voioi le motif : En AUemagne, et principalement k Leipzig, les
cartes postales illustrees ont beaiicoup de succes car il y a un grand nombre de collectionneurs. La Societe de I'Ascension libre avait pensee k editer une carte postale speciale pour ce voyage, lesquelles seraient emportees au depart et raises k la poste au lieu de descente. II y en avait de deux categories; 1» les cartes postales ordinaires ; ^^ les cartes postales recomniandees, Ton payait pour ces dernieres un mark cinquante, et chaque carte necessitait de la poste un recepiss6 ; chaque acheteur mettait sur la carte Padrcsse qu'il d^sirait et la deposait dans une boite speciale au ballon.
Lorsque nous arrivAmcs h Tarnau, chacun de nous avait k passer 3^4 telegrammes, soit un total d'environ *25 dep<5ches comprises celles de la presse, de plus Ton annonga k I'employ^ que le lendeniain matin oii lui apporterait un millierde cartes postales recommandees(soit un millierde regusadonner)outrc l.iOO cartes non recommandees, en outre il devrait nous donner de suite des timbres pour raffranchissement du tout. Impossible de decrire la t6te de I'employe qui perdit immediatcment I'usage de la parole et sans le maire, qui nous accompagnait. il vouLait fermer son bureau. Les deux premiers tclegrammes qui furenl passes par lui k Breslau, ont du (^tre recommences et r6expedies avec le concours de R. Lencer, car ils avaient et6 transmis dans un style incomprehensible. Le directeur de la poste d'Oppeln fit partir par le premier train deux employes avec des timbres pour satisfaire k I'expedition des telegrammes et des cartes aeronautiqucs
Louis GODARI),
Pour terminerje copie la fin du rapport do U. Lencer qui a ete public dans un grand nombre de journaux allemands :
€ Apres la sortie des derniers arbres, une seconde secousse assez forte et « nous etions dans un champ. D'un seul coup, la gondole se trouve presque € verticale, nous etions les uns sur les autres et cepcndant personne ne devait « quitter la gondole qui representait un vraipoids, quoique cela tout le monde bien, personne de blesse, pas une bouteille ni un instrument cassis, tout « en ordre. Nous etions debnrquos a Tarnau (arrondi^soment d'Oppeln, Sil^sie) € k 5 h. 30' du soir on nous avons trouve assez facilement des aides. Avec sa « derni6re ascension, Louis Godard est arrive au but quMl avait annonc6 € d'avance et cela par un temps abominable. A hattu deux records temps et € parcouns puisqu'il est reste .2 4 heures ir> minutes, et a fait 1,665 kilo- « metres. II a conlirme qu'il 6tait le premier aeronaute du monde. Nous « tous qui avons fait le voyage avec lui avons admire sos promptes deler- « minations, son sang-froid et son energie,rentier devouement qu'il a eu pour € scs passagers ; nous demons aussi reconnaitre la bonne construction du bal- € Ion et le bon materiel (construit aux ateliers du Champ de Mars, par L. « Godard et Ed. Surcouf), car il est extraordinaire qu'un ballon qui a resiste tf pendant 6 mois k tous les changements de temperature, ait pu sup- « porter un voyage aussi long par un temps aussi Jifiicile; I'ascfension du bal- « Ion Aug. Pollich, laissera un souvenir eclatant dans les annales des aeros- « tats. U. L. »
Leipzig, 23 octobre 4897
Monsieur I^ouis Godard, lng6nieur-Aeronaute,
Exposition de Leipzig Cher Monsieur,
A Toccasiou de voire d<^purl de Leipzig, nous nous empressons de vous exprimer par la pr^seote noire eniiere reconnaissance et nos plus chaleureux renierciements pour vos fonc-
tioDnements couronn^s de tarit de succ6s, copime chel technique du ballon caplif sur notre exposition, installe par vous, ainsi que comme capitaine de la s^rie des ascensions libres.
Nous sommes convaincus que c*est en premiere ligne k votre admirable ^nergie, k voire expertise profonde et h votre riche experience dans Taerostation que nous devons le succes inoui d*avoir eu une exploitation de ballon captit qui fonctionna sans cesse, sans aueun incid$nt^ d*ane mani^re irr^prochable du premier au dernier jour de Texposition et nous crovons de ne pouvoir dire de louangcs plus m6ritdes sur les capacites accomplies des « Grands Ateliers a^rostatiques du Champ de Mars Louis Godard et Gd. Surcouf » qu*en constatanl que voire ballon caplif de 3.200^^' a non seulement r^siste aux intemp<}ries pendant 183 jours d*une fa^n tout ^ fait remarquable, mais a permis encore k votre talent de direction sans concours, non seulement d'entreprendre le jour de la cloture de notre exposition le 19 octobre 1897, mais aussi de niener glorieusement k bonne fin cette memorable ascension libre de plus de vinglquatre heures, qui occupera encore longtemps les esprits de toutes les nations.
Nous vous souhaitons de tout coeur, tout le succes, toute la bonne chance pour votre futur carri^re et vous prient, cher Monsieur, de croire k Tassurance de notre plus grand respect et admiration. •
La Direction de V Exposition saxo-ihur d' Industrie
a Leipzig 4891.
Signe ; Conseiller Dodet F. Wasilafwkt