VICTOR, ADRIENNE
VICTOR
Ah I ne craignez rien, mamselle !
ADRIENNE
Monsieur, je suis seule, vous le voyez.
VICTOR
Encore une fois, mamselle Adrienne, rassurezvous... je venais... est-ce que vous n'avez pas vu
Lanois ?
ADRIEKNE, vivement.
Il est venu ce matin, de votre part, je crois. VICTOR, plus prés d'elle.
Oui, oui; mais j'ai peur qu'il ait mal expliqué à monsieur votre père ou à vous le motif.. . (A pan.) Mon Dieu ! je suis aussi tremblant qu'elle, moi.
ADRIENNE
Vous devez penser, monsieur , que c'est à mon père lui-même qu'il faut que vous parliez.
VICTOR
De ce qui le regarde, sans doute ; mais de ce qui me regarde, moi.<.
ADRIENKE.
Voui» moQtieur?
\lciOK, plus près. I
Ma bonne mamselle Adrienne, si j'avais un conseil à vous demander, me le refuseriez-vous ? *
ADRIENNE
Moi, monsieur?
VICTOR
Oui; vous avez peut-être entendu parler d'un mariage que l'on me propose? i
ADRIENNE
Je crois que oui... une demoiselle riche, n'estce pas ?... Et vous êtes décidé à accepter, sans doute ?
VICTOR
Non, mamselle; et avan ( je vais bien vous étonner ), avant, je voudrais savoir si... si vous croyez... si vous pensez...
ADHIENNB
Mais dans un établissement comme le vôtre, il me semble qu'il faut... une femme...
VICTOR
Oh! ça, c'est vrai !...
ADRIENNE
Qui vous apporte de la fortune !
Pourquoi ça ? j'en ai pour pour deuk<
ADRIENNE
Qui vous aime?
VICTOR
Ah! ça, j'y tiens, par exemple... et aussi qu'elle soit bonne, vertueuse, bien élevée... et j'ai eu le bonheur , hors l'amour pourtant , de trouver tout ça.
ADRIENNE
Je ne vous comprends pas.
VICTOR
Adrienne , celle dont je vous parle se cache à tous les yeux!... mais j'ai pris des renseignemens, moi... d'abord chez la lingère qui lui donne de l'ouvrage.
ADRIENNE
Une ouvrière...
VICTOR
• Ensuite, chez le maître de ses petits frères, / auxquels elle sert de mère. f
ADRIENNE , à part.
Oh! mon Dieu! qu'entends-je?
VICTOR
Je suis monté à son sixième étage, où je l'ai trouvée seule le dimanche, à travailler; et je me suis dit : Celle qui est si bonne fille, si bonne sœur, ne peut pas manquer d'être un jour une excellente femme.
ADRIENNE
Ah f monsieur Victor, pas un mot de plus ! je vous en prie ; vous ne voudriez pas tromper une pauvre lille, lui faire perdre la raison.
VICTOR
Chère Adrienne! j'avais encore quelque chose de bien important à vous dire, je ne l'ai pas osé.
ADRIENNE
C'est donc quelque chose que je ne dois pas entendre?
MAGASIN THEATRAL
VICTOR, posant une lettre sur la table à côté de la guitare.
Je jure que cette lettre ne contient aucune offense. . vous la lirez, Adrienne; vous déciderez Yous-mêm^ , et tout dépendra de vous , chère Adrienne I
ADRIENNE
Mon Dieu!... mon père, s'il était là!
VICTOR
Adrienne, pourquoi trembler? n'êtes-vous pas mon seul amour! bientôt ma femme?
ADRIENNE
Oh! non, non! Je vous en prie, allez- vous-en 1 allez-vous-en!
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