‹ Balochard, ou, Samedi, dimanche et lundiChapitre 48 sur 60 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

BALOCHARD, LARMOYER, vv Gabçok.

LARMOYER

Il est décampé, ça n'est pas malheureux.

Qu'est-ce que tu me veux, voyons?

LARMOt'ER.

Asseyons-nous à cette table : on est plus isolé quand on est deux, tête-à-tête.

Approuvé l'écriture.

Il se mi'ttpiit à la table ({u'iio garçon vient de delxmtMV LE GARÇON.

Il ne faut rien à ces messieurs?

Tu ne veux rien pren(iri?

BALQCHAKD.

LARMOYER

Dieu! le lundi, jamais:... c'est hors de mes principes. Cependant, ma femme n'est pas présente, et l'amitié peut offrir le canon et même l'obus.

Nous pourrions risquer le poulet froid, hein?

LARMOYER

Tout d' même.

Garçon... veau à la gelée, pour un.

LE GARÇON

Voilà, messieurs.

LARMOYER

Ah! bah! autant qu'il en mette pour deux.

Garçon, pour deux, avec un sou de pain, et vin à huit.

LE GABÇOM, en dehors.

Bien, messieurs.

Le vin est pas mauvais, ici, tu verras... t'aimes ai^^^aqt qu'il soit bon, toi, n'est-ce pas?

LARMOYER

Toul-à-fait... mieux que ça, je le préfère. LB GARÇON , servant du vin, du painj^ ^t du veau. Voilà, messieurs, voilà !

Bien, laisse-nous, à présent.

LARMOYER

Oui, nous avons à parler d'affaires. ( Le garçon se retire.) J'avais d'abord été chez toi; mais vu que tu n'es pas rentré du tout, je ne l'ai pas trouvé.

J'étais à Syracuse... Quelle société choisie, si tu savais. (Le servant. ) Aimes-tu le gras ?

LARMOYER

Donne toujours. Je te disais donc, il ne faut pas confondre, vois-tu... il y a les amis, et les amis... il y en a d'aucuns, bons enfans, si tu veux... mais vous vous trouvez dans l'embarras, dansla débine, ou n'importe... ils diront, je m'en moque. Moi, je ne suis pas comme ça.

X ta santé !

A la tienne ! Je te disais donc... ce n'est pas ça... tu me connais d'ailleurs... nous sommes ouvriers, c'est pour nous estimer, nous rendre des

services dans l'occasion, et nous entendre

Donm^moi ^^ I^ gelée.

Tu aimes la gelée?... je ne savais pas que tu aimai^ la gelée.

LARMOYER

Ouvriers, faits pour nous rendre des services dans Voççssion, et nous entendre.

Je te devine, estimable ami, généreux philanthrope^; m v«)ux me prêter de l'argent, et je l'ao- «epte»

LABHOYEB.

Tu m'accuses d'une chose qui est dans mon cœur, mais dont je suis incapable.

Alors, clarifie-toi... je ne te comprends pas.

LARMOYER

Ah! Balochard, ce n'est pas pour dire, mais ta défunte femme que t'as perdue, t'a fait bien du tort en te rendant veuve.

Larmoyer, ne parlons pas de ça... c'est des souvenirs, vois-tu, ça me chiffonne... A ta santé.

Moi de même...

Heureusement j'ai une fille, une brave et honnête fille... Dieu, ma Drienne, en voilà une ficeléeet confectionnée!... un trésor!... celle-là me console de tout.

LARMOYER

Eh bien ! c'est là que je t'arrête ; tu la laisses presque toujours seule, c'te jeunesse ;tu conviendras qu' ça n'est guère amusant.

Elle n'aime pas à sortir.

LARMOYER

Et si quelqu'un, je suppose, profitait de ton absence et allait la voir pendant que tu chantes à Syracuse?

BALOCHARD, frappé.

Hein 7 qu'est-ce que tu me dis là ?

LARHOVEll.

Eh bien! oui... voilà la rhose, voilà ce que je voulais te dire, entre nous. Balochard, es-tu un homme? as-tu du courage? Je te dirai tout.

Ma fille!... .

LARMOYER

Hier, quand nous t'avons emmené, quand je suis retourné chez toi pour chercher ta lyre harmonieuse...

Parle, voyons !

LARMOYER

Ta fille n'était pas seule, elle était avec un jeune homme.

Un jeune homme ! ça n'est pas vrai !

LARMOYER

Je l'ai vu, je lui ai parlé!... mieux que ça, il lui remeKait une lettre.

Une lettre! Dis-moi qui, je veux le tuer.

LAR.MOYER

Le tuer, le tuer!... d'abord, il ne faut (uerper^ sonne, la loi s'y oppose; et puis il se peut que M. Victor ne soit pas fautif.

BALOCHARD, Se leVUUt.

M. Victor! c'est lui!... le bourgeois... Ab! c'est donc pour ça qu'on voulait m'éloigner, m'envoyer en pays étranger... c'était pour séduire, pour ûét' honorer mon enfatil«

MAGASIIN THEATRAL.

lAnMOVEB.

Non, Balochard, ta fille est vertueuse; la preuve, c'est qu'elle a quitté ton domicile politique ce matin.

Et mes enfans, mes deux petits... où sont-ils?

LARMOYER

Il paraîtrait qu'ils sont chez un' voisine au second, à ce que m'a dit la portière.

Ma pauvre fille! et c'est moi... Mais non, elle est coupable, puisqu'elle a reçu une lettre.

LARMOYER

Ça, la lettre, je l'ai vue.

Et c'est M. Victor... Mais ils se connaissaient donc ? Le misérable !

LARMOYER

Voyons, voyons, Balochard, sois calme dans le malheur, et écoute mes conseils.

Non ! je n'écoute rien ! il faut que je le trouve, que je le démolisse !

Il veut sorlir.

LARUOYER, le retenant, Balochard !

Non!

LARMOYER, le prenant à bras le corps.

Je ne te quitte pas.

Laisse-moi.

LARMOYER

Balochard, ne va pas faire un événement.

LE GARÇON

Messieurs, c'est cinquante-huit sous.

BALOCHARD, Se dégageant des bras de Larmoyer. C'est juste... paie vite, et filons.

LARMOYER

Comment, que je paie 1 mais je n'ai pas d'argent; tu sais bien que quand ma femme n'est pas là...

J'ai cru que tu régalais.

LARMOYER

Moi aussi.

Eh bien, c'est bon, garçon; c'est pour mon compte... dites que l'on me mette ça sur l'ardoise.

LE GARÇON

Du tout, messieurs: ici on ne fait pas de crédit, ce n'est pas l'usage de la maison.

Va te promener avec ta maison, nous sommes pressés.

LARMOYER, nn peu effrayé.

Nous sommes excessivement pressés.

LB GARÇON, les arrêtant lotis les deux. Vous ne sortirez pas.

LARMOYER

Par exemple !

Veux-tu me lâcher, méchant gâte-sauce? {A tarmoyefi) Viens donci

LE GARÇON

Ah! vous voulez vous sauver sans payer! Eh bien, je ferme la porte, et nous verrons.

LARMOYER

Il nous enferme.

BALOCHARD, bors de lui.

Ah! c'est comme ça... Ah! tu nous retiens de force... Eh bien, tiens, voilà tes bouteilles! tiens, voilà tes assiettes! tiens, voila ta fricassée!

LE GARÇON

Ah ! mon Dieu , il brise tout ! A la garde ! à la garde ! a la garde nationale!

ii.\Locu.>Lni>, jeiani le garçon par terre, au moment

où il veut l'empêcher de continuer à tout casser.

Tiens! voilà pour toi.

LE GARÇON, sc relevant.

Au secours ! à l'assassin ! à la garde!

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