L ABBE BONNET
économique, la pratique la plus e'ie'mentaire de la vie chrétienne.
Aus3i l'abbe Bonnet travaille-t-il, pour l'amour ■du bien, à procurer à ses ouailles la mesure indispensable de bien-être : ses bienfaits ont un sens et ses charités un but. S'il nous manque de connaître par le menu ses efforts apostoliques, du moins savons-nous que la « rége'ne'ration » de Montégnac fut aussi e'clatante que rapide. Mais aussi, quel ascète que cet homme, et quel homme que ce prêtre ! Sa force e'tait sa foi, sa volonté'. Au reste, « sa maigreur e'tait disgracieuse, ses e'paules se voyaient trop, ses genoux semblaient cagneux. Le buste, trop de'veloppe' relativement aux extrémite's, lui donnait l'air d'un bossu sans bosse. En somme, il devait de'plaire. »
Rien d'e'tonnant : les meilleurs cure's de Balzac sont laids (i), sauf que l'éclat inte'rieur de la vertu illumine et harmonise leurs traits ; et n'est-ce pas, en effet, pour la beauté' morale le triomphe suprême que de transfigurer les
(1) Il y a, comme de juste, des exceptions; par exemple, l'abbé de San-Lucar, un espagnol : « Cet ecclésiastique était un saint homme, de belle taille, admirablement bien propor. tionné, ayant de beaux yeux noirs, une tête à la Tibère, fatiguée par les jeûnes, blanche de macérations. » L'Elixir de longue vie. — Voir aux Documents, § x, le portrait de l'abbé Bonnet.
corps et de donner aux difformite's natives un sens sacerdotal et divin, une valeur impre'vue? Balzac aimait en artiste ces apothe'oses intimes de la chair par l'esprit, et volontiers il s'en donnait le spectacle.
Si l'abbe' Bonnet trouve, dans son ministère, des joies et des réconforts, ce n'est pas pour retirer de ces grandes « consolations » de petits profits. Lorsque le secrétaire particulier de l'e'vêque, — un jeune abbé de Rastignac, gante', musqué, si joli qu'une pauvre fillette en le voyant s'extasie et, littéralement, en perd la parole : « la petite n'avait jamais cru qu'il pût exister un abbé semblable, éclatant de linge en batiste, tiré à quatre épingles, vêtu de beau drap noir, sans une tache ni un pli » ; — lors donc que l'abbé de Rastignac visita pour la première fois l'humble presbytère, il n'y jeta point de regards d'envie : en voyant de près ses splendeurs tout agrestes, il paraît qu'il « se trouva très heureux d'être évêque en perspective plutôt que curé de village. »
Et ce qui, de prime abord, en étonnera plus d'un, la maison de Dieu n'était guère moins nue que la maison du prêtre : ou, si elle était riche, c'était de ces trésors mystiques appréciés des âmes seules et que les yeux mondains de l'abbé ne voyaient pas. — Ecoutez ce dialogue :