‹ BalzacChapitre 19 sur 29 · UNE PERSONNIFICATION DE L'INDIGENCE · texte numérisé non relu

UNE PERSONNIFICATION DE L'INDIGENCE

paupérisme sur le vif, et peut-être prendre sa revanche avec le père Fourchon.

— Et comment entendez-vous l'éducation de Mouche ? Comment vous y prenez- vous pour le rendre meilleur que vos filles ? demanda Blondet.

— Lui parle-t-il seulement de Dieu ? dit le curé.

— Oh ! non, non. Môsieu le Curé, je ne lui disons pas de craindre Dieu, mais l\ houmes ! Dieu est bon, et nous a promis, selon vous aut' , le royaume du ciel, puisque les riches gardent celui de la terre. Je lui dis : « Mouche, crains la prison ! c'est par là qu'on sort pour aller à l'échafaud. Ne vole rien, fais-toi donner ! Le vol mène à l'assassinat, et l'assassinat appelle la justice ed \hournes. El rasoir de la justice, v'ià ce qu'il faut craindre, il garantit le sommeil des riches contre les insomnies des pauvres. Apprends à lire. Avec de l'instruction, tu trouveras des moyens d'amasser de l'argent à couvert de la loi, comme ce beau M. Gaubertin ; tu seras régisseur, quoi ! comme M. Sibilet, à qui M. le Comte laisse prendre ses rations. » Le fin est d'être à côté des riches, il y a des miettes sous leurs tables. Vlà ce que j'appelle eune fiare éducation, et solide. Aussi, le petit matin est-il toujours du coûté de la loi... Ce sera ein bon sujet, il aura soin de moi.

— Et qu'en ferez-vous ? demanda Blondet.

— Un domestique pour commencer, répondit Fourchon, parce qu'en voyant les maîtres ed près, il s'achèvera ben, allez ! Le bon exemple lui fera faire fortune la loi en main, comme vous aut .'...

Les Pavsans.

Page 1