‹ BalzacChapitre 8 sur 29 · LA GUERRE SOCIALE Z · texte numérisé non relu

LA GUERRE SOCIALE Z

du pays. De là, « ces trompeuses merveilles enfantées par ce que d'imbéciles économistes nomment la petite culture, le résultat d'une faute politique à laquelle nous devons de porter l'argent français en Allemagne pour y acheter des chevaux que notre pays ne fournit plus, une faute qui diminuera tellement la production des bêtes à cornes, que la viande sera bientôt inabordable, non pas seulement au peuple, mais encore à la petite bourgeoisie. » Et comme le paysan « n'a pas d'autre passion, d'autre de'sir, d'autre vouloir que de mourir propriétaire », il e'conomise. Ils sont trois millions de familles, au moins, qui amassent, et donc qui « enterrent annuellement cinquante francs et soustraient ainsi cent cinquante millions au mouvement de l'argent. » Et puisque les paysans, paraît-il, mettent environ sept ans à se réserver de quoi payer un champ, c'est donc onze cents millions, ou peu s'en faut, qui « dorment » ainsi sept années, improductifs. « Mais, comme la petite bourgeoisie en enterre bien autant et se conduit de même à l'égard des propriétés auxquelles le paysan ne peut pas mordre, en quarantedeux ans, la France perd les intérêts d'au moins deux milliards, c'est-à-dire environ cent millions en sept ans. » Et, ô rêves de Perrette, que

n'eût-on pas fait avec tous ces millions! Le paysan joue donc à qui gagne perd : en économisant de cette façon, « le prole'tariat se prive lui-même de six cents millions de salaires. »

La propriété', dès lors, n'est plus qu'un mot vide et un « non-sens. » Si encore elle aidait à vivre ! Mais, loin de suffire à l'entretien de ceux qui la détiennent, elle contraint ces « proprie'taires-mendiants », dont la richesse nominale fait ressortir mieux la pauvreté' re'elle, à recourir aux emprunts hypothécaires ; elle introduit dans les campagnes l'usure vorace qui les trouble et les e'puise ; elle sacrifie la terre à l'argent; elle en fait la victime-ne'e du veau d'or et de ces « forbans », les usuriers.

Ne voit-on pas la prise facile qu'auront par là, sur les terriens grands ou petits qui souffriront le plus de ce de'sordre, les prédications révolutionnaires? Et ne sera-ce point le communisme qui, sous une forme ou sous une autre, béne'ficiera le dernier de ces malheurs publics et privés?

Pour l'empêcher d'en bénéficier, et pour re'sistcr à l'action diverse et combine'e des pauvres, des riches et du Code lui-même, Balzac a dit nettement ce qu'il souhaitait qu'on fît.

Page 1