‹ BalzacChapitre 7 sur 29 · LA GUERRE SOCIALE · texte numérisé non relu

LA GUERRE SOCIALE

passent par une évolution fatale aux mains des bourgeois auxquels ce morcellement même les rend accessibles; de plus en plus divisées et réduites à « des moitiés, des tiers, des quarts, des dixièmes de centiare », elles arrivent enfin aux paysans qui les subdivisent encore jusqu'aux dernières limites du possible.

« Vous allez voir cet infatigable sapeur, ce rongeur qui morcelle et divise le sol, le partage et coupe un arpent de terre en cent morceaux, convié toujours à ce festin par une petite bourgeoisie qui fait de lui, tout à la fois, son auxiliaire et sa proie. Cet e'ie'ment insocial créé par la Re'volution absorbera quelque jour la bourgeoisie, comme la bourgeoisie a de'voré la noblesse. S'e'levant au-dessus de la loi par sa propre petitesse, ce Robespierre, à une tête et à un million de bras, travaille sans jamais s'arrêter, tapi dans toutes les communes, intronisé au conseil municipal, armé en garde national dans tous les cantons de France par l'an i83o(i)», — et aujourd'hui, par surcroît, déclaré souverain !

Voici, d'ailleurs, un exemple typique : « La commune d'Argenteuil, observe Balzac dans le Curé de village, compte 38.895 parcelles de

(1) Les Paysans, Avant-propos.

terrain, dont plusieurs ne donnent pas quinze centimes de revenu!.... On a des propriétaires de quinze, de vingt-cinq centimes de revenu ! » Et, par surcroît, « le paysan ne rend rien de ce qu'il a conquis. Une fois que cet ogre a pris un morceau de terre dans sa gueule toujours be'ante, il le subdivise tant qu'il y a trois sillons. Encore alors ne s'arrête-t-il pas ! Il partage les trois sillons dans leur longueur, comme monsieur vient de vous le prouver par l'exemple de la commune d'Argenteuil. »

Balzac ne peut en parler froidement : en artiste qu'il est, il tremble pour l'avenir de l'art : « Mon Dieu, comment ne comprendraiton pas que les merveilles de l'art sont impossibles dans un pays sans grandes fortunes ! » Il faut l'entendre plaisanter « les fabriques de calicot et les plates inventions de l'industrie moderne... Quelles habitations, quels beaux ouvrages d'art, quelles e'toffes broche'es d'or laissons-nous? Les jupes de nos grand'mères sont aujourd'hui recherche'es pour couvrir nos fauteuils. Usufruitiers e'goïstes et ladres, nous rasons tout et nous plantons des choux là où s'e'levaient des merveilles! »

Que faire, en effet, avec toutes ces parcelles : Chacun les exploite comme il peut, sans avoir e'gard aux intérêts ge'ne'raux de l'agriculture et

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