‹ BalzacChapitre 1 sur 5 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

Honoré Balzac, qui prit plus tard le nom d'Honoré de Balzac, naquit à Tours le 16 mai (jour de la Saint-Honoré) 1799. Son père, François Baissa, avait pris de très bonne heure le nom de Balzac; il était né à Nougaïrié, dans le département du Tarn, en 1746. Le grand-père d'Honoré s'appelait Baissa; il était cultivateur sur la paroisse de Nougaïrié. La mère d'Honoré s'appelait Laure Sallambier et était née à Paris en 1778. Cette duplexité ethnique de l'ascendance de Balzac dispense le biographe de toute dissertation ethnologique. Balzac n'est ni tourangeau, ni languedocien, ni parisien; il est simplement de race française.

Son père était vigoureux, sanguin, grand parleur et grand liseur, homme à projets et à idées inattendus, traits de caractère que l'on retrouvera chez son fils, plus tard insoucieux de presque toutes

t» BALZAC.

hoses, excepté de prolonger ses jours de manière i rivaliser au moins avec Fontenelle. Honoré de Balzac a donné beaucoup de parties du caractère dt son père au docteur Bénassi, du Médecin di campagne.

M. Balzac le père avait été sous Tancien régime homme de loi de bas degré et très obscur. La Révolution lui donna sans doute un coup d'épaule; car or le voit, en 1793, figurer dans VAlmanach nationa, comme officier municipal et comme membre di conseil général de la Commune. Il fut envoyé à le frontière du Nord comme administrateur aux vivres Il épousa, en 1797, Laure Sallambier, dont le père \ appartenait à la même administration. De 1804 à 1811 : il fut administrateur de Thospice général de Tours J Dès 1798 il avait été, à Tours, dans l'administratior ] des hospices, et c'est dans cette ville que naquii Honoré, et le « mot du temps » recueilli par Taine « C'est un beau champignon d'hôpital » est probablement, en même temps qu'une prétendue définition de son tempérament littéraire, une allusion à son origine. Le père de Balzac fut, en outre de ses fonctions administratives, deuxième adjoint au maire de la ville de Tours. En 1814 il rentra, à Paris, dane sa première administration, celle des vivres, où i resta jusqu'à sa retraite, en 1819, et il alla vivre è Villeparisis, puis à Versailles. Il ne devait mourii qu'en 1829, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, à Versailles.

La mère d'Honoré, de trente-deux ans plus jeune que son mari et de vingt et un ans plus âgée que son

S, était une personne très intelligente, très spirielle, très jolie, avec de beaux yeux, un nez long

lin, une bouche fine et un peu serrée ; sèche, impé* euseet autoritaire, ayant du goût pour les sciences cultes et les auteurs audacieusement mctaphysiens, tendance qu'elle donna pendant quelque :mps à son fils. Elle devait survivre de quelques inées à Honoré; elle mourut en 1853, à Tâge de >ixante-quinze ans. On croit généralement que alzac a mis les traits les plus désagréables de sa lère dans le portrait de la Cousine Bette.

Honoré, aîné des enfants, avait deux sœurs el un •ère. L'aînée de ses sœurs, Laure, de deux ans lus jeune qu Honoré, fut toujours la meilleure mie qu'il eut sur cette terre, sa confidente, sa onnë conseillère et nous a laissé sur lui des lémoires infiniment intéressants. Elle avait épousé I. Surville. La seconde, Laurence, épousa M. de .lontzaigle et mourut très jeune, en 1826. Son rère, après une enfance et une adolescence ingrates, •mio-ra en Amérique, y mena une vie besoigneuse et nourut assez jeune. — Honoré fut envoyé d'abord quelque temps comme externe au lycée de Tours et l y a une page sur cela dans le Lys dans la vallée ; luis, sans que j'en puisse trouver la raison, au colège de Vendôme, à Tâge de neuf ans, en 1807. Le •ollège de Vendôme, très célèbre d'ailleurs à celte îpoque, était gouverné par des oratoriens. Os jlaient sévères. Honoré ne prit aucun goût aux études proprement dites; mais il lisait énormément, tout ce qui lui tombait sous la main et tout ce qu'il

pouvait dérober à la bibliothèque. Il était considéi comme un élève déplorable et passait beaucoup c temps au cachot. Il écrivait aussi, au gré de se \ caprice, toutes sortes de choses, sur des sujets géra ralement fort au-dessus de son âge. Il a donné pli tard une idée de ces années de collège dans Loii Lambert. Tout cela produisit chez lui une espèc d'encéphalite et Ton s'alarma. Sa mère fut appelée Elle le trouva pâle, maigre, défait et comme étourd Sa grand'mère s'écria : « Voilà comme le coUèg nous les rend » . On l'emmena. C'était le 22 août 1813 il avait quinze ans. j

Sa santé se raffermit vite et il entra comm j externe de troisième au lycée de Tours. En 1814 j son père ayant été nommé, comme i'ai dit, directeu i de la première division des vivres de la ville d i Paris, Honoré fut placé à l'institution Lepître (voi : encore le Lys dans la vallée) au Marais. M. Lepîtr ■ distingua le jeune Honoré, s'attacha à lui et prit surk i une assez forte influence. M. Lepître, qui avait expos sa vie pour la famille royale pendant la Terreur était très catholique et très monarchiste. Il n'est pa impossible que ses idées aient eu quelque retentisse ment dans le cerveau du jeune homme.

Ses études, toujours assez mal faites en somme étant terminées. Honoré entra dans une étud d'avoué, chez M. Guyonnet-Merville. De dix-sept . vingt ans, très actif, il s'occupa de procédure, fi son droit et fréquenta assidûment les cours de I. Faculté des Lettres. C'était un étudiant pauvre c'était même le type de l'étudiant pauvre ; car sor

ire ne lui donnait pas du tout d'argent. Balzac a msigné cela avec grand soin dans la Peau de chadn.

A vingt ans ou vingt et un, il reçut de son père 3S propositions très brillantes : un notaire à qui [. François Balzac avait autrefois rendu un service nportant offrait à Honoré d'être d'abord son clerc, uis, à très bref délai, son successeur dans les condions financières les plus douces du monde. Le notalat effraya Honoré qui, depuis le collège et surtout epuis les cours de Sorbonne, nourrissait des mbitions littéraires qu'il ne pouvait plus réprimer, l refusa, il y eut de terribles orages domestiques. lonoré était obstiné; sa mère opiniâtre. Son père le jt moins. Il décida de mettre le jeune homme à épreuve. Pendant deux ans Honoré vivrait seul, vec une pension juste suffisante pour subvenir à es besoins et tenterait la fortune littéraire. )eux ans de stage, pour un apprenti écrivain, c'était nfiniment peu, mais telle fut la décision paterlelle. Pendant ce temps-là, et plus tard, M. François Balzac venant d'être mis à la retraite, la famille irait labiter Villeparisis.

Honoré, dans une mansarde de la rue Lesdiguières, ^rès de l'Arsenal, travailla avec fureur pendant ieux ans. H a décrit presque sans hyperbole cette vie terrible dans la Peau de chagrin et dans Albert Savarus. Sa détermination était inflexible. Il écrivait à sa sœur Laure : « Avec quinze cents francs de rentes assurés je pourrais travailler à ma célébrité ; mais il faut le temps pour de pareils travaux et il

faut vivre d'abord. Je ne serai pas notaire toutefois Comptez-moi pour mort si Ton me coiffe de cet étei gnoir. Je deviendrai un cheval de manège qui fai ses trente ou quarante tours à Theure, boit, mange dort à des instants réglés d'avance. Et Ton appell vivre cette rotation machinale, ce perpétuel rctou des choses! Laure, Laure, mes deux seuls vœux, e immenses : être célèbre, être aimé, seront-ils jamai: satisfaits? »

Il accoucha d'une tragédie quil lut à un comitt d'amis, parmi lesquels était ce M. Surville qui devai épouser sa sœur. La désapprobation fut unanime. Ui nouvel arbitre fut choisi, M. Surville père, ancier professeur, disent les uns, le poète Andrieux disen j les autres. Désapprobation toute pareille et même | plus sévère. Que conclut Honoré? Que « la tragédie n'était pas son fait » ; et il se remit au travail.

Cependant, comme il était malade de surmenage ses parents apitoyés le retirèrent à Villeparisis. IJ y travailla encore, quoique moins à son aise et prive de la solitude qui fut toujours nécessaire à sor labeur et il y fît connaissance avec Mme de Berny. Mme de Berny, fille d'un musicien allemand, qui avait été un des instrumentistes de la reine Marie- Antoinette, et d'une femme de chambre de la reine, était née à Versailles en 1777. Elle avait donc en 1822 quarante-cinq ans, vingt et un ans de plus qu'Honoré. Elle avait épousé à l'âge de quinze ans Gabriel de Berny qui devint conseiller à la cour royale de Paris; elle avait eu huit enfants. Elle n'aimait plus son mari, morose et quinteux. Elle

vint raïuie d'lIonoré,puis sa maittesse el resta

n amie tant qu'elle vécut.

Elle confirma chez lui les sentiments catholiques

monarchiques qu'il semble bien qu'il dût avoir jà, elle Tentretint de Tancienne cour, elle lui •nna le goût des élégances aristocratiques qu'il eut ujours, encore que son tempérament fut préciséent en sens contraire; elle Tencouragea à écrire; le l'encouragea peut-être plus encore aux tenta- »res industrielles et je crois voir beaucoup de pports entre Mme de Berny et Mme de Warens. n tout cas, Balzac l'aima de tout son cœur. Il a dit iclque part, évidemment en souvenir d'elle : « Le^ •omier amour d'un homme doit être le dernier une femme » et Ton voit assez souvent dans sesl uvres de tout jeunes gens s'éprendre de femmes ijà avancées dans la vie : Rubempré et Mme de argeton, Gaston de Nueil et Mme de Beauséant. etc. e genre d'amours indique chez l'homme une cerline indélicatesse innée et la développe.

Balzac s'était mis au roman et particulièrement omme Rubempré) au roman dans le genre de Valter Scott. Il cherchait un éditeur. Il trouva le •une, intelligent et audacieux Le Poitivin, qu'il vait probablement connu à Paris dans ses années e stage littéraire. Le Poitivin le publia et même 3 paya. Balzac fit paraître coup sur coup sept oraans très improvisés et qui, de l'aveu même c Balzac, ne valaient rien ; mais il sentait les idées enir; il se sentait mûrir; il écrivait à sa sœur :

Kncore quelque leinps ot il v aura entre 1'^ rnoi

d'aujourd'hui et le moi de demain la différence qi existe entre le jeune homme de vingt ans et Thomn de trente. Je réfléchis, mes idées mûrissent reconnais que la nature m'a traité favorablement e , me donnant mon cœur et ma tête. » Tout le mond ' s'est dit cela; mais lui ne se trompait pas.

Cependant il crut qu'à ce jeu-là il s'épuisait sar gagner assez d'argent pour vivre et il eut ou il reçi \ de Mme de Berny la très mauvaise inspiration d i se jeter dans le commerce pour réaliser des gair. i rapides et pour pouvoir ensuite être artiste en toul i tranquillité et sécurité. 11 s'improvisa éditeur ave i un peu d'argent qu'il jjut réunir et surtout ave i celui de Mme de Berny. Il échoua complètement dan < cette première tentative et s'endetta. Pour courj i après son argent il en fît une autre avec un nouv( associé et aboutit au même insuccès. Pour se relevé i il installe avec un nommé Laurent et Mme de Bern ; une fonderie de caractères. La déconfiture fut ] même. Pour sauver son fils de la banqueroute , Mme Balzac sacrifia toute sa fortune; mais encor ■ il restait une lourde dette, dont je crois que Ton n" jamais connu le chiffre et que Balzac traîna tout sa vie après soi.

11 se remit au travail d'écrivain avec la fureur d désespoir. Nous sommes en 1829, Son père mouru > cette année-là. Non pour prendre du repos, mai pour vivre dans un air plus pur, dans une maisoj moins étroite et dans des lieux nouveaux, Balza< accepta, à Fougères, l'hospitalité de M^ de Pom mereul, que son père avait autrefois très largemem

,ligé et là il étudie et la Bretagne et les Bretons. De son premier i^^^^ nryne et très dir^e (inattention, . ri.nu^i^ qui avait été extrêmement prépare et ■ritliYec soin et lenteur.

Puis il rentra dans sa famille qui habitait maintemt Versailles et ainsi, proche de Paris, il essaya de . créer ''- -^-tînn. darc 1^ « nionde » proprement t"et dans le monde littéraire. Mme de Berny ly da. Elle avait conservé de bons rapports avec ophic Gay. Balzac fit connaissance avec cette dame : avec sa fille Delphine, déjà célèbre et qui devait . devenir bien plus encore sous le nom de Mme de rirardin. Il vit souvrir aussi devant lui le salon de Ime de Bagration. Malgré sa lourdeur qui com-J .ençait, ses mauvaises manières, Tabsence complète e rart de s^habiUer qui le caractérisa toujours, son langue d^esprit. il plaisait par sa bonhomie,, sa aîté, sa franchise, et pourquoi ne pas le dire, puisque 'est un défaut dont les salons ont besoin, par son. lavardage.

Dans le monde littéraire il connut Henri Monnier, .a Touche, George Sand qui, très intéressée par es Chouans et la Physiologie du mariage, vint, sans açon, le voir la première; la duchesse dnAbrantès Mme Junot) qui, sous TÈmpire, avait été une des >lus belles, des plus brillantes et des plus royalenent prodigues femmes de Paris et qui, en 1830, vivait misérablement des minces produits d'une plume faible, mais infatigable. On conçoit comme, après son père lui-même qui avait vu de si près le monde militaire de TEmpire, Mme d'Abrantès lui

fut Utile pour faire revivre sous ses yeux les pei sonnages divers, avec leurs qualités et leurs défaut.^ leurs grandeurs et leurs faiblesses, de l'épopé napoléonienne.

En 1831, il fit connaissance avec Madame 1 duchesse de Çastries dans des circonstances qui s renouvelèrent souvent pour lui, comme du reste pou tous les hommes de lettres. La duchesse lui écrivi en gardant Tincognito (comme elle fît à Sainte-Beuv après Volupté) ; il répondit, la correspondance s'éta blit, la duchesse finit par ôter son masque et pa prier l'écrivain de la venir voir. La duchesse d Gastries semble avoir été aventureuse, fantasque , coquette et, en définitive, disposée à n'aimer passion ' némenl qu'elle-même. Balzac en fut très épris. Pou elle, il fut très mondain pendant les années 1831 e ^ 1832; pour elle, il affecta de plus en plus les senti \ "'^^*^ catholiques or lé^itimistP^ g», du reste, i i avait toujours eus; pour elle, il accrut un peu s< : dette au lieu de la diminuer; pour elle, peut-être aussi, il se présenta comme candidat à la députatior dans plusieurs collèges électoraux et échoua dan^ tous. Prié i3ar Mme de Gastries de la rejoindre l Aix en Savoie il s'y rend, y demeure quelque.^ semaines, projette avec elle, son mari et le duc de Fitz-James un voyage en Italie, les suit jusqu'à Genève, a dans cette ville, avec Mme de Gastries. des querelles dont on ne peut connaître le caractère qui mettent fin au voyage et à ses relations avec la duchesse et rentre à Paris. Quand la duchesse revint elle-même en cette ville, il n'y eut plus de la part

HONUIU. l)K BALZAC. 15

Balzac, pour observer les convenances, que elques visites de politesse dans le salon de Cases. On peut être sûr que la duchesse de. Ga^tries t devenue dans Tœuvre de Balzac la ducfio^^'^ do in^eais.

C'est en 1832 jque commence la liaison épislaire d'aboixi, plus concrète ensuite, de Balzac ec Mmfr- Hanska, puisque la première lettre nn uê^e "Balzac à cette dame est datée de nvier 1833. Mme Hanska, née Rzevuszka, était le jeune femme polonaise, de grande noblesse et ! grande fortune, très amateur de littérature franise et que les romans de Balzac avaient fasnée. Gomme Mme de Castries, comme plusieui-s très, elle écrivit à Balzac et une correspondance

cale d'abord, d amitié amoureuse ensuite, s'éta-

it.

Dp» 1H33 à 1837 ei an delà du reste, mais surtout k1833 à 18373alzac fit beaucoup de séjours et de ngs séjours en province et c'est-à-dire en Angouois, en Touraine, en Berri (Issoudun), en Bregne (Guérande), en Limousin, en Auvergne, en avoîe. en Dauphiné, en Provence. I][ aimait la i-oyince française comme un pavs où les tvpes et ^s caractères se conservent purs, sans atténuations, on émoussés par le frottement continu comme dans \ ;s capitales. De ces voyages, de ces longues staons dans les petites villes sont sortis les fameux 3mans ramassés sous ce titre général : Scènesdela^ '.e^ de province.

Vers 1833, sa mère ayant donné plus que jamais

dans les sciences occultes, l'entraîna de ce côté < de là, sont venues les thèses sur la communicati( des hommes avec V au-delà et sur les puissanc du magnétisme qui sont contenues dans Ursu Mirouet et dans Séraphita. Il faut dire que nul époque ne fut engouée d'occultisme et de tous l genres d'occultisme plus que l'époque de Loui Philippe; on consultera avec fruit sur cette affai; . les Hiérophantes de M. Fabre des Essarts.

Cette même année, au printemps, Balzac vit poi : la première fois Mme Hanska qui était venue av( son mari jusqu'à Neuchâtel où Balzac la rejo i gnit. Il la vit peu et toujours surveillée, mais ; rapporta de ces entrevues rapides une passion pr. fonde qui devait presque jusqu'à sa mort ne cesse de croître. — A la lin de décembre, il retourna ei Suisse, cette fois à Genève où M. et Mme Hansl s'étaient établis pour quelque temps et il resta six s( maines auprès d'elle ou, du moins, la voyant souven Il revint à Paris au commencement de février 183^ En 1835 Mme de Berny se sépara judiciairemei i de son mari, ce qu'on s'étonna seulement qu'elJ j n'eût pas fait plus tôt, sans se rapprocher, du restt beaucoup de Balzac avec lequel elle n'avait plu que des relations espacées. En 1836 elle mourut la Boulonnière, près de Nemours, à l'âge de cir quante-huit ans. Malgré ses nouvelles amours, ce h pour Balzac un coup très sensible. Il a souvent d qu'il n'avait jamais aimé qu'elle. Il me semble qu' aurait dit plus justement qu'elle était la seule qi l'eût vraiment aimé.

A traveis les romans qu'il écrivait et les romans

eus qu'il commençait et ceux qu'il finissait et ses atatives, encore à cette époque, d'entreprises dustrielles, Balzac songeait en outre au théâtre et

la presse. En 1839 il présenta à la Renaissance Tco/c des Ménages qui fut refusée. En 1840, il fonda

Revue Parisienne où il fut très dur pour Sainteeuve, pour La Touche, pour Eugène Siie, pour hiers et même pour Victor Hugo. La Revue Parienne. faute du nerf de la guerre, ne vécut que trois ois. Encore en 1840, il fit jouer à la Porte-Saint- [artin Vautrin qui, parce qu'il n'est pas bon, fut •outé avec froideur et qui, parce que Frederick emaître s'y était fait la tête de Louis-Philippe, fut iterdit après la première représentation. Balzac jcusa de son « désastre « le toupet de Frederick emaître : « désastre que le fer d'un coiffeur urait réparé » et Tanimosité des journalistes :

L'auteur s'en prendra-t-il au journalisme? Mais il e peut que le féliciter d'avoir justifié par sa conuite en cette circonstance tout ce qu'il en a dit illeurs. » Allusion aux portraits de journalistes et u tableau de la vie des journalistes dans les Illuions perdues.

En 1841 il donna à TOdéon les Ressources de hu'nola, pièce qui n'est pas du tout mauvaises et [ui fit une chute retentissante.

Celte même année M. Hanski mourut et Balzac Tut toucher au faîte heureux de sa vie sentimenale. Il n'en fut rien. Pour des raisons que nous l'arrivons pas à découvrir, quoique nous ayons

entre les mains les lettres de Balzac à Mme Hanska le mariage projeté fut atermoyé indéfiniment.

En 1843, Balzac donne à la Gaîté un drame noir j Paméla Giraiid, qui échoua encore complètement 1 Cette même année, Mme Hanska alla habiter Saint | Pétersbourg pour présenter sa fille dans le granc j monde russe. Balzac l'y alla voir, resta trois moi;^ ^ auprès d'elle, fut enchanté d'elle encore une fois e pour la première fois de la Russie et revjnt; ^ Parit I reprendre le terrible collier de travail.

En 1845, Mme Hanska fiance sa fille au comtf Mniszech et se rend à Dresde avec sa fille et h comte. Balzac les y rejoint, les aime à l'adoratior tous les trois; les accompagne à Marseille, è; Gènes, à Rome, à Naples et revient à Paris, déscs' péré de les quitter.

En 1846, en mars, il retourne en Italie pour revoii ses amis, y reste quelques semaines, revient à Paris, retourne en août à Wiesbaden où Mme Hanska esi maintenant et, au bout de quinze jours, revieni encore.

Vers la fin de 1846, c'est Mme Hanska qui vient à Paris afin de consulter les médecins sur sa santé très ébranlée et qui y reste plusieurs semaines.

En 1847, Balzac pousse jusqu'en Ukraine, à Vierzchownia, domaine de Mme Hanska, pour la revoir. Il y fut encore une fois parfaitement heureux, visita la Russie méridionale, admira Kiew, étudia les mœurs, s'intéressa aux monuments, fit encore une fois, avec délices, son métier de touriste et d'observateur. Il revint à Paris au commencement de 1848*

HOiNORE DE BALZAC. 1 <)

[1 y flt représenter, avec succès enfin, au Théâtre storique, la Marâtre et offrit au Théâtre Français lilleurs sa meilleure pièce, Mercadet le faiseur^ qui ▼ait n'être représentée, avec grand applaudisse- •nl, qu'après sa mort.

Au mois de septembre il retourna en Russie. Il y

très malade. La poitrine fut prise; le cœur était s depuis longtemps. Il traîna dix-huit mois, gné avec dévouement, mais ne pouvant pas •iver à se rétablir. Un peu relevé, en 1850, il 3ssa sans doute Mme Hanska de vouloir bien In Tépouser,. Elle y consentit; mais pour épouser étranger, il fallait une permission de Tempereur. ■mpereur ne l'accorda qu'à la condition que le Hanska abandonnerait tous ses biens à ses ants. Elle s'y résolut à condition que ses enfants

servissent une rente. Elle se maria avec Balzac

14 mars 1850. Il s'était écoulé dix-huit ans entre premières relations de Mme Hanska et de zac et leur mariage.

Vussitôt marié, Balzac retomba malade. Il ne put enir à Paris et y ramener sa femme qu'à la fin de 1. Il était extrêmement faible. D'une ville prodes frontières russes, puisque Mme de Balzac a Galicie encore devant elle, mais déjà dans npire d'Autriche, puisqu'il y a un consul russe, le de Balzac écrivait le 9 mai, à Mme de Mnich,sa fille, une lettre dont des extraits assez con- •rables ont été publiés dans V Intermédiaire des -cheurs et curieux au 30 novembre 1912 : « ...Je 'à rllôtel de Russie. Notre cher excellent B..

malgré son état de souffrance, court de tous les côtéf Notre consul russe est charmant pour lui. Il l'accon pagne partout, il lui facilite toutes les affaires. Riei ni de nos caisses, ni de nos bagages de la voiture r sera ouvert! Juge de quelle affreuse perte de temj cela nous sauve et quels embarras cela nous épargm Sois tranquille, mon cher ange, pour les chemins < la Galicie, ils sont excellents et parfaitement sûr

aussi voyagerons-nous jours et nuits Mon ras

revient dans ce moment ; il a fait toutes ses affair avec une activité admirable; nous partons aujoi d'hui. Je ne me faisais pas Tidée de ce que c'est q cet adorable être; je le connais depuis dix-sept a

et tous les jours je m'aperçtj^^S qn'|| a ynP gnal

nouvelle que je ne lui connaissais pas. Si seulemt il pouvait avoir de la santé ! Parles-en, je t'en prie ' M. Knothé. Tu n'as pas d'idée comme il a souff ! cette nuit. J'espère que l'air natal lui fera du bit \ mais si cette espérance me manque, je serai bie \ plaindre, je t'assure. C'est si bon d'être ainsi ain \ et protégée. Ses pauvres jeun, vont aussi très m je ne sais pas ce que tout cela veut dire et je suis moments bien triste et bien inquiète. J'espère donner de meilleures nouvelles demain, d'où

t'écrirai Notre bon B... baise tes menottes e

supplie de ne pas t'inquiéter, qu'il sera bien qu'il aura touché le sol de la France... etc. » — arrivèrent enfin à Paris. Ce retour fut mar d'un incident lugubre : Balzac avait préparé pou femme une maison luxueusement meublée rue ] tunée. Y amenant sa femme, le soir, il vit f

lison parfaitement illuminée, mais ne put se faire vrir. Il dut envoyer chercher un serrurier. On ira enfin. Le domestique chargé de garder la lison était devenu subitement fou quelques heures ant.

Après quelques semaines de bonne santé relative, ilzac fut de nouveau abattu. 11 ne put quitter le . Il fut soigné avec dévouement par sa mère. — me Honoré de Balzac, on n'ajamais pu démêler pour lelle raison, mais on croit savoir que dès le retour Paris elle avait commencé à être en froid avec son ai'i, avait quitté son chevet et peut-être la maison. Balzac expira le 18 août 1850. Ses obsèques rent royales. Le ministre de Tlntérieur, Victor ugo, Alexandre Dumas et Sainte-Beuve, celui-ci algré une vieille inimitié, tenaient les cordons du

oêle. Victor Hugo prononça un éloquent discours

ir sa tombe.

Balzac n'était pas de l'Académie française. Il

vaitposé sa candidature en 1839, encore jeune pour genre d'ambition, mais en pleine gloire; mais il

9 retira devant Victor Hugo. En 1841 il fît quelques

avaux d'approche et se retira encore. En 1847

se présenta pour obtenir le fauteuil de Bal-

mche et n'eut que deux voix, celle de Victor Hugo

t celle de M. de Pongerville, à ce que Victor Hugo assuré. En 1849 il se présenta aux deux fauteuils

acants par la mort de Chateaubriand et par celle

e Vatout. 11 eut deux voix à chacun des deux

crutins.

Dans sa première jeunesse, il était petit, mais de

taille bien prise, avec un beau front, de beau yeux marrons, des cheveux courts très touffus, le joues et le menton ronds, les lèvres épaisses t spirituelles, le nez court, un peu fort, aux narine larges et mobiles. Plus tard, dès la seconde jeunesse il devint gros, à cou épais, à ventre proéminent, double menton et enlaidit sa figure par des cheveu longs mal réprimés et une moustache épaisse e tombante. Il garda toujours son très beau fror | large, haut et arrondi et- ses beaux yeux, non trè \ grands, mais bien faits et pailletés d'or et son regar I pétillant d'intelligence, de franchise et de curiosité ; Ses manières étaient lourdes, brusques et san grâce, son ajustement à la fois prétentieux e I négligé. Tout ce qu'on appelle distinction lui éta: 1 absolument étranger.

Son caractère, également, était commun, lln'avai I aucune élég;^ance morale, aucune délicatesse, je n dis pas aucune moralité, car il est évident qu'il étai i honnête en affaires et y fut beaucoup plus exploit qu'exploiteur, mais je dis aucune susceptibilité d conscience. Le sans-gêne avec lequel il accept l'argent de Mme de Berny est contestable et l'o peut supposer que sa fidélité à Mme Hanska visa presque autant la fortune de celte dame que sa pei sonne, quelque digne, du reste, qu'elle en pût être

Il avait cet égoïsme profond, commun du reste presque tous les artistes, mais chez lui naïf, ingén \ et qu'il ne pouvait dissimuler ni réprimer, qui con siste à voir toules choses comme insignifiantes e comparaison de son œuvre. Un jour que Jules San

HONOHK DK BALZAC. 23

iau, qui était alors son secrétaire, revenait d'enter- V une sœur, Balzac l'interrogea avec intérêt sur sa mille, puis, la réponse à peine entendue : « Allons, ;sez de raisonnement comme cela, revenons aux loses sérieuses. Le père Goriot... » Et ce pli lui îsta toujours. Un personnage assez important de >n œuvre est le docteur Bianchon. Presque moumt il disait : « Allez chercher Bianchon; il n'y a ue Bianchon qui puisse me tirer de là. » Il était Joux de ses rivaux, quelquefois même des morts. ainle-Beuve ayant fait un article sur le poète ■oyson, très digne d'être ramené à la lumière, il crivait : « l^a muse de M. Sainte-Beuve est de la ature des chauves-souris... Sa phrase molle et iche, impuissante et couarde, côtoie les sujets; elle )urne dans Tombre comme un chacal; elle entre ans les cimetières et elle en rapporte d'estimables adavres qui n'ont rien fait à l'auteur pour être ainsi emués, des Loyson, des... » Balzac était jaloux de jOyson comme Sainte-Beuve l'était de Ghateau- >riand.

Mais il avait quelques qualités assez hautes. •>ainte-Beuve a dit de lui, en l'accusant d'une négoiation commerciale qu'il a été prouvé à peu près juil n'a pas faite : « Ce mélange de gloire et de gain n'importune ». Or, en fut-on importuné, c'est bien ela. Il a aimé le gain; mais il a aimé aussi la gloire 't ce ne fut jamais uniquement pour l'un et ce fut oujours aussi pour l'autre qu'il a travaillé. Il aimait i raconter qu'en Bussie, une demoiselle de compa- ;me apportant le thé et la maîtresse de maison

disant : « Eh bien! vous disiez donc, M. de Balzac... » la jeune fille, de saisissement, avait laissé tomber ! plateau. « Je sais ce que c'est que la gloire », ajoi, tait-il, vraiment heureux. A la vérité le plate;i serait sans doute tombé également pour Frédoi Soulié; mais le mot n'en est pas moins aimable rend S3'mpathique celui qui Ta dit.

Encore, il était certainement bon, généreux et franc. Il a gardé longtemps auprès de lui un secrétaire, illustre depuis, du reste, qui ne faisait rien du tout et qui était très indigne de son indulgence. Son humeur était familière et joviale, pour mieux di elle clsiit ptissionncc : il avait des colères, des empo tements terribles et (le plus souvent du reste) un grosse gaîté populaire, de grosses plaisanteries, i éclat de rire énorme. On disait à Fontenelle « Vous n'avez jamais ri! » — « Je n'ai jamais j . répondait-il, c'est-à-dire, je n'ai jamais fait : Ah! Ah! Ah! » Tout au contraire Balzac ne souriait jamais; mais il faisait : Ah î Ah! Ah! presque tout le temps. 11 était peuple dans le mauvais et aus-i dans le bon sens du mot, de la tête aux pieds.

Ses opinions aristocratiques étaient, comme il arrive souvent que sont les opinions politiques, juste à contresens, du moins en apparence, de son tempérament. Il était peuple et avait des opinions aristocratiques, comme Béranger, à l'inverse, coulait être peuple, et y réussissait du reste, et avait le tempérament et le caractère d'un bourgeois discret, avisé, adroit, malin, prudent et délicat dans ses goûts.

Il eut plutôt des camarades que des amis. ne de Girardin Taimait assez, quoique un peu née quelquefois par ses incartades; Gautier avait »ur lui cette aimable et majestueuse indulgence au là de laquelle il n'allait guère en amitié; Hugo imait d'admiration et, du reste, savait maintenir lelque distance entre lui et soi; George Sand, qui dmira toujours, qu'il aima et dont' il a tracé un ;au portrait dans sa Mademoisello^^Iau^iji, le troulit trop rabelaisien, lui disait : « Vous êtes un polis- )n », à quoi il répondait : « Vous êtes une bête », quoi elle répliquait : « Je le sais bien ». Je ne vois aère que Henri Monnier, Léon Gozlan, Méry, de (us petits que lui, avec qui il ait eu un commerce livi et intime.

11 ne déplut pas à Lamartine, ce qui est singuliè-

3ment à son honneur. Le grand poète de l'idéal en

arle ainsi : « Balzac était debout [chez Mme de

rirardin] devant la cheminée de ce cher salon où

avais vu passer et poser [je crois qu'il n'y met pas

e malice] tant d'hommes ou de femmes remar-

uables. Il n'était pas grand, bien que le rayonne-

lent de son visage et la mobilité de sa stature

rapêchassent de s'apercevoir de sa taille; mais cette

aille ondoyait comme sa pensée; entre le sol et

ui il semblait y avoir de la marge ; tantôt il se

naissait jusqu'à terre comme pour ramasser une

,'erbe d'idées; tantôt il se redressait sur la pointe

les pieds pour suivre le vol de sa pensée jusqu'à

"infini. Il ne s'interrompit pas plus d'une minute

oour moi [il n'était rien moins que timide ; il ne

Tétait pas même dans cette mesure où la timidité es de la politesse], il était emporté par sa conversatio avec M. et Mme de Girardin. Il me jeta un regan vif, pressé, gracieux, d'une extrême bienveillance Je m'approchai pour lui serrer la main, je vis qu nous nous comprenions sans phrase et tout fut di entre nous ; il était lancé, il n'avait pas le temp de s'arrêter. Je m'assis et il continua son mono logue, comme si ma présence l'eût ranimé au lieu d( l'interrompre. L'attention que je donnais à sî parole me donnait le temps d'observer sa personne dans son éternelle ondulation. Il était gras, épais carré par la base et les épaules; le cou, la poitrine j le corps, les cuisses, les membres puissants; beau- ] coup de l'ampleur de Mirabeau, mais nulle lourdeur: j il y avait tant d'âme qu'elle portait tout cela légère-^ ment et gaîment, comme une enveloppe souple ei nullement comme un fardeau ; ses bras gesticulaiem avec aisance; il causait comme un orateur parle... w — On sait que, sous le nom de Ganalis, Balzac a tracé de Lamartine un très beau et bienveillant portrait. C'était un travailleur, il ne faut pas dire infatigable puisque, évidemment, il s'est fatigué et que, de puissante constitution et né pour mourir octogénaire, comme son père, il est mort à cinquante ans; c'était un travailleur acharné et puissant. Il a écrit près de cent ouvrages (quelques-uns courts) en vingt-cinq ou vingt-six ans et cela non pas, ainsi qu'on dit, comme « une force de la nature » laquelle fait toujours la même chose, mais à travers mille projets, mille entreprises et mille desseins qui tour-

IIONORK Di: BALZAC. 27

illonnaient sans cesse dans sa tête fumeuse; à Iraers cent voyages et toujours aux prises avec les oueis harcelants et les mortels embarras de la ette indestructible et renaissante. Il travaillait 'ordinaire la nuit, quelquefois jour et nuit, sans ortir, sans presque bouger de sa table de travail, e soutenant et, malheureusement, s'excitant avec -'innombrables tasses de café noir. La Cousine Bette ut ainsi écrite en six semaines, ce qui donne dix )ages par jour et (probablement) de sept à huit leures de travail par jour, chiffre énorme pour ceux {ui savent ce que c'est qu'une véritable heure de ravail littéraire. Il corrigeait ou plutôt augmentait nfiniment. Il lui fallait cinq, six ou sept épreuves l'imprimerie. Le manuscrit qu'il avait donné aux ypographes n'était pour lui, souvent du moins, {u'une maquette qu'il agrandissait ou qu'un canevas ■iur quoi il brodait. Comme Victor Hugo (on le sait par l'examen des manuscrits de celui-ci) son texte u par lui l'inspirait et lui suggérait ses plus beaux traits; mais ce qui inspirait Hugo c'était son manuscrit et ce qui inspirait Balzac c'était le déjà imprimé. C'était un admirable ouvrier de lettres, probe, consciencieux, scrupuleux et acharné. II est de ceux pour qui ont été choses méritées, même moralement, le succès et la gloire.

Gomme nous l'avons vu par sa biographie, ^a culture intellectuelle était très faible. Il a eu très peu de temps pour lire, pour réfléchir et pour méditer. On voit à le lire qu'il ne connaît rien de rhistoire, ni des caractères et des mœurs des peuples étrangers, ni de la philosophie, ni de la littérature ancienne, ni, ou à très peu près, des littératures modernes. Pour tout autre ou presque, on pourrait me dire : « Vous n'en savez rien; un romancier ne trahit pas son ignorance par ses récits et il peut être très instruit sans que vous vous en aperceviez ». Il est très vrai; mais Balzac mêlant sans cesse des dissertations à ses récits, on peut s'apercevoir de son insuffisante culture comme s'il s'agissait d'un auteur didactique et son éducation intellectuelle paraît effectivement des plus courte.

SKS IDEES GENERALES. i'i

)n n'a pas à se demander, s'agissant de lui. quelles ectures ont eu de Tinfluence sur son esprit. 11 esi rès évident qu'aucune n'a laissé sur lui des traces, li en lui un feruient. Du seul Walter Scott, il aut affirmer qu'il Ta lu, qu'il la goûté et qu'il a Jésiré très vivement marcher sur ses traces.

Cette lacune, toujours très grave, n'empêche point d'avoir des idées générales quand on a lesprit vigoureux. Seulement, dans ces conditions, l'on n'a jamais que les idées de son tempérament et de son éducation domestique. Malgré quelques apparences contraires, c'est précisément là les idées qu'a eues Balzac. Sa philosophie est grosse, courte, à axiomes tranchants, à paradoxes violents, sans finesse et sans nuances, comme celle d'un étudiant de brasserie. Ayant rencontré beaucoup de difficultés à son entrée dans la vie, il ^t amer à l'égard des hommes, misanthrope, pessimiste dans le sens courant qu'on donne à ce mot.*T*our lui, en général, l'homme est une brute, n'a que des instincts et des intérêts. Il faut un gouvernement absolu et une religion tyrannique pour le brider. Balzac, comme son éducation domestique le prédisposait à l'être, est

i rétien. Mais comment l'est-il et pourquoi? Parce que « le christianisme, et surtout le catholicisme étant un système complet de répression des

ridances dépravées de l'homme, est le plus grand clément d'ordre social ». Il semble pencher (encore que ce ne soit pas très net et qu'on ne le voie pas

rendre formellement parti pour le catholicisme

olitique) vers le catholicisme fonction de la monar-

chie et moyen de rétablissement de Ja monarchie et se rapprochant du peuple, mais pour ramener celui-ci à la monarchie légitime : « Initié par mes peines aux secrets de la charité, comme l'a définie le grand saint Paul dans son adorable épître, je voulus panser les plaies du pauvre dans un coin de terre ignoré pour prouver par mon exemple, si Dieu daignait bénir mes efforts, que la religion ^ catholique, prise dans les œuvres humaines, est la ) seule bonne et belle puissance cwilisatrice. » Ainsi parle le curé de village. D'un autre, Balzac dit : « Ce prêtre appartenait à cette minime portion du clergé français qui penche vers quelques concessions, qti voudrait associer l'Église aux intérêts populaires pour lui faire reconquérir, par l'application des vraies doctrines évangéliques, son ancienne influence sur les masses, qu'elle pourrait alors relier à la monarchie. »

Ses idées sur l'invention sociale semblent être, sans que, très probablement, il ait lu le Discours sur rinégalité, celles mêmes de Rousseau. Il fait dire à la marquise d'Anglemont : « Obéir à la société I Eh, monsieur, tous nos maux viennent de là. Dieu n'a pas fait une seule loi de malheur; mais, en se réunissant.^ les hommes ont faussé son œuvre. Nous sommes, nous, femmes [par exemple], plus maltraitées par la civilisation que ne nous le serions par la nature. La nature nous impose des peines physiques que vous n'avez pas adoucies et la civilisation a développé des sentiments que vous trompez sans cesse. La nature- étouffe les êtres faibles, vous

SKS IDÉKS GÉNKUALKS. 31

îS condamnez à vivre pour les livrer à un constant

lalheur.... »

En politique proprement dite il est, comme j"ai it^ pmn^lf^ pouvoir absolu et pour le maintien de i fo^TedànsTôbéissance passive et dans Tignorance. 'oute sa politique se résumerait bien dans Taxiome e Voltaire : « Quand la populace se mêle de aisonner, tout est perdu. » Le journaliste Blondet ir: « Si la presse n'existait pas, il faudrait ne pas inventer; mais la voilà, nous en vivons. » — Vous en mourrez, dit le diplomate; ne voyez-vous )as que la supériorité des masses, en supposant [ue vous les éclairiez, rendra la grandeur de Tindiidu plus difflcile, qu en formant le raisonnement u cœur des basses classes, vous récolterez la évolte et que vous en serez les premières vicimes.... » Son horreur pour la liberté de la presse 'ient de là, parce que les journaux n'étant que 'expression des passions des masses et ne pouvant ■ître que cela, donnent une voix à ces « raisonlements » de la foule et les rendent ainsi plus >ionnés encore qu'ils ne sont, et cela sans ..ponsabililé et, par conséquent, sans limite : « Le ournal, dit Claude Vignon, au lieu d'être un sacerdoce, est devenu un moyen pour les partis; de - nyen il s'est fait commerce et comme tous les ùmerces, il est sans foi ni loi. Tout journal est, .ime le dit Blondet, une boutique où l'on vend public des paroles de la couleur dont il les veut. ! existait un journal des bossus, il prouverait soir matin la beauté, la bonté et la nécessité des

bossus. Un journal n"est pas fait pour éclairer le opinions; mais pour les flatter. Ainsi tous le journaux seront, dans un temps donné, lâches hypocrites, menteurs, assassins; ils tueront le idées, le système, les hommes et fleuriront par cel même. [Et] ils auront le bénéfice des êtres d raison : le mal sera fait sans que personne so coupable.... Nous serons tous innocents, nou pourrons nous laver les mains de toute infamie Napoléon a dit : « Les crimes collectifs n'engager a personne. »

11 est vrai que Balzac se réfute lui-même e remarquant ailleurs que la multiplicité des journau les neutralise ce qui est, sinon un remède, du moin un palliatif : « Ces restrictions, inventées du temp de M. de Villèle, qui aurait pu tuer alors les joui naux en les vulgarisant, créèrent au contraire de espèces de privilèges en rendant la fondation d'u journal presque impossible.... » Mais en somme, semble bien souhaiter que la presse soit simple ment supprimée ou réduite au rôle de simple diseus de nouvelles.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que ce qu'il demai dait au pouvoir, c'est la foule même qui l'a fait. I masse a voulu des journaux qui ne lui donnasseï que des nouvelles et autrefois tous les journau étaient politiques et aujourd'hui il n'y a d'abonm que pour ceux qui ne le sont pas ; et ceux qui le son soutenus par un parti, par des gens qui ont beso: de raviver quotidiennement leurs passions par hi le ture de leur journal, ont une existence besoigneus

Il va sans dire qu'il est très opposé à tout ce qu'on ipelie aujourd'hui la démocratie. Il en a très bien i : 1° le danger pour la bourgeoisie, dont une partie, ; son temps, avait l'imprudence de la réclamer; le danger en soi, qui est, à son avis, qu'elle ne peut ener qu'à Tanarchie. 1° « Le suffrage universel, je réclament aujourd'hui des personnes appartemt à l'opposition dite constitutionnelle... Le triomhe des idées à l'aide desquelles le libéralisme oderne fait imprudemment la guerre au gouverneent prospère des Bourbons serait la perte de la rance et des libéraux eux-mêmes. Les chefs du côté auche le savent bien. Pour eux, cette lutte est une impie question de pouvoir. Si la bourgeoisie abrilit, sous la bannière de l'opposition, les supériorités ociales contre lesquelles sa vanité regimbe, ce cioraphe serait immédiatement suivi d'un combat outenu par la bourgeoisie contre le peuple qui verait en elle une sorte de noblesse, mesquine, il est rai, mais dont les privilèges lui seraient d'autant lus odieux qu'il les sentirait de plus près... » — " En soi la démocratie est dangereuse pour la société Ile-même, qu'elle disloque : « Le suffrage universel it un principe excellent dans l'Eglise, parce que es individus y étaient tous instruits, disciplinés par 2 même système, sachant bien ce qu'ils voulaient t où ils allaient [en un mot, le suffrage universel est excellent dans un corps aristocratique]. Mais. . . certes, e crois avoir prouvé mon attachement à la classe )auvre et souffrante et je ne saurais être accusé de vouloir son malheur; seulement, tout en l'admirant

34 ISAL/AC.

dans la voie laborieuse où elle chemine, sublime de patience et de résignation, je la déclare incapable de participer au gouvernement. Les prolétaires me semblent les mineurs d'une nation et doivent toujours rester en tutelle. Ainsi, selon moi, le mot élection est près de causer autant de dommages qu'en ont fait les mots conscience et liberté, mal compris, mal définis et jetés aux peuples comme des symboles de révolte et des ordres de destruction. »

Gequ'ilremarque encore, c'estquel'espritmoderne, avec son individualisme violent, détruit progressivement Fesprit de famille et la famille elle-même, remplace, comme disent les sociologues, la cellule-famille par la cellule-individu et par conséquent est ferment d'anarchie et virus de déliquescence : « La famille sera toujours 1^ hasn df>s t^nrîptps Nécessairement temporaire, incessamment divisée, recomposée pour se dissoudre encore, sans lien entre l'avenir et le passé, la famille d'autrefois n'existe plus en France [il veut dire la famille d'aujourd'hui n'a plus rien de la famille d'autrefois, qui n'existe plus en France]. Ceux qui ont procédé à la démolition de l'ancien édifice ont été logiques en partageant également les biens de la famille, en amoindrissant l'autorité du père, en faisant de tout enfant le chef d'une nouvelle famille, en supprimant les grandes responsabilités ; mais l'Etat social reconstruit est-il aussi solide, avec ses jeunes lois, encore sans longues épreuves, que la monarchie l'était avec ses anciens abus? En perdant la solidarité des familles la société a perdu cette force fondamentale que Montesquieu

ait découverte et nommée Vhonneur^. Elle a tout )lé pour mieux dominer; elle a tout partagé pour aiblir. Elle règne sur des unités, sur des chiffres glomérés comme des grains de blé dans un tas. s intérêts généraux peuvent-ils remplacer les nilles? Le temps a le mot de cette grande ques- >n. »

Et, par suite, un des ennemis de Balzac, c'est le »de civil, qui a été fait comme dans le sens, par ance, d'une démocratie antitraditionnaliste et niveise. Le Code civil a établi le divorce qui n'a été oli que par la Chambre introuvable de 1816 et que ; libéraux veulent ramener à titre de bienfait et de nquéte de la Révolution française, et Balzac écrit : .. Peut-être n'ai-je pas tracé de tableau qui montre js que celui-ci combien le mariage indissoluble t indispensable aux sociétés européennes... » Le )de civil a aboli la famille ou fait tout ce qu'il pouit faire pour l'abolir. Il a aboli le droit d'aînesse la liberté de tester, exigé. que le bien patrimonial : également partagé entre tous les enfants ce qui truit la maison, la famille continue et se continuant génération en génération, et Balzac écrit : « La nille, monsieur? Existe-t-elle? Je nie la famille [je 3 que la famille existe] dans une société qui, à la )rt du père ou de la mère, partage les biens et dit chacun de sen aller de son côté. La famille est une sociation temporaire et fortuite que dissout promp-

. Passez sur ceci que Balzac, n'ayant pas lu Montesquieu n'en parlant que par ouï-dire, ne comprend rien du tout e que Montesquieu entend par honneur.

tement la mort. Nos lois ont brisé nos maisons, le; héritages, la pérennité des exemples et des traditions Je ne vois que décombres autour de moi... » Et i écrit encore : « Le titre des successions du Gode civil qui ordonne le partage égal des biens, est le piloi dont le jeu perpétuel émiette le territoire, indivi dualise les fortunes en leur ôtant la stabilité néces saire et qui, décomposant sans recomposer jamais finira par tuer la France. »

Et encore le code moderne a établi le jury et Balza a, en passant, ce mot curieux sur la mentalité de jurés : « Hulot se trouvait absous par le vice ; le vice au milieu de son luxe effréné lui souriait. La grandeu du crime était là, comme pour les jurés, une circon stance atténuante. »

Ses idées littéraires n'ont jamais un caractère d généralité assez accusé pour que Ton puisse répondr à cette question : quelle était Testhétique de Balzac On voit par un jugement sur Riiy Blas que le dram romantique et c'est-à-dire le drame romanesque h paraît extravagant; par un jugement sur Jacques d George Sand — « faux d'un bout à l'autre... ces au teurs courent dans le vide... sont montés à cheval su le creux » — que les caractères remanesrjues, et il y e a dans la nature et il y en a chez lui, ne lui plairor pas ; par son jugement sur Volupté de Sainte-Beuv et sur le style de Sainte-Beuve, d'une part que ] femme vertueuse et déclamatrice lui paraît n'êti « pas assez femme » ; d'autre part que le style d'anî lyse psychologique, nuancé et un peu précieux, li fait horreur; par un jugement général sur Georg

and, où il marque tout ce dont elle manque et, par onséquent, tout ce qu'il faut avoir et tout ce qu'il roit avoir, que pour faire un roman il est nécessaire e posséder ce la force de conception, le don de consfuire un plan, la faculté d'arriver au vrai et Tart du .atliétique ». — Et tout cela, encore qu'intéressant, l'est pas très nouveau.

Voilà, à bien peu près, toutes les idées générales ie Halzac et je n'ai guère besoin de faire remarquer [ue ce sont simplement les idées qui circulaient, de [/ on temps, dans le parti- dont il était, et qu'elles ne eraient vraiment dignes d'être étudiées que s'il les vait assez creusées pour se les rendre personlelles; d'autre part que s'il les avait exprimées avec ette clarté et ce lumineux qui rendent vraiment louvelles des idées banales. Ce n'est pas le cas et / 41 quelquefois, comme on le voit par ce que nous \'enons de citer de lui, il y a quelque maîtrise dans la façon d'exprimer les doctrines, souvent aussi il les expose d'une façon qui fait douter s'il entend quelque chose de ce qu'il dit, comme on le verra par cet exemple qui n'est qu'un de ceux, très nombreux, que nous pourrions apporter : « Nous vivons à une époque où le défaut des gouvernements est d'avoir moins fait la société pour les hommes que l'homme pour la société. Il existe un combat perpétuel entre l'individu et le système qui veut l'exploiter et qu'il tâche d'exploiter à son profit; tandis que jadis l'homme, réellement plus libre, se montrait plus généreux pour la chose publique. Le le au milieu duquel s'agitent les hommes s'est

insensiblement élargi; l'âme qui peut en embra^.-5c la synthèse ne sera jamais qu'une magnifique excef tion; car habituellement, en morale comme e physique, le mouvement gagne en intensité ce qu'] perd en étendue. La société ne doit pas se baser su des exceptions. D'abord Thomme fut purement e simplement père et son cœur battit chaudement concentré dans le rayon de sa famille. Plus tard i vécut pour une petite république; de là les grand dévouements historiques de la Grèce et de Rome Puis il fut rame d'une caste ou d'une religion pou la grandeur de laquelle il se montra souvent sublime mais là, le champ de ses intérêts s'augmenta d toutes les régions intellectuelles. Aujourd'hui sa vi est attachée à celle d'une immense patrie; bientô sa famille sera, dit-on, le monde entier. Ce cosmo politisme moral, espoir de la Rome chrétienne, n serait-il pas une sublime erreur? Il est si naturel d croire à la réalisation dune noble chimère, à la fra ternité des hommes! Mais, hélas, la machine humain n'a pas de si divines proportions. Les âmes asse vastes pour éprouver une sentimentalité réservé aux grands hommes ne seront jamais celles ni de simples citoyens, ni des pères de famille. Cer tains physiologistes pensent que quand le cerveai s'agrandit ainsi, le cœur doit se resserrer. Erreur L'égoïsme apparent des hommes qui portent un science, une nation, ou des lois dans leur sein, n'est il pas la plus noble des passions et, en quelqu sorte, la maternité des masses? Pour enfanter de peuples neufs ou pour produire des idées nouvelle

SES IDEES GENEllALES. 39

e doivent-ils pas unir dans leurs puissantes têtes es mamelles de la femme à la force de Dieu? L'hisoire des Innocents III, des Pierre le Grand et do DUS les meneurs de siècle ou de nation prouverait

lu besoin, dans un ordre très élevé, cette immense

oensée que Troubert représentait au fond du cloître

Saint-Gatien. )> Et cela est douloureux. Et cela est très fréquent

chez Balzac. Et ce n'est pas sans quelque hésitation

qu'on peut parler de Balzac penseur.

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