‹ Balzac et la morale romantiqueChapitre 3 sur 32 · LIBRAIRIE FÉLIX ALCAN · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE FÉLIX ALCAN

108, BOULEVAKU S AINT-G B HM AIN , 108

[M. Henri Bergson, l'illustre philosophe de VEvoluiion créatrice, a récemment parlé de l'œuvre de M. Ernest Seillière à. leurs confrères de l'Académie des Sciences morales et politiques. Ce fut pour résumer ce livre consacré par M. René Guillouin à exposer et à discuter les idées de M. Seillière, sous ce titre : Une nouvelle philosophie de l'histoire moderne et française. Ces lignes, si hautement autorisées, forment la meilleure introduction à cette philosophie de l'histoire contemporaine dont la présente étude sur Balzac est un chapitre important].

Toute la pensée théorique de M. Ernest ^Seillière tourne autour de ces trois termes : impérialisme, mysticisme, raison.

Par impérialisme il faut entendre une tendance à l'expansion et à la domination, qui n'est peut-être que la conscience prise par la vie de son essence même. L'impérialisme apparaît comme inhérent à l'élan vital. Il est au fond de l'âme des individus, comme de l'âme des peuples.

Mais c'est un fait aussi que l'âme individuelle, comme l'âme sociale, tend à se croire en relation directe avec quelque pouvoir surnaturel avec lequel elle aurait contracté une espèce d'alliance. Ce sentiment, — qui se fait inspiration, exaltation^ enthousiasme, extase, — est générateur du mysticisme. Or, le mysticisme ainsi entendu vient tout naturellement doubler et renforcer les grandes ambitions individuelles et sociales. Impérialisme et mysticisme sont donc solidaires et complémentaires.

Ce ne sont peut-être que deux aspects d'une même tendance ou d'un même élan. Très finement, M. Seillière a mis l'accent tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre.

Mais impérialisme et mysticisme ne peuvent atteindre leur objet que s'ils se plient à la raison. Qu'est-ce que la raison ? C'est l'expérience sociale, condensée dans le tradition.

Au total, une créature impérialisle et mystique et, sinon rai-

Page 1