LES MEDECINS DE LA COMÉDIE HUMAINE
Dans l'œuvre titanesq le Balzac1, la pari faite aux médecins esl
considérable. Plus qu'aucune autre profession, la médecine a eu la prédilection du romancier créateur de types humainemenl vivants, humainement agissants
Le médecin, dans la i humaine, joue les rôles les plus di-
vers, el l'on ne saurait en donner an meilleur témoignage qu'en établissant une sorte de monographie dechacun des personnages appartenant à notre corporation.
Dans ce cinématographe d'un nouveau genre, voici venir, tout il abord, le célèbre Horace Bi
Horace Biancmom est un médecin de Paris, célèbre sousCharles \ et bous Louis-Philippe, officier de la Légion d'honneur, membre de l'Institut, ''le. En 1819, interne à < ochin, il fréquentait la pension Vauquer, où il connut E. de Rastignac, Goriot el Vautrin [Le Père (loriot . Il devint plus tard l'élève préféré du chirurgien Desplein,
qu'il assista à ses derniers ments [l a Ht tse </< l'A thé» l 'est lui qui
avait donnée Birotteau la recette de sa fameuse huile de noisettes Birotteau. — L' Intel
En relations avec Daniel d'Arthez, il soigne Lucien de Rubempré, blessé en duel. On le retrouve au lit de morl delà maltresse ■!<• Lucien et de madame Brideau Illusions perdues. — Let Secrets de la prin-
En 1824, le jeune docteur Bianchon accompagnait Desplein, appelé
auprès de Flamet de la Billardière mourant oyis). Wec le
même Desplein el le docteur Martener, de Provins, en 1828, il donna
soins :i Pierrette Lorrain [Pierrette). En cette même année 1827, il
••ut un moment l'idée de prendre part a l expédition de Morée.
En 1829, encore avec Desplein, il fut appelé par madame do N'ucin-
gen, dans le l"it d'étudier l'étal du bar le Nucingen son mari ma
lade d'amour pour Esther < Sobst
1 Nous avons emprunté les éléments de cette élude partie à l'ouvrage de M Marcel Barrière sur l'Œuvre de Baljac, partie •> l'excellent Répertoire Je la i omédie humaine, de MM Anatole Cerfberrel Jnl<s Christophe. Notre contrlbutl si par suite, aseei modeste
En 1830. toujours avec son illustre maître, il fut rappelé par Corentin pour juger le cas de mort de Peyrade et le cas de folie de Lydie, sa tille ; puis, encore avec Desplein et avec le docteur Sinard, auprès de madame de Sérizy, que l'on craignait de voir devenir folle après le suicide de Lucien de Hubempré [Splendeurs et misères des courtisanes. — La Dernière Incarnation de Vautrin).
A la même époque. Bianchon assiste aux derniers moments d'Honorine, la femme du comte de Bauvau [Honorine), et voit la folie du baron de Bourlac [M. Bernard), qui était atteint de cette étrange maladie qu'on nomme la pliqite polonaise [L'Envers de l'Histoire contemporaine).
Horace Bianchon était, en 1821, l'ami et le médecin de Raphaël de Valentin [La Peau de Chagrin).
Raphaci de Valentin. orphelin à vingt-deux ans. se trouve perdu sur le pavé de Paris sans avenir et sans fortune, seul avec ses pensées, derrière le corbillard qui conduit son père au cimetière. Dévoré d'une ambition excessive, il se croit destiné à de grandes choses, mais il doute de lui-même.
Désireux de faire rapidement fortune, il se livre à la passion du jeu : mais la déveine le poursuit obstinément. Le jour où, selon la triste pensée de J.-J. Rousseau, il ne voit plus entre lui et la mort que son dernier écu. il retourne au jeu. Après avoir perdu tout ce qui lui restait, il prend la résolution extrême de se noyer ; mais le hasard le conduit devant l'étalage d'un marchand d'antiquités. Il y pénètre. Le marchand, un vieillard au masque ricanant, devine les sinistres pensées du joueur : « Auriez-vous la maladie d'or, lui dit-il, ou voudriez vous détrôner l'ennui? Enfin, quelle erreur vous engage à mourir? » Le vieillard offre à Raphaël de le faire plus riche, plus puissant et plus considéré que ne peut l'être un roi, et pour cela il lui fait cadeau d'une peau de chagrin. Celle peau, lui assure-t-il, est un talisman. L'homme qui la possède possède tout : il n'a qu'à vouloir une chose et son désir se trouve aussitôt accompli. Mais l'existence de cet homme dépend irrévocablement de celle du talisman. A chaque souhait, la peau de chagrin diminue :à cette diminution, proportionnée à l'intensité du désir, correspond une décroissance des jours de l'homme, qui sont comptés ; lorsque la peau de chagrin sera réduite à rien, l'homme doit mourir. Raphaël s'empare du talisman et souscrit au terrible pacte que lui impose sa possession. Le vieux marchand ne
lui ménage pas les conseils cl lui dit de prendre garde : Vprèstout, vous vouliei mourir, dit-il, eh bien, votre suicide a est que retardé.
Poussé par la curiosité Raphaël se décide a soumettre la peau à l'examen de plusieurs savants, afln d'en déterminer la nature el 4e voir s'il n'est pas possible d'en augmenter la surface par la formidable tension de quelque machine hydrauliq a l'action puissante
d'un laminoir. Il se rend successivement chez Lavrille, un des grands pontifes de la zoologie ; chez le célèbre mathématicien Planchette; chez le mécanicien Spieghald r, et enfin chez le fameux chimiste Japhet. Efforts vains : la peau résiste à tout ! Dans une dernière expérience, le chagrin sort victorieux d'un épouvantable choc auquel il est soumis, grâce à une forte quantité de chlorure d azote. Je Buis perdu ! ». pense Raphaël et, rentré chez lui il \a attendre la mort dans les bras de sa maîtresse. Pauline.
Quatre célèbres docteurs parisiens, Briss f, Maugvedie, Camérislus et Bianchon sont appelés auprès du marquis. Tous sont impuissants à guérir le malade et lui conseillent unanimement d'aller anx eaux d'Aix.
Après 1 1 il duel, dans lequel il a la malechance de tuer son adversaire, Raphaël quitte Aix-les-Bains et part pour le Mont-Dore. il y vit quelque temps d'une vie végétative, mais l'ennui le prend et il retourne à Paris.
11 demande, à peine arrivé, qu'on lui prépare une boisson légèrement opiacée: il veut dormir pour n'avoir à penser à rien. Il a défendu qu'on laisse arriver jusqu'à lui qui que ce soit. Mais, a s, m réveil, il trouve Pauline assise a son chevet. I uis-moi, lui dit-il : si lu restes 1 1. je meurs : et, en même temps, il tire de dessous ses oreillers le lambeau de la peau de chagrin, fragile el petil comme la feuille d'une pervenche. Il expliquée -un amante l'affreux mystère desa vie, représentée parce talisman. La jeune tille contemple avec horreur la dernière parcelle de la peau magique. Après avoir tenté de léder une fois encore la femme qu'il aime, Raphaël expire dans un spasme final.
Tel esl dans ses grandes lignes, le Bujel de La Peait ■<■ Chagrin.
Nous avons vu passer dans ce drame — car c'est bien un drame el des plus passionnants — la silhouette, un peu effacée dan- i man. d Horace l'a ini mon,
i est encore ce savant praticien que is retrouvons en relations
avec le comte de Granviile, en lx;j;j, soignant la maîtresse de celuici. Caroline Crochard {Une Double Famille).
11 donnera également ses --"iiis à Madame du Bruel, alors maîtresse de La Palférine. qui s'était blessée en tombant la tête la première contre l'angle aigu d'une cheminée [Un Prince de la Bohême] : puis, en 1835, à Madame Marie Gaston (Louise de Chaulieu), perdue sans espoir [Mémoires de Deux Jeunes Mariées).
En 1837, Horace Bianchon accouche, à Paris. Madame de la Baudraye, enceinte des œuvres de Lousteau : il était assisté', pour la circonstance, du célèbre accoucheur Duriau [La Muse du département). Kn 1838, il etail médecin du comte Laginski [La I-'uussc Maîtresse).
Deux ans plus tard. Horace lîiamhon demeurait rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, dans la maison où mourut son oncle le juge Popinot. et il était question de le nommer conseiller municipal, en remplacement de l'intègre magistral : mais il refusa en déchirant que son candidat était Thuillier {Les Petits Bourgeois).
Médecin du baron Hulot. de Crevel et de Madame Mamelle, avec sept de ses collègues, Bianchon observa la terrible maladie qui emporta Valérie et son second mari en 1842; en 1843, il soigna Lislielli Fischer dans sa dernière maladie [La Cousine Bette).
Enfin en lsïi. le docteur Bianchon fui amené en consultation par le médecin Boubaud, auprès de Madame Graslin, à Montégnac Le Curi- de Village).
Horace Bianchon était un causeur brillant et spirituel : on assiste à un éblouissant tournoi sur le caractère des femmes à la mode, entre le docteur Bianchon et Rastignac, au début de {'Interdiction. Le romancier prête au docteur le discours qui suit :
« La femme à la mode n'est plus nue femme : elle n'es! ni mère, ni épouse, ni amante: elle est un sexe dans le cerveau, médicalement parlant" ; ce à quoi le positif Bastignac réplique cyniquement : ■ Une bourgeoise, une femme aimante, un ange, ne mènent à rien : une femme à la mode mené à tout: elle est le diamant avec lequel un homme coupe toutes les vitres, quand il n'a pas la clef d'or avec laquelle s'ouvrent toutes les portes... »
\pivs Horace Bianchon. un des portraits de la Comédù humaine, qui s'accuse avec le plus de relief est le « médecin de campagne le docteur Benassis.
Comme on 1 .1 très heureusement caractérisé1 Benassis esl 1 saint Vincent de Paul d'un coin du Dauphiné... C'est un administrateur de génie, un philosophe, doublé 'l un écoi liste de premier
ordre, appliquant dans le cadre trop étroit 'l<- la c oune donl il est
maire, 1rs principes d'ordre social les plus propres à assurer le 1 ■< .n beur des peuples.
Benassis, suivant le mol de l ancien voltigeur Goguelat, un de ses administrés, esl le Bonaparte de sa vallée, sauf les batailles ».
Le docteur Benassis est né vers 1779, dans une petite ville du Languedoc. Il fut élevé au collège de Sorrèze Tarn . par des Oratoriens, puis il lit ses études médicales à Paris, où il babila le quartier Latin. \ l'âge de 22 ans. il perdil son père, qui lui laissait une grande fortunée! il abandonna une jeune fille, dont il avall un lils. pour Be li wer aux plus folles dissipations. Cette jeun Bile, bonne et dévouée, succomlia, deux ans après cet abandon, en dépit de t"us les soins que lui prodigua son amant repentant.
Plus t;ird. Benassis rechercl n mariage une autre je Qlle
appartenant à une famille janséniste. Il était agr [uand on apprit
son passé, qu il avait tenu caché : on le repoussa et dès 1> >rs il consacra toute ■-un existence à sou Bis; celui-ci mourut dans l'adolescence.
Après avoir hésité entre le suicide et une retraitée la 1 Irande •Chartreuse, le docteur Benassis Unit par échouer dans un petit village de
I Isère, à cinq lieues de Grenoble, il n'en sortit plus jus, pi ,, sa 1 -t,
qui survint en 1829. il se dévoua, toute sa vieduranl a soigner cette population rurale, c posée e ajeure partie de crétins languissants.
Le livreîqui retrace l'histoire du docteur esl un vivant commentaire de l'Evangile. On y voit l'esprit de charité du christianisme réellement introduit dans le mécanisme social; c'esl le « Aimez-vous 1rs nus les autres ■ du 1 ln-ist. enseigné et pratiqué avec une abnéga 1 ion d'apôtre.
1 mi a prétendu que Balzac avait réellement connu dans sajeum
l'original d< son « docteur Benassis qui vécut à l'Isle-Adam, c
bla ce pays de bi< nfails, de charités et mourut pleuré, regretté par
1 Marcel Barrière, L'Œuvre dt Balzac, p
• Le Médecin de campagne.
tous ses concitoyens '. A vrai dire, il n'existe pas une <irf de la Comédie humaine : chez Balzac, le point de départ de tout portrait est évidemment dans l'observation, inconsciente ou faite à dessein. d'un personnage vivant. Mais dans ses observations, il a emprunté à plusieurs individus de caractère, de physionomie, de rang ou de profession analogues, une foule de traits qu'il a ensuite réunis sur un seul sujet du même genre2. C'est ainsi qu'il a créé les types de Benassis. de Bianchon, de Desplein, de Minoret et de beaucoup d'autres.
Le docteur Denis Minoret, originaire de Nemours, né en 174(>, était l'ami de Dupont, le député aux Etats généraux île 1789, dont il était le compatriote, et de l'abbé Morellet. Il fut aussi l'élève de Rouelle, le chimiste, et le disciple fervent de Bordeu.
Par Bordeu, il a connu Diderot. d'Holbach, Helvétius, toute la secte des Encyclopédistes, et à leur contact, le docteur est devenu athée.
Denis Minoret, inventeur du baume Lelièvre, a connu et protégé Robespierre. Il a épousé la fille du célèbre claveciniste Valentin Mirouet, morte subitement peu de temps après l'exécution de Madame Roland.
L'Empire, comme les régimes antérieurs, récompensa le talent de Minoret. en le nommant médecin-consultant de Sa Majesté Impériale et Royale (1805). médecin en chef d'un hôpital, officier de la Légion d'honneur, chevalier de Saint-Michel, membre de l'Institut. Retiré à Nemours ijanvier 1815), il y vécut avec sa pupille, Ursule Mirouet. fille de son beau-frère. Joseph Mirouet.
« Lorsque les vieillards aiment les enfants, dit Balzac, ils ne mettent pas de bornes à leur passion, ils les adorent. Pour ces petits êtres, ils font taire leurs manies, et pour eux se souviennent de tout leur passé ». C'est ce qui arriva au vieux Minoret pour Ursule.
1 G. Ferry, Balzac et ses amies, p. 103-104. C'est Madame Surville qui. dans la biographie de son frère, a. la première, signalé le fait qu'a rapporté M. G. Ferry, dans son livre. Voici le passage : « 11 va à l'Isle-Adam. 11 assiste au convoi d'un docteur tel que celui qu'il a décrit dans son Médecin de campagne. Cet homme qu'il a connu dans ses précédents séjours, bienfaiteur du pays, aimé et regretté de tous, lui donna l'idée de ce livre. Ce mort deviendra un jour le vivant M. Benassis !... »
: Marcel Barrière, op. cit., p. 4S«i-4S7.
Le savant médecin ne se reconnail pas le droit d élever sa nièce en dehors de toute croyance. Désirant voii m la toi religieuse esl innée au cœur des entants, il confie i rsule aux soins de l'abbé Chaperon, curé de Nemours.
I son tour, le vieil athée se convertit. Mais cette conversion n'es) pas uniquement due à la douce el progressive influence d l rsule : c'est ici que Balzac trouve l'occasion de nous exposer ses vues philosophiques sur une question qui a passionné bien des esprits au dernier siècle >'t dont on se pr :cu| ncore de nos jours.
Dans Ursule Mirouet, le romancier fait, en philosophe, l'historique du magnétisme. « il mut reconnaître dans l homme, dit-il, I existence d'un Suide Intangible, invisible, impondérable, doué d'une influence pénétrante, dominatrice d'homme à homme, mise en œuvre par la volonté, curatrice par l'abondance du fluide, el don) le jeu constitue nn duel entre deux volontés, entre un mal à guérir et le vouloir d< guérir. La science des fluides impondérables, <rul uom qui convienne au magnétisme, si étroitement lié par la nature de ses phénomènes à la lumière et à l'électricité, a fait d'immenses progrès, malgré les continuelles railleries de la science parisienne ».
i roirait-on que ces curieuses observations de Balzac datent déjà d'un demi-siècle ? '
Pour en revenir au principal personnage d / rsule Mirouet, le docteur Minoret, il meurt fort âgé, voltairien converti à la religion catholique sous l'influence d'1 rsule, qu'il avantage par Bon testament.
Les autres médecins mis en scène par le romanciei onl des rôles
plutôt épisodiques; nous ls contenterons de citer leurs noms, que
nous accompagnerons seule ni de quelques lignes de présentation.
C'est d abord Boin ird, médecin de Paris, né vers 1758. — Ami du docteur Minoret, avec qui il eut de très vives discussions sur Mesmer dont il avait adopté le systè tandis que Minoret en niait la vérité
En 1829, Bouvard écrit a Minoret pour lui demander de venir à Paris assister à des expériences concluantes de magnétisme. A la
Cf. le chapitre sur Balzac physiologiste et occultiste.
suile de ces expériences, le docteur Mi nord, de matérialiste et d'athée qu'il était, devint spiritualiste et catholique.
Le docteur Bouvard figure dans Ursule Mirouel et dans La Dernier* Incarnation de Vautrin.
Brisset. célèbre médecin de Paris sous Louis-Philippe; successeur de Cabanis et de Bichat, matérialiste, chef des organiciens, par opposition a Caméristus1, chef des vitalistes, est le praticien qu'on a appelé en consultation auprès de Raphaël de Yalenlin, très gravement malade [La Peau de Chagrin .
LeI)1 Brousson est celui-là même qui a soigne le banquier Jean- Krédéric Taillefer, peu de temps avant la mort de ce financier [L'Aubt rge rouge).
On connail la donnée de V Auberge rouge* \ nous la rappelons en peu de lignes, d'après le livre de M. Marcel Barrière.
Sur les bords du Rhin, à Andernach. pendant la campagne de 1799, Frédéric Taillefer, alors aide-major du corps d'armée d'Augereau, assassine pendant la nuit, dans une auberge, un négociant allemand du nom de Walheufer, et prend la fuite en emportant la valise de sa victime, qui contient cent mille lianes d'or el de pierreries. Bien des années après cet événement, ce même llermann, invité à dîner chez Taillefer à l'aris. raconte aux convives du financier l'assassinai de Walheufer, le procès et la mort de Prosper Magnan. Un des convives soupçonne depuis longtemps le passé criminel du banquier; aussi l'observe-t-il pendant le récit de l'Allemand, et ajoute-t-il par îles questions incisives au trouble, déjà grand, du meurtrier. Ce dernier meurt, quelque temps après, d'une effroyable maladie, que les médecins ont été impuissants à définir et à soigner. C'était « une sorte de tétanos ». cause sans doute par le remords, la vision, sans cesse présente à L'esprit, de la scène du crime ;car Taillefer. qui avait coupé le cou de sa victime avec un instrument de chirurgie,
1 Caméristus, célèbre médecin de Paris sous Louis-Philippe; le Ballanche de la médecine, l'un des défenseurs des doctrines abstraites de \ an Helmont. 11 fut, ainsi que Brisset, appelé en consultation auprès de Raphaël de Valenlin.
2 o Le sujet de l'Auberge rouge, histoire véritable quoi qu'on en ait dit, lui fut donné par un ancien chirurgien des années, ami de l'homme qui fut condamne'' injustement. Mon frère n'ajouta que le dénoùment ». Mme Surville. Balzac, p. 103. .
ressentait parfois des douleurs à la tète qui lui faisaienl dire >\ i
lui sciail le crâne !. Le crime de Taillcfcr resta im] i et c'est Pros-
per M i ••• v- (de Beauvais . qui fui exécuté en 1799, à Andernach, au lieu el place du vrai coupable.
Dans du Dépo nous relevons au moins deux noms
de médecins :
Tout d'abord Béga, chirurgien dans un régiment français de l'armée
d'Espagne en 's|is : apr< - avoii m lu s< i rèlemenl une Espagnole,
sous la surveillance de son amant, il fut assommé par le mari, qui le
surprit au moment où il racontait celle opérali clandestine. —
l elle aventure esl unir., on 1836, devant nadame de Baudraye, par eveur des finances Gravier, ancien payeur aux arm
Puis lu riai . célèbre accoucheur de Paris, qui, aidé de Biancbon, accoucha madame de la Baudraye, en ls
Dans . il n'j a pas moins de trois confrères :
\ igaru, le professeur, qui fut consulté avec les docteurs Bianchon et Larabit, pourmadame Hector Hulot. que l'on craignait de voir perdre la raison : Di » u . professeur el chimiste célèbre à Paris, en 1843, ami du docteur Bianchon, et qui analysa pour lui le sang de M. el Madame Crevel, infectés d'une étrange maladie cutanée, dont ils
moururent ; le D1 Larabit, qui fut, en 1843, l'un des trois decins
consultants appelés auprès d'Adeline llulol.
Le Lys dans la vallée nous l'ait connailn
Di m indi . chirurgie n d'Azay-le-Uideau, en 1*17. qui, appelé auprès de M. de Morlsauf, lui sauve la vie par une opération • ■ médecin, député de Tours, connu des Morlsauf, châtelains de Clochegourde ; Carbonnbai . médecin que le comte de Morlsauf, en 1820, parlait de consulter pour sa femme, au lieu du docteur! iriget, dont il i 8e plain<
Dans Y Envers a\ nous voyons s'agiter sous
nos yeux :
Cmei ii -. médecin d'Ueidelbei . qui Halpcrsohn cori • -
1 Mari el Ban i< 1 1 > ci*.
dait du temps de Louis-Philippe : Berton, médecin de Paris, homme froid et sévère : affilié à l'œuvre de bienfaisance de madame Clian- |i\c il \isilait les malades pauvres que cette charitable dame lui désignait ; il donna ses soins, entre autres, à la fille du baron deBourlac ; Courcki il (Félix), d'Alençon, ancien chirurgien des armées rebelles de la Vendée, fournissait, en 1809, des armes aux » brigands »: impliqué dans 1 affaire dite des « chauffeurs de Mortagne » et contumax, il l'ut condamné à mort ; Halpersohn (Moïse), juif polonais réfugié, médecin capable, communiste, fort excentrique, très avare, ami du révolutionnaire Kebwel : sous Louis-Philippe il soigna, dans Paris, Vanda de Mergi, déjà condamnée par de nombreux docteurs et comprit seul la maladie compliquée de la filledu baron de Bourlac : IIacdrv, médecin à Paris, pendant la première moitié duXIX0 siècle : défenseur des vieilles formules, ayant une clientèle surtout bourgeoise, il soigna successivement les César Birotteau, les .Iules Desmarels, madame Descoings, Vanda de Mergi. Le nom du docteur tlaudry était encore cité vers la fin du règne de Louis-Philippe.
Nous retrouvons le docteur Haudry dans le Cousin Pons, eu compagnie de Lebrun, l'oblige, l'ami et le disciple du docteur Bouvard.
Médecin de la Conciergerie, en mai 1830, il l'ut appelé [ • constater
le décès deLueien de Rubempré in Dernière Incarnation de Vautrin)'. Vers 1845, Lebrun élail chef du service médical du théâtre des Boulevards parisiens, dirigé par Félix Gaudissart. Quand le cousin Pons tomba malade, d'une hépatite, on lit appeler le Dr Boulais, petit « médecin de quartier ». qui habitait avec sa mère au Marais, la rued'( irléans : c'est là qu'il connut Madame Cibot, concierge, qui le mil eu relation avec Bons. A la mort de celui-ci, suivie bientôt de celle de Schmucke, son légataire universel. Poulain si' vit attaché a l'hospice des Quinze- Vingts et fut bientôt mis a la tête du service médical de cet établissement hospitalier.
Dans /.</ Rabouilleuse, deux noms seulement de médecins à signaler : Goddi i. ancien chirurgien-major au 3e régiment de ligne, vers 1823, le meilleur médecin d'Issoudun. Il avait pour fils un des chevaliers île la désœuvrance, placés sous les ordres de Maxence Gilet. Goddet Mis semblait courtiser Madame Fichet, afin d'arriver, par la mère, à la fille, pourvue de la plus grosse dot d'Issoudun : le D' Rouget, médecin à Issoudun, sous Louis XVI et la République : né en 17:17. mort en I su.",.
Le hr Rouget avail é] se la plus belle fille de la ville el la rendit,
suivant la chronique, tivs malheureuse, il eut d'elle deux enfants : un Bis, Jeun-Jacques, et, dix ans après, une QUe, Agathe, qui devint Madame Bridau, donl la naissant e le brouilla avec son intime ami, le subdélégué i ousleau, Ces deux hommes se disaient aussi chacun le de Maxence Gilet, qui était réellement le Bis d'un officier de dra-
•.'uns, i-u garnison à Bourges. Le docteur Rouget, qui passait i r
un homme profondément malicieux el d'humeur peu accomodanle, était égoïste et vindicatif, il éloigna très vite sa Bile qu'il exécrait Après la mort de sa femme, de s. m beau-père el do sa belle-mère, il
devint assez riche el mena une v ie débauchée, mais régi t exempte
de scandales. En 1799, émerveillé de la beauté de la petite Rabouil • leuse . Flore Brazier, il l'avait prise chez lui . elle ne tarda pas à devenir la maîtresse, ensuite la femme de ion Qls, Jean-Jacques, et, pour linir. Madame Philippe Bridau, comtesse de Brambourg.
Dans la revue forcément rapide que nous devons faire, il nous est impossible d'écrire la biographie complète de chacun des médecins i|ui figurent dans l'œuvre complète de Balzac . au moins en aurons nous indiqué les traits principaux.
Nous continuons notre énuméralion, au hasard des notes prises. Nous faisons de la sorte connaissance avec :
I'aiiat. médecin quelque peu aliéniste, oncle de la comtesse Stéphanie de Vandières, qui passait pour avoir péri dans le désastre de umpagne de Russie. Il retrouva la comtesse el la recueillit, folle, auprès de Strasbourg, en 1816. Il l'emmena dans les environs de l'Isle-Adam (Seine-et-i lise . à l'ancien couvent des Bons-Homrm Boigna avec une tendre sollicitude el eut la douleur de la voir mourir en 1819, dans une scène tragique où, recouvrant tout d'un coup la raisuii. elle reconnut s, m ancien amant. Philippe de Sucy, qu elle n'avait pas revu depuis 1812 (L'Adieu).
Signard, médecin de Paris, avait été appelé dans le mois de mai 1830, avec Desplein el Bianchon, auprès'de Léontine deSérizy, devenue comme folle après la fin tragiq le Lucien Rubempré, Bon
amant [La D( I «Il I /
Sparchmann, chirurgien de l'hôpital d'Heilsberg, soigna I lonel
i iiaii.it après la bataille d'Eylau [Lt Colonel Chabei
Le IV Troussenarb étail médecin < lu Havre sous la Restauration; à l'époque où les Mignon de la Bastie habitaient cette sous-préfectn-
re de la Seine-Inférieure Modeste Mignon).
Varlet elait médecin à Arcis dans les premières années du XIXe siècle, au temps des querelles politiques el locales des Gondreville, Cinq-Cygne, Sirneuse. Michu, Hauteserre. Il eut une fdle, devenue, par son mariage, madame Grévin. [Une Ténébreuse A (foire. — Le Député il' Ai
Mai.fatti est ce médecin de Venise qui, en 1820, a été appelé en consultation avec un de ses confrères de France, pour examiner le duc Cataneo [Massimilla Bonv.
.Ilste. né en 18! I. étudia la médecine à Paris et, ses études aches'en alla en Asie. Il logeait, en 1836, rue Corneille, et. avec Charles Rabourdin, assista Zéphirin Marcas tombé dans ledénûment [Z. Marcas).
El ms William . célèbre médecin aliéniste anglais, dirigeait l'asile d'Hanwel en 1839, à l'époque où Marie Gaston, devenu fou. y l'ut admis. Le Comte de Sallenai
Roibaud. né vers 1803. docteur de la Faculté de Paris, élève de Desplein, exerçait la médecine à Montégnac [Haute- Vienne), sous Louis- Philippe. Petit homme blond, avec une mine assez fade, mais des yeux gris, trahissant la profondeur du physiologiste et la ténacité des gens studieux. Roubaud fut présenté à Madame Graslin par le curé Bondet, qui désespérait de vaincre son indifférence religieuse. Le jeune médecin soigna, admira et aima secrètement la femme célèbre du Limousin, et devint subitement catholique, au spectacle de la sainte mort de madame Graslin. Elle le chargea, en mourant, d'être le premier médecin d'un hospice fondé par elle aux Taseherons. près de Montégnac. [Le Curé de Village.)
Marron, sous la Restauration, médecin de Marsac, en Charente : neveu du curé Marron. Il maria sa fille au pharmacien Postel d'Angoulême, et fréquenta les David Léchard. (Illusions perdues. — Splendeurs et Misères des Courtisan
Martkner. vieil homme instruit, vivant à Provins, sous la Reslauiatioii. expliquait k l'archéologue Desfondrilles, qui le consultait, pourquoi l'Europe oisive, dédaignant les eaux minérales de leur ville, recherchait Spa, moins efficace d'après la médecine française.
il'irrrrlh . I
Maugreme, célèbre médecin, pyrrhonien : appelé en consultation.
eul a se prononcer sur le cas de Raphaël de Valenlin, /
Mri h m \. docteur en médecine, jeune savanl avec lequel ><• liait, .1
Paris, Louis Lambert, vers novembre 1819. Meyraux fui mbre 'lu
cénacle de la rue des Quatre-Vents, présidé par Daniel d'Arthez, el urni i'n 1832 Louis Lambert. — IU11
Vauquelin (Nicolas-Louis . le chimiste bien connu, membre de l'Institut, né à Saint- André d'Hébertol Calvados) en 1763, morl en Fils de paysans : distingué par Fourcroj successive ni pharmacien à Paris, inspecteur Mes mines, professeur à l Ecole de phar macic. à l'Ecole de médecine, an Jardin des plant.-, mu Collège de France.
C'est lui qui donna à César Birolteau la recette d'un cosmétique pour les mains, que le parfumeur appela la 1 double pale des Sulta- ; consulté par lui au sujet de I' « huile cépbalique ». il nia la possibilité de raîre repousser 1rs cheveux.
Nicolas Vauquelin lui invité au grand bal du pari' ur, il c le
17 décembre 1818. César Birotte: il'rii au savant, en reconnaissance
drs Imuis conseils qu'il rn avail reçus, ipreuve de la gravure de
Millier, d'après la Vierge de Dresde, tirée sur papier de Chine el
avant la lettre, qui muta quinze cents trains et qui avail été ti vée
en Allemagne, après deux ans de recherches. I Biroi
Dommangkt, médecin accoucheur, célèbre à Paris, au temps de Louis-Philippe. Il avail été appelé, en 1840, auprès de madame Calyste du Guénic, qu'il avait accouchée, el qu'une suinte révélation de I infldélité de s. m mari avail l'ait tomber dans un étal dangereux car elle nourrissait son Sis a cette époque. Dommanget, mis dans [a confidence, traita ei guérit la malade par des remèdes tonl 'aux.
t flrm,
Chardon, ancien chirurgien des armées de la République, établi
pharmacien à Vngoulême, snus l'Empire, s'était occupé des yens
île guérir la goutte el il avail également songé a remplacer le papier Tait île chiffons par du papier végétal, a l'exemple des Chinois. Il mourul au commencement 'le la Restauration, a Paris, ou il était venu solliciter L'approbation de l'Académie des sciences, désespéré ■le n'avoir obtenu aucun résultai '■! laissant dans la misère une rem me et deux enfants. {Illusions perdues.
Citons encore, pour être complet :
Beauvisage, médecin du couvent des Carmélites à Blois, sous Louis XVIII. [Mémoires de deux jeunes Mariées :
Becker lEdme':, étudiant en médecine, demeurant, en 1828, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, n° 22, dans la maison habitée par le marquis d'Espard. (L'Interdiction) :
Bianchon. médecin de Sancerre, père d'Horace Bianchon < L'Interdiction) :
Bergeron, le médecin de Saumur, qui soigna les Félix Grandet clans leur dernière maladie. (Eugénie Grandet).
Grimprel, médecin à Paris, dans le quartier du Panthéon, sous Louis XVIII, eut, au nombre de ses clientes, madame veuve Vauquer. née Conflans, qui renvoya chercher pour Vautrin, lorsque celui-ci tomba foudroyé, après l'absorption d'un narcotique, perfidement administré par mademoiselle Michonneau. (Le Père Goriot.)
Rappelons, à cette occasion, que, dans Le Père Goriot, Balzac, fidèle à son système de faire marcher de pair l'analyse médicale et l'analyse philosophique, et, parlant en médecin autant qu'en philosophe, a saisi, pour ainsi dire, sur le fait, les hoquets de l'agonie, et tenté de nous rendre, avec sa puissance ordinaire d'évocation, les derniers craquements d'une organisation qui se désagrège, les raies sinistres d'une vie qui s'éteint.