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SCÈNES DE LA VIE MILITAIRE

Sur les vingt-cinq études comprises dans cette section, deux seulement ont été écrites. Je vais donc me borner à donner les titres des autres avec leurs numéros d'ordre.

Il est probable que c'est pour préparer cette importante partie de son œuvre qu'il fit ses nombreuses excursions en Allemagne et qu'il en a rapporté de curieux documents, outre les plans de champs de bataille relevés par lui, dont Dutacq m'a parlé et qu'il m'a montrés en partie.

82. Les Soldats de la République. (Trois épisodes.) — 83. L'Entrée en campagne. — Cette étude fut annoncée en 18i5 dans le prospectus du journal le Soleil, que devait publier Dutacq et qui ne parut pas; il affirmait en avoir le manuscrit entre les mains. — 8i. Les Vendéens. — 85. Les Chouans. — Ce roman, qui porte la date de 1827, est le premier que Balzac ait signé de son nom.

Il fut publié en cinq petits volumes in-12, et je me rappelle l'avoir lu sous cette forme en 1834 ou 1835.

C'était, du reste, le format dans lequel parurent à peu près tous les romans publiés de 1810 à 1830 et sigQés de Pigault-Lebrun, Picard, Victor Ducange, Anne Radcliffe, Ducray-Duminil, de Paul de Kock, de Raban, d'Auguste Ricard, du vicomte d'Arlincourt, du baron de Lamotlie-Langon, de Gustave Drouineau, de Victor Uugo(BiLg-Jargal;—Han d'Islande; — le Dernier jour d'un condamné), Jules Janin, Régnier Destourbet, Stanislas Macaire, Alphonse Signol, Dinocourt et autres romanciers plus ou moins à la mode dans le public des cabinets de lecture durant cette période.

Comme Balzac déclare en tête de la version de cette étude faisant partie de la Comédie humaine (janvier 1845) avoir retouché le style de cet ouvrage, d'abord assez entortillé, hérissé de fautes, « en sorte qu'il est maintenant à l'état de perfection relative qui permet à un auteur de présenter son ouvrage sans être par trop mécontent », j'aurais voulu pouvoir comparer, au point de vue de la curiosité littéraire et bibliographique, les deux textes de la première et de la dernière édition; mais j'ai vainement fait chercher dans le commerce de la librairie et dans les anciens cabinets de lecture un exemplaire portant le millésime de 1827; il m'a été impossible d'en trouver.

Si l'on se procure encore sans trop de difficulté, et en y mettant le prix, les premières éditions in-8*' des livres publiés de 1828 à 1835, parce qu'elles ont été, il y a quelques années, mises à la mode, lan-

cées et recherchées sous le nom général de Romantiques, les in-12 datés à peu près de la même époque sont devenus rarissimes.

Quoi qu'il en soit, de ce livre tel qu'il est aujourd'hui, il se dégage, sinon précisément des pensées républicaines et démocratiques, au moins un sentiment très net d'aspiration à la formation du monde moderne, d'une société nouvelle mais insuffisamment définie; on aperçoit enfin dans ce livre très curieux à étudier une vue assez claire de la fin du vieux monde monarchique.

En 1799 et en 1800 déjà les Vendéens ne sont plus les braves soldats d'une cause grande et sacrée, ils sont des Chouans, souvent des pillards, parfois des chauffeurs.

Balzac se proposait, dit-il, dans sa courte préface, de compléter cette étude par l'épisode sur les Vendéens annoncé dans cette nomenclature.

Quelle lumière aurait pu jaillir de la comparaison entre la première et la seconde révolte de l'Ouest!

On rencontre toutefois dans les Chouans des figures héroïquement saisissantes ou énergiquement caractéristiques : le marquis de Montauron, dit le gars, jeune chef d'une bravoure incomparable, doué d'un prestige irrésistible, qui impose à tout le monde une obéissance aveugle, — la marquise du Gua, — l'impitoyable Marche-à-Terre, — l'amusant Galope-Chopine, tour à tour blanc et bleu.

Il y a, enfin, cette aimable et spirituelle mademoiselle de Verneuil, l'exquise enchanteresse chargée par Fouché de la délicate mission de séduire Le Gars et de le livrer aux troupes du premier consul moyennant cent mille écus, aimée et espionnée à la

fois par le policier Corentin et par le commandant Hulot. Prise à son propre piège, elle devient amoureuse du marquis, se fait aimer de lui et, après de nombreuses et émouvantes péripéties, des alternatives de passions et de défiances réciproques, elle finit par s'immoler elle-même en le faisant tuer.

Je me rappelle avoir lu, dans la très belle et très grave histoire d'Antonto Ferez, de Mignet, un épisode de séductrice séduite qui ne manque pas d'analogie avec le cas de mademoiselle de Verneuil.

Antonio Ferez, réfugié à la cour de la princesse de Béarn pour éviter les émissaires de Philippe II, s'éprend si follement d'une aimable dame qu'il accepte d'elle un rendez-vous en deçà de la frontière d'Espagne. Des soldats ont été apostés là pour s'emparer de l'ancien ministre et le livrer à son sinistre et implacable maître. Mais, touchée à son tour par la passion, la jeune séductrice ne se sent pas la force de trahir cet homme et accourt au devant de lui pour l'empêcher de franchir la frontière.

Ici le drame se dénoue en comédie.

Est-il besoin de dire que le livre de Balzac a paru au moins une dizaine d'années avant cehii de Mignet?

86. Les Français en Egypte. — Le Prophète.— 87. Idem. Le Pacha. —88. Idem. Une Passion dans le désert. — Nous n'avons que ce dernier épisode, en quelque sorte l'épilogue de cette étude africaine.

Balzac, contre sa coutume, n'avait pas étudié sur place les mœurs et les paysages du théâtre de cette scène dont l'idée lui avait été inspirée, dit-on, par ses fréquents entretiens avec Martin, le célèbre dompteur de fauves.

Aidé par ses conversations, par une observation attentive et minutieuse des pensionnaires du dompteur et de sa merveilleuse puissance d'intuition, il avait réussi à se constituer une Afrique assez ressemblante, parait-il , en tous cas très séduisante pour le lecteur, car elle est bien en harmonie avec l'action et le théâtre de cette courte nouvelle, où il nous montre un soldat échappé au supplice que lui réservaient les ennemis et sauvé par une panthère qui s'éprend pour lui d'une violente passion. Néanmoins, dans un moment d'inquiétude causé par les allures jalouses de sa farouche amante, il lui plonge son sabre dans la gorge.

Pourtant, quel philosophe que ce soldat, et comme il traduit bien la passion de Balzac pour la solitude et les vastes horizons par cette sublime définition du désert : « C'est Dieu sans les hommes ! »

J.-J. Rousseau n'eût pas mieux dit.

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