‹ BalzacChapitre 27 sur 31 · ÉTUDES PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

ÉTUDES PHILOSOPHIQUES

Sous ce titre général d'études philosophiques, alzac a compris toutes ses Nouvelles fantastiques Libliées dans les Contes brunsj ses études histoques et ses études mystiques.

112. LePhédon d'aujourd'hui. — Un fragment de ce vre a été retrouvé et fait partie des Œuvres diverses )us le titre de : Les Martyrs ignorés. C'est une con- 3rsation entre docteurs, philosophes et étudiants, lI il y a encore plus d'esprit que de science.

113. La Peau de Chagrin. — C'est un des livres les lus brillants de Balzac; il date du temps où il vouât se faire une réputation par Toriginalité de ses Duceptions, la bizarrerie de ses idées, l'éclat de Dn style.

Aussi ce roman paraît-il fortement imprégné des lœurs, des opinions politiques, littéraires, philoophiques et du langage qui avaient cours en 1831.

Le fantastique à la Hoffmann, le romantisme à la Victor Hugo et à la Pétrus Borel s'y prêtent un mutuel appui.

L'idée philosophique est superhe : montrer, exposer l'existence réelle, morale, psychologique d'un homme qui a acheté la certitude de voir tous ses désirs satisfaits à la condition que, à chaque souhait exaucé, la durée de sa vie serait abrégée : une peau de chagrin est l'emblème de ce pacte.

Aussi avec quel désespoir Raphaël, à chaque désir qu'il manifeste, voit la fatale peau se rétrécir ei lui marquer ainsi qu'il a fait un pas vers la mort

Il y a, dans ce livre étourdissant de verve, ur écho et un reflet de la turbulente et chatoyante jeu nesse de 1830. La scène de l'orgie reproduit avec une admirable vérité le mouvement d'esprit, d'ima gination, d'idées extravagantes qui affola la société française après la révolution de Juillet.

Dans ce bel épisode de l'histoire des mœurs di temps, on trouve aussi, comme dans toutes lei études de Balzac, des caractères originaux et net tement tracés. Fœdora, la femme sans cœur, es une étude qui semble faite sur le vif. Pauline, h jeune iille aimante et pure, dessinée d'une main s amoureusement caressante, n'en est pas moini vraie, tout en étant l'idéal de la tendresse pure Raphaël est le poète de son temps avec ses supério rites et ses faiblesses.

Cependant je suis heureux de constater que, dan ce conte où le surnaturel et le fantastique jouent ui si grand rôle, il n'est question ni d'Enfer, ni d^ Damnation. La certitude que la satisfaction de cha cun de ses désirs abrège son existence, ne fait-ell(

pas de la vie morale et physique de Raphaël un supplice infernal de tous les instants?

114. Jésus-Christ en Flandre. — Cette légende fantastique, datée de Paris, février 1831, est d'un assez bel effet, mais empreinte du goût ultra- romantique du moment.

La moralité de ce morceau se résume dans cette conclusion : « Croire, c'est vivre ! Je viens de voir passer le convoi d'une monarchie! il faut défendre V Eglise. »

En effet, l'Église pouvait, à bon droit, être considérée comme en grand péril à ce moment; on se rappelle que, ce même mois, le 13 février 1831, eurent lieu la descente de presque toutes les croix qui surmontaient les églises de Paris, et le sac de l'archevêché. C'est en parlant de cette époque qu'an sage prélat, l'évêque d'Apt, a écrit ceci : « En ce temps-là nous n'osions pas sortir en soutane I »

115. Melmoth réconcilié. — Cette étude, à la fois fantastique et comique, procède à peu près de la même idée que la Peau de chagrin, quoiqu'elle ait pour point de départ la croyance à la Damnation. Mais ici le récit est mis en scène dans un milieu bourgeois.

C'est Melmoth, le personnage diabolique imaginé par le grand romancier anglais Mathurin, qui se libère de la damnation en achetant l'âme du caissier Castanier moyennant deux millions que celui-ci a volés à son patron Nucingen.

Castanier est tellement malheureux de son marché qu'il le repasse au boursier Claparon au prix de quelques centaines de mille francs; mais

Claparon en est bientôt réduit lui-même à chercher preneur, si bien que le cours des âmes sur la place de Paris descend, au bout de quelques jours, à la misérable somme de dix mille francs !

116. Massimilla Doni. — Cette étude philosophicomusicale a pour théâtre la poétique ville de Venise. On y trouve beaucoup de fantaisie, pas mal de mysticisme, et aussi quelque peu de magnétisme, mais surtout un sentiment très élevé de la musique exprimé avec un art inâni.

Quelle délicieuse femme, tout âme, que cette Massimilla Doni,platoniquement amoureuse d'Érailio ! Et quel contraste avec la passion toute sensuelle de la Tinti pour le grand chanteur Genovese, qui perd ses facultés d'artiste quand il chante avec elle!

Catanes, Capraja, Vandromini sont aussi des types bien originaux, et Italiens comme les meilleurs Italiens peints par Stendhal.

Et quelle merveilleuse analyse du Mosé de Rossini I Comme elle témoigne hautement de la souplesse du génie de Balzac !

J'y rencontre une phrase dans laquelle il semble pressentir et annoncer l'idéal musical de Wagner. Mais il préfère le grand Rossini, le maestro complet. Sa musique est à la fois divinement idéale et délicieusement sensuelle.

Et dire qu'il y a maintenant une école de chroniqueurs qui affirme que Balzac, de même que Th. Gautier et Alex. Dumas, dédaignait la musique et la considérait comme le tapage le plus importun et le plus coûteux!

La musique est par excellence la langue de l'amour, parce que comme l'amour elle est idéale et sensuelle.

Pourquoi chercher à séparer ces deux éléments, ces deux principes?

C'est pourtant ce que beaucoup de poètes, de romanciers, séduits par la Béatrix de Dante et la Laure de Pétrarque, ont souvent tenté de faire. — Vainement I— Il vient toujours un moment où l'idéale Psyché ne peut résister au désir de contempler les traits charnels de Cupidon !

Et voilà comment l'idéal touche de si près au réel I

117. Le Chef-d'œuvre inconnu. — Étude d'art et d'artistes qui nous transporte au commencement du dix-septième siècle, dans l'atelier du peintre Porbus, au moment où il initie le jeune Nicolas Poussin aux grands principes de son art et où le vieux maître Frenhofer leur donne à tous deux la grande leçon que voici :

<t La mission de l'art n'est pas de copier la nature, mais de l'exprimer! Tu n'es pas un vil copiste, mais un poète ! »

US. Gambara. — Autre étude musicale qui met en scène un bohémien de Fart, doué d'un véritable génie, — et contient une analyse lyrique de Robert le Diable.

On sent là moins de chaleur d'enthousiasme que dans l'appréciation du Mo^é de Rossini.

Balzac, ce génie presque entièrement fait de volonté et de persévérance, professait plus d'admira-

tion pour le génie tout spontané et d'inspiration de l'auteur de Guillaume Tell que pour celui de Meyerbeer, produit, comme celui de l'auteur de la Comédie humaine, par un long travail et de patientes

études !

119. Balthazar Claës ou La RecliercÎLe de l'absolu.— Ici, c'est bien une véritable étude philosophique et psychologique que ce drame de la passion pour la science, élevée à sa plus haute puissance, passion qui dévore tout, domine tout, est encore plus absorbante que toutes les autres, Amour, Jeu, Ambition.

Dans l'histoire de la lutte sublime dont la maison de Claës est le théâtre, le génie de Balzac apparaît dans toute sa splendeur !

Il est peu de tableaux aussi parfaits que celui de la ville de Douai en 1812 et celui de l'intérieur flamand de l'hôtel Van Claës.

Et quelle exquise création que cette Pépita Claës, la femme du savant! Quelle âme dans ce corps presque contrefait ! Elle transparaît sur son visage et empreint d'une grâce adorable ses traits privés de beauté plastique.

Et ce Balthazar Claës, qui, après avoir ruiné sa famille, meurt paralysé au moment où son génie vient de trouver sa formule !

Que de Génies expirent ainsi, consumés, dévorés matériellement et moralement par la recherche de leur absolu !

Si Pépita est suave et touchante dans sa faiblesse passionnée pour son mari, Marguerite, leur fille, est superbe d'énergie dans sa lutte pour le patrimoine de ses frères et le relèvement de la maison

Claës. Mais elle est trop rigide pour éveiller autant d'intérêt et de sympathies que sa mère.

Puis il me semble que Balzac, en créant ce personnage si vrai, a fait quelque peu bon marché de ses théories sur l'infaillibilité de l'autorité et le respect de la majesté paternelles.

<( Il arrive un moment, dit-il, dans la vie intérieure des familles, où les enfants deviennent, soit volontairement, soit involontairement, les juges de leurs parents. »

Parole sage et profonde!

Et tous ces personnages, secondaires dans l'action : Lemulquinier, le domestique enlhousiaste et docile; Pierquin, le notaire; M. de Solis, etc., autant de fines et délicates peintures flamandes, étudiées avec sincérité et conviction, léchées et finies avec le soin le plus consciencieux, comme des Miéris, des Metzu ou des... Meissonier!

120. Le Président Fritot. — Rien ne fait pressentir ce qu'aurait pu être ce président.

121. Le Philanthrope. — Il en est de même de ce Philanthrope. Mais j'ai quelque lieu de croire que Balzac songeait à une étude ironique sur les philanthropes modernes qu'on aurait pu comparer ainsi à ses vrais philanthropes à lui, le docteur Bénassis, Véronique Graslin et M'"'' de La Chanterie.

122. L'Enfant maudit. — Ils sont assez pittoresquement campés les acteurs de ce drame farouche dont la scène se passe sous le règne de Louis XIII.

Mais, si l'ombrageux comte d'Hérouville est atroce,

bien charmantes sont les figures de la comtesse, d'É tienne, le fils maudit, et surtout de Gabrielle, la poétique fille du rebouteur normand Beauvouloir.

123. Adieu. — Ceci n'est qu'une anecdote, le dénouement tragique d'un drame terrible dont les premières scènes se sont déroulées pendant cette fatale retraite de Russie, si féconde en épisodes émouvants.

Avec quelle rapidité, quelle sobriété poignantes tous ces événements — prologue — action, jusqu'au suicide du comte Philippe de Sucy, qui sert d'épilogue, — sont racontés en quelques pages pleines de mouvement et de couleur I

C'est un de ces beaux et saisissants récits où Balzac excellait et par lesquels l'homme de génie s'annonçait dès 1830.

124. Les Marana. — Autre épisode des guerres de l'Empire, dont le prologue raconte quelques incidents de la prise de Tarragone et prouve que les officiers des armées françaises en campagne n'étaient pas toujours de parfaits modèles de délicatesse, de probité et même de bravoure. Il est vrai que l'un des deux chenapans est un marquis italien.

En revanche, deux Espagnoles, la mère, la Marana, — descendante d'une de ces familles où toutes les femmes sont fatalement filles de joie, — et sa fille Juana sont des caractères d'une énergie superbement héroïque.

Celle-ci, après avoir refusé d'épouser son amant, le marquis de Montefiore, en qui elle vient de recon-

naître un méprisable voleur, consent à devenir la femme de l'officier Diard, pour donner un père à son enfant. Elle lui apporte une dot relativement considérable.

Il ne lui faut pas longtemps pour s'apercevoir de la médiocrité intellectuelle de son mari, constater que son incapacité l'empêchera de se faire une position, et deviner enfin que son oisiveté le rendra la proie de quelque vice.

En effet, bientôt Diard, devenu joueur, dissipe toute la fortune de sa femme, et, un soir qu'il est acculé par une grosse perte, rencontrant Montefiore dans une rue écartée, il le poignarde et lui vole son portefeuille.

Rentré chez lui, sur le point d'être arrêté, il veut fuir.

« — Voici le seul moyen de vous sauver 1 » lui dit sa femme.

Et elle lui présente un pistolet.

Alors, comme il recule devant ce moyen héroïque de salut, elle le tue elle-même.

125. Le Réquisltionnaire. — Une simple anecdote de quinze pages, mais dont le récit fait avec un art infini donne le frisson au lecteur.

C'est un de ces exemples assez nombreux du magnétisme sympathique qui fait ressentir, à de longues distances et au moment même où ils se produisent, la sensation des événements tragiques arrivés à une personne chère.

126. El Verdugo. — Neuf pages, et Balzac vous a raconté comme quoi le marquis de Leganès a reçu

O'Jb BALZAC

du roi d'Espagne, comme titre de noblesse, le nom de El Verdugo (le bourreau), pour avoir eu le courage de faire décapiter, pendant l'occupation française, sa femme et tous ses autres enfants par la main même de Juanito, son fils aîné, pour leur éviter la souillure du contact de l'ennemi.

Drame épouvantable, qui donne idée de la haine des Espagnols de ce temps-là pour tout ce qui était français !

127. Un drame au bord de la mer. — Dans ce récit, non moins simple, non moins succinct, non moins émouvant, c'est un marin breton, Cambremer, qui se fait le sévère justicier de son fils unique Jacques, coupable d'avoir pillé la maison paternelle, menacé, insulté sa mère î

a — Je ne veux pas, lui dit-il, qu'un Cambremer soit fait mourir sur la place du Croisic! »

Puis il laisse le fils criminel s'endormir, le bâillonne, lui met une pierre au cou et va le jeter à la mer.

128. Maître Cornélius. — Cette aventure nous fait remonter au quinzième siècle. Il parait que, dès sa première lecture de Quentin Burward, Balzac avait été obsédé par l'idée fixe d'esquisser à sa façon un portrait du roi Louis XI, qu'il trouvait peint sous des aspects trop défavorables et mal jugé par Walter Scott.

En effet, vers la fin de 1831, aussitôt qu'il s'est senti maître d'un public, il lui a présenté dans cette agréable nouvelle intitulée Maître Cornélius, un profil bien étudié et assez réussi de Louis X I, lequel

n'a nui en aucune façon à la grande peinture de rillustre romancier écossais.

Du reste, cette curieuse figure offre des physionomies si diverses que des artistes de la force de ces deux grands romanciers pourraient en faire dix portraits tous ressemblant à l'original historique, sans se ressembler entre eux.

129. L'Auberge rouge. — Le fantastique terrible se mêle au réel bourgeois dans cette nouvelle dont le style se ressent un peu trop de la forme littéraire à la mode dans les journaux de 1830.

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