ETUDES ANALYTIQUES
139. Anatomie des corps enseignants. — On sait que Balzac avait fait une profonde étude de l'éducation de la jeunesse et de l'enseignement. Il n'est pas surprenant qu'il fût tenté de compléter sa science expérimentale par une scrupuleuse dissection des Corps enseignants.
140. La Physiologie du mariage. — 141. Petites misères ou Philosophie de la vie conjugale.
Il faut parler en même temps de ces deux livres qui se complètent l'un l'autre. Balzac l'a compris ainsi. N'a-t-il pas écrit, à la fin des Petites misi'res, que « cette œuvre est à la Physiologie du mariage ce que l'histoire est à la philosophie, ce que le Fait est à la Théorie? »
En effet, quand le grand chercheur a écrit la Physiologie du mariage, en 1829, il n'avait que trente
ans. On peut penser que la science des caractères de l'homme et de la femme, des liens moraux et physiques, des sympathies spirituelles et matétérielles, des affinités électives ou spontanées qui les attirent l'un vers l'autre, les rapprochent et les unissent, des antipathies et des répulsions qui les divisent, — on peut penser, dis-je, que cette science si complexe il l'avait perçue par intuition, comme il en a perçu tant d'autres, en véritable voyant, — tandis que le livre des Petites misères de la vie conjugale, achevé en 1846, est une œuvre de maturité, l'œuvre d'un observateur fin, sagace, parfois plus spirituel que profond, mais un peu revenu de ses préventions contre le contrat matrimonial, qui, tout en signalant les petits chagrins de la vie à deux, conçoit, prévoit, laisse deviner les petites et les grandes joies de cette association d'âmes, d'esprits et de sensations.
Il avait bien compris, en écrivant le premier de ces livres, que la législation codifiée sous le Consulat et l'Empire avait infligé à la femme, dans notre société moderne, une sorte de « diminution de tête » (pour me servir de l'expression du Droit romain), que non seulement elle l'avait dépouillée du beau titre de citoyenne, à elle octroyé par la révolution, mais encore l'avait frappée d'une foule d'incapacités civiles, notamment au Titre du « mariage ».
Du reste, le Code de Procédure civile, le Code pénal, ne sont pas plus généreux à son égard. Où est, par exemple, dans le Code pénal, en faveur de la femme, le pendant de cet article 324 qui autorise le Jury à excuser le mari qui tue sa femme
dans le cas de flagrant délit d'adultère?— Pourquoi le délit d'adultère de la femme peut-il être constaté et puni en quelque lieu qu'il soit commis, tandis que le mari n'est punissable que s'il entretient une concubine au domicile conjugal?
L'inégalité légale de l'homme et de la femme était donc flagrante. Le seul remède que la loi eût laissé à celle-ci était le recours au divorce, et la Restauration l'avait supprimé pour être agréable à l'Eglise !
Balzac sentit bien que, l'abolition du régime militaire ayant rendu les mariages beaucoup plus faciles et plus fréquents, la femme avait dû tendre de toutes les forces de son intelligence, de ses charmes, de son esprit, de son génie, à se relever de cette demi-servitude légale où la tenaient les lois civiles et pénales.
C'est parce qu'il la jugeait ainsi qu'il l'a montrée, dans ce monde de la Restauration, — qu'il a peint avec une si frappante intensité de coloris, — ou supérieure à l'homme ou s'efTorçant d'assurer sa domination.
Pour le même motif, il a pensé que, dans le mariage, la femme ne pouvait manquer, en raison même de sa nature, de chercher des compensations à Tétat d'infériorité où la plaçaient les lois et les conventions sociales.
C'est, je crois, pour caractériser les phases de cette lutte entre la puissance du mari et l'esprit de la femme, lutte où triomphe souvent la raison du plus faible, qu'il a écrit la, Physiologie du mariage.
Dans les Petites misères de la vie conjugale il a tissé en quelque sorte l'envers comique de cette trame sérieuse, ourdie dans la Physiologie.
Il s'attache surtout aux ruses mises en œuvre par le mari pour tromper sa femme. Plusieurs parties sont du comique le plus divertissant; quelques épisodes, comme celui de V Affaire Chaumoutel^ sont restés proverbiaux.
La moralité qui se dégage de ces deux livres si profondément pensés et si spirituellement écrits, c'est que l'égalité légale devrait être la base de l'association conjugale, première assise de la Famille, et que le mensonge et la trahison sont les fléaux les plus redoutables de l'union familiale, comme de toute société.
142. Pathologie de la vie sociale. — 143. Monographie de la vertu. — 144. Dialogue philosophique et politique sur la perfection du dix-neuvième siècle.
Aucune de ces trois études, dont les titres promettent tant, ne paraît avoir été même commencée»