‹ Balzac, l'homme et l'œuvreChapitre 1 sur 69 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Balzac est né le 20 mai 171)U '.

Il est ne à Tours, mais ses parents irélaieut point oi'iginaires de la Tonraine, et Ini-mrmc n'y a passé que les premières années de sa vie. 11 a|)parlieid. moins à (•••s provinces du flentre, dontla saine raison. ré(piilil)re intellectuel et le sens de la mesure sont les ({iialil<''s caractéristiques, (ju'an pays de son père, an Languedoc. Par sa verve jaillissante et triviale, par sa fougue, sa mobilité d'esprit et ses perpétuelles illusions, Balzac est un Français du Midi.

.\près ISiiO, il a l'ail pr(''C(''d('r son nom d'iiur |i;u'licule, il a sil^mk'- : llouon'- de l!al/ai', cl poiii- itr(>iiv(>r rpiil en avait le di'oit il a écrit toute une préface, celle du f.ys dans la vallée. A l'en croire, il serait issu d'une

1. Sur sa naissance, sdii nmn, sa famille, vnjr llnnurr de liiilziir, ])iiv M. l'MrndiKJ iiin''.

IIAl.X.AC. 1

« vieille famille gauloise d'où sont sortis les d'Entraigues », et le Trésor des Chartes parlerait d'un monastère fondé au y" siècle par ses ancêtres « aux environs de la petite ville de Balzac ». Mais les actes de l'état civil sont des documents plus sûrs qu'une préface. La « vieille famille gauloise » n'était en réalité qu'une famille de paysans fixée au hameau de la Nougaïrié, dans le Tarn, et dont le nom est tour à tour écrit Balsa, Balsas et Baissa dans les archives paroissiales du .\viii« siècle. L'orthographe actuelle du nom date de Bernard Balzac, père du romancier.

Bernard Balzac, que son extrait de baptême dit fils du « laboureur » Baissa et filleul de villageois « illettrés », avait reçu de l'instruction, et il était homme de loi quand la Bévolution éclata. Avait-il été « secrétaire du Grand Conseil sous Louis XV », comme le prétend sou fils, ou « avocat au Conseil sous Louis XVI », comme le veut sa fille? Bien ne le prouve : s'il eût porté un de ces deux titres, il figurerait dans les Almanachs royaux, lesquels ne font de lui nulle mention. Il figure, en revanche, avec son titre d'homme de loi dans VAlmanach national de 1793, il y figure même deux fois : d'abord parmi les officiers municipaux, et, plus loin, parmi les membres du Conseil général de la Commune, section des Droits de l'homme. Ceci ne s'accorde guère avec ce que ses enfants nous disent de son royalisme incorruptible. Il est probable qu'il nainiait pas bcauc^oup à rappeler devant eux ses jours d'ivresse républicaine, ou peutêtre prétendait-il, peut-être même croyait-il à distance n'avoir coiffé le Itonnet rouge en Ulî que jxnu' mieux servir la cause de la royauté. 11 n'avait pas dû êti'C, en tout cas, un bien larouche révolutionnaire. La tradition de famille est qu'il se rendit suspect à Bobespierre en

essayant de soustraire à la guillotine quelques malheureux « ci-devant », et qu'il eût péri si un conventionnel de ses amis ne l'eût fait envoyer à la frontière, à l'armée du Nord, avec mission d'organiser le service des vivres. Attaché dès lors à l'administration de la guerre, il épousa en 1797, à Paris, la fdle dun de ses chefs, Laure Sallambier, de trente-deux ans plus jeune que lui. L'année suivante, il était nommé à Tours, où il remplit de 1804 à 1812 les fonctions d'administrateur de l'hospice général.

Ce fils de paysans était un homme robuste. 11 contait que dans sa jeunesse, clerc chez un procureur et prié de découper une perdrix à la taJjle de son jiatron, du premier coup de couteau il avait tranché la perdrix, fendu le plat, coupé la nappe, et entamé le Ijois de la laljle. 11 avait quatre-vingt-trois ans lorsqu'il mourut, en 1829, » par accident ». 11 devait à son origine méridionale une gaieté bavarde et hâbleuse (|ue l'âge ne put kirir : « Papa est bien i)ortant, écrit Balzac en 1822; tout à l'heure il a mancpié me faire étouffer de rire par ses saillies «.C'était un esprit vif, original, mais vantard, chimérique et mal équilibré. La légende de la vieille famille gauloise et des prétendus documents découverts dans le Trésor des Charles est de son invention, et sur ce i)oint la préface du Lys dans la vallée n'eut (jifun écho riMiforcé de ses gasconnades. II était fécond en récits inexacts, en projets irréalisables, et en théories saugrenues dont quehpjcs-unes ont passé dans les œuvres de son (ils'. Un l'f've enchanta et soutint sa longue vieillisse. 11 a\ait [ilar('' jadis une partie de sa fortune dans l;i loiiliiie Lafarge. Son rc've. son idi'-e li\e, était de sur-

1. LelLrr.t à l'Elramjrrc, p, 1117; Ihtizac, pur M"" Siiivillc.

vivre aux autres actionnaires et de partager alors avec l'État l'immense capital de la tontine. 11 y comptait; il avait « calculé » que sa vie devait aller à cent ans et plus; déjà il croyait tenir les millions qui hantaient sa pensée et dansaient devant ses yeux. Au demeurant, un aimable monomane, le premier monomane que Balzac ait rencontré dans la vie, — lui qui a fini par en voir partout. M'"^ Bernard Balzac, née en 1778, n'est morte qu'en 1853, trois ans après son fils, à qui elle eut la douleur de fermer les yeux. Parisienne, petite femme active et nerveuse, tracassière, irritable, mais d'un dévouement sans bornes et que les siens soumirent à de rudes épreuves, elle avait plus de bon sens, plus de sens pratique que son mari, et entre eux, assurément, les différences étaient assez grandes. On a cru pouvoir expliquer par là les contradictions que présente le génie de Balzac. On a dit : voilà la double origine et la double nature, le Languedoc et Paris, l'imagination et l'instinct réaliste : « Le père et la mère jirolongent les disparates du ménage dans le cerveau contrasté de leur enfant '. » L'explication est séduisante, et peut contenir une part de vérité. Je ne sais cependant si ces délicats problèmes d'hérédité comporlent des solutions si nettes, si rigoureuses; l'Ame d'un homme, et surtout d'un homme de génie, est (pu'Upie chose de plus ijue l'addition et la combinaison de deux Ames. Ne nous exagérons pas, d'ailleurs, le contraste entre les parents de Balzac. Il ressort de ses Ici très et avec i)leine évidence (pie. pour mettre de l'ordre dans ses comptes, pour payer ses dettes, jjour sauvegai'der ses intérêts et son honneur, sa nirre apprit à se débrouiller parmi les chilfreK

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