‹ Balzac, l'homme et l'œuvreChapitre 16 sur 69 · Histoire des n'iivres · texte numérisé non relu

Histoire des n'iivres

.'I. I.cllre.i à l'Iilraiif/èrc, p. ii'i; Corv., |i. ri(')2-r)04.

l'homme 39

procédé de fabrication du papier. En 1838, il s'embarque à Marseille avec des airs de conquistador, pour aller exploiter en Sardaigne d'anciennes mines d'argent qui datent des Romains et dont les scories doivent receler des trésors'. De Sardaigne comme d'Angoulème ou de Besançon il revient les mains vides, mais gai, mais confiant, certain de trouver et prompt à trouver autre chose. Successivement, il fonde deux revues, la Chonique de Paris en 1834 et la Revue parisienne en 1840; l'une végète quelque temps, l'autre expire au troisième numéro. N'importe! il partira pour le Brésil et en reviendra riche : « C'est un projet excessivement arrêté i, — et abandonné dès le lendemain -. En 1845, il veut spéculera Paris sur les terrains; pour 90 000 franc^ il aura 1 500 toises de terrain à Monceau, il s'en réservera la moitié pour s'y construire un hôtel, et dans six ou huit ans il revendra l'autre moitié 400 000 francs : il en est sûr, il en parle à tout venant, quitte à n'y plus penser deux mois après ^.

Et peut-être, après tout, i)armi lant d'idc'es dont il se grisait, s'en trouvait-il de bonnes et de réalisables; peut-être a-t-il pressenti, ou, comme on dit, flairé plusieurs spéculations où d'autres se sont bel et bien enrichis. Mais qu'est-ce en pareille matière que le flair et l'intuition sans la pratique des affaires, sans la prudence et l'ordre et la suite dans les idées, et qui en a jamais plus manqué que lui? Un jour qu'il développait devant Menri Monnicr un projet magnifique au bout duquel il y avait qiiiilor/.e iiiillions à partager enirc

1. lialznr, p.ii- .M Suivillc; Curr., p. ISl, ISÎ, IS;i, 2S2, 21)1,

2. LrUrcs à l'l''.l raii.t/i''rf, p. .')i2, 544. :t. Curr.. V. 'i2i-4:(4'.

eux deux, Monnier lui répondit avec calme : « Avancemoi cent sous sur ralïaire '. »

Quand Balzac était à court de conceptions financières ou industrielles, il lui restait encore deux sûrs moyens de faire fortune, deux » petites Californies » : la politique et le théâtre.

Il faut admirer les hommes graves qui consacrent des articles de revues aux « idées politiques » de Balzac, comme si dans leur incohérence et leur incertitude elles méritaient d'être discutées. Mais à coup sûr, si quelqu'un prend un jour la peine d'écrire une bonne et complète biographie de Balzac, l'histoire de ses ambitions politiques n'en formera pas le chapitre le moins piquant -. Dans sa très belle lettre d'août 1832 que j'ai citée, se rencontrait un mot qui a pu surprendre. Parlant de sa mère et de tout ce qu'il est décidé à faire pour lui prouver sa tendresse, Balzac s'écriait : « Je lui sacrifierai mon avenir politique ! » Peut-être ne savait-on pas qu'en 1832 il eût un avenir politique. 11 avait, en tout cas, un passé. Il avait posé sa candidature aux élections législatives de 1831, et même, pour plus de sûreté, dans deux arrondissements, celui d'Angoulême et celui de Cambrai ; il l'avait posée de nouveau en juin 1832, à Chinon; et à chaque fois il avait été battu avec éclat, sans avoir obtenu une seule voix, sans que son nom figurât dans les procès-verbaux du scrutin. Mais bien loin de faire à sa mère le pénible sacrifice auquel sa lettre fait allusion, on le voit s'affermir dès lors et chaque jour davantage dans ses espérances. 11

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