Corr., p. 171; Lettres à l'Étrangère, p
2. Voir lu Muse dit département, Uonorine, Sarrazine, la Revue parisienne, les Illusions pnrdiws, l;i pit'I'aci! de ht Peau de chagrin, les JJlanics romantiques, Melrnotli réconcilir, l'Histoire des Treize^ le Cabinet des antiifucs, l'Eii.iir de longue vie. In Correspondance, p. 124, VUisloirc des a'urres, p. 170, de. [Kii 1828, il roimpriiiia dans SCS ali'licrs il(! la rue des .Marais-Saiiit-Gcrmaiii la traduclimi du Jeune Irlandais, de Malurin, cl s'aiipirlnil à n'impriiiici' coilt? di; Melmotli, ([uaiid surviiiL la dcliàcic.
par le fait, il ne pouvait parler d'eux autrement, à moins d'être très illogique et ingrat : car on n'a qu'à entr'ouvrir ses premières œuvres pour savoir quelle est l'importance de sa dette envers eux, ou plutôt jusqu'à quel point son long commerce avec eux lui a été funeste.
Les premières œuvres de Balzac sont VHérilière de Birague (1822); — Jean-Louis ou la fille trouvée (même date); — Clotilde de Lusignan ou le beau Juif (même date, réimprimé sous ce titre : V Israélite) ; — le Centenaire ou les deux Beringheld (même date, réimprimé sous ce titre : le Sorcier) ; — le Vicaire des Ardennes (même date) ; — la Dernière fée ou la nouvelle lampe merveilleuse (1823) ; — Annette et le Criminel (1824, réimprimé sous ce titre : Argoiu le pirate); — et enfin Jane la pâle, dont le titre primitif, plus romantique, était Wann-Chlore (1823) *.
Essayons de les feuilleter.
L'Héritière de Birague. La préface est imitée de celle
\. En (ircssant la lisLc des [)remiers romans de Balzac, M. do Si)(rll)orcli do Lojonvoul on indicjno plusieurs autres au.\(|uels Balzac a peut-être collahoré : 1rs Deux Hector ou les deux familles bretonnes (1821), Charles Pointel ou mon cousin de In main f/auclie (1821), le Tar/are ou le retour de l'exilé (1822),M/c//p/ et Christine et la suite (182.'}), V Anonyme ou ni père ni mère (1823), le Corrupteur (1827). lis sont signés « A. de Viollerglé » ou : « A. de Viollcrglé Saint-Alnie », — et ■■ Viellorp-lé .■ est ranapramine de « l'Epreville », nnni d'un collaborateur et, je crois, d'un cousin de Balzac. — Mais si Balzac a collahoré à ces ouvrafres, il est inipossiMo de dire dans quolle mesure, et il me semble prudent d(^ in'en tenir aux volumes ([ui élaiotil sif^nos soit des deux noms de « A. d(^ Vi(!llerf;lo ■■ et do ■• lord iriioime », soit mémo du seul nom de « Icinl ITIioono • ou d' •■ lloraco de Saint-Aubin ■■. Au surf)lus, tes Deux Hector, Charles l'oinlel, etc., sont des romans do môme ty|H! ((ue VHérilière de lliruf/ui' nu Jean-I.ouis, et ce que je dis des uns |)out me dispenser do parler <los autres. — Pour ces (|uosli(ins d'allribtitinn, <'oiisultor Vllistoire des o'uvres, p. 2.')5, 2.")G et 4."ir)-4.'i(i, et dite })at/r perdue de H. de llotzac.
de Melinoth, lequel a fourni en outre Tépigraphe de divers chapitres; la donnée est celle de Cœlina, sauf que Faction se passe sous la régence de Catherine de Médicis. Comme Cœlina, Aloyse de Birague est en butte aux persécutions d'un scélérat qui en veut à sa dot, qui la sépare de celui qu'elle aime et la tient séquestrée dans sa chambre; comme Cœlina, elle est protégée par un être mystérieux et masqué qui, malgré son masque, est une belle tête de vieillard et qui survient toujours au moment opportun : si au dénouement celui-ci ne dit pas à rhéro'ine, ainsi que dans Cœlina : « Je suis ton père! » il lui dit : « Je suis ton grandpère! » et l'effet est sensiblement le même. Des propos d'ivrogne, de grosses facéties, de lourdes gauloiseries dans le goût de Pigault-Lebrun alternent avec des scènes d'horreur renouvelées tantôt deDucray-Duminil, tantôt d'Anne Radcliffc. Trappes qui s'ouvrent et se referment brusquement, apparitions et disjjaritions surprenantes, rendez-vous nocturnes au pied de la tour du Nord, descentes à tâtons dans un caveau où gît un squelette qu'une femme, une comtesse, est en train de brûler, poignards, lanternes sourdes, guets-apens, tueries, pendaisons, mort du traître et mariage des deux amants à la fin du récit, — toute la défroque et toutes les rengaines du mélodrame, toutes les traditions du roman populaire se retrouvent là, toutes, jusqu'à l'art de couper les chapitres et de les terminer sur de tragiques points d'orgue :
Enfin, la jeune fille impalicnléc se hasarde à travers les sombres galeries qui sauvcrcnl Mathieu le Rouge, Depuis longtemps le comte, ayant devancé l'heure, était assis sur une pierre IVuide à la grotte des Ossements. Il prête l'oreille au moindre l)rLiit et s'enveloppe il'un manteau d'une couleur
rougeâtre pour se préserver de l'humidilé du lieu. La comtesse, appuyée sur la margelle de la citerne, attendait sa sa fille. Elle vit avec surprise la chapelle illuminée... De son côté, l'Italien s'achemine... Minuit sonne!
Ainsi se termine le chapitre xxv.
Jean-Louis ou la fille trouvée est du Pigault-Lelnnin tout pur ou tout cru ; vrai roman de corps de garde qu'anime une grosse verve canaille. Le héros, Jean-Louis, fds d'un charbonnier, est tendrement épris d'une couturière, Fanchette, en qui le duc de Parthenay reconnaîtra finalement sa fille, et Jean Louis, devenu colonel en Amérique pendant la guerre de l'Indépendance, puis général dans les armées de la Révolution, épousera Fanchette malgré l'opposition du duc. Par parenthèse, je note que l'auteur place en 1788 la guerre de l'Indépendance; le roman po[)u]aire est coutumier de ces petites étourdcrics. Parmi les agréments du récit il en est qui ne sont pas de nature à être détaillés ici; je me contente de signaler de nombreuses fuites et poursuites avec bris de vaisselle et chutes retentissantes, plusieurs empoisonnements, divers enlèvements, une agonisante qui « lape la tisane répandue sur le carreau sale et fétide de sa mansarde ». un Américain, ennemi juré du beau sexe et quelque peu sorcier, sur la poitrine de qui s'ébrèchcnt les couteaux, et qui » ne portait jamais ses gants et sa culot (c rpi'ils ne fussent faits de la peau de femmes anglaises "...
Le Centenaire ou les deux Beringheld vs\ une iiuilaliou et i)arfois presque une traduction de MebnoUi ou l'homme errant. Le début, qui en est la seule i)artie originale, est d'une absurdité assez réjouissante. La scène est en Tourainr, hi nuit, dans les dei'uièrcs années de l'Kmpii'e; uu(\ division de l'armées d'I^spagne, ipii se dirige vers
Paris, chemine sous ies ordres du général Tullius Beringheld. Arrivé près de Tours, à la hauteur de Grammont, le général s'arrête pour goûter le charme de la nuit, sans plus se soucier de ses troupes qui continuent leur route. Il reste seul avec un vieux soldat, Jacques Butmel, lequel, dit le texte, « s'était assis, et, la tête sur l'herbe, paraissait ne songer à rien » : — « s'asseoir, la tète sur l'herbe », encore une façon de parler propre au roman populaire. Le général est triste; il soupire : « Ah ! Marianine, m'es-tu restée fidèle ? » Soudain, il aperçoit une jeune fille en robe blanche, qui s'avance mystérieusement dans l'ombre. Il l'observe, il la suit, s'approche :
— J'esprro, mademoiselle, dit le lîénéral, que vous ne trouverez pas étonnant que je me sois empressé de venir vous offrir mon secours en vous voyant seule, à la nuit, au milieu de ces prairies, lorsque des militaires passent à chaque instant sur cette route. Si ma présence vous importune et si mon olTre vous jjarait une indiscrétion, parlez... Je suis le général Bcrini;held; ce tilre et peut-être ce nom vous persuaderont que vous n'avez rien à craindre de moi.
Au nom de Beringheld, la jeune fille se rapprocha du général, et sans qu'elle proférât une parole, les yeux toujours fixés sur le visage du célèbre guerrier, elle s'inclina respectueusement; mais sa révérence portait le caractère d'élonnement et d'indécision qui régnait sur sa figure; en se relevant elle regarda encore avec rallcnlion de la stupeur les traits (le Tullius.
Le général, à l'aspect de ratlilude extaliciue de la jeune inconnue, fut convaincu cette fois qu'elle était en proie à une aliénation mentale. 11 la regarda douloureusement et s'écria :
— Pauvre malheureuse!... quoicjue je n'aie pas sujet de me louer de la constance cl de la raison de Ion sexe, je ne puis m'empccher de le i)laindre. Au moins ton état i)rouvc que tu ne sentais pas faiblement et que tu aimais avec délire.
— Eh! général, (pii vous |)orte à penser ainsi sur mon compte?... L'élonnemenl dans lequel je suis n'a rien que de
très naturel, et je puis facilement vous l'expliquer sans manquer à ce que j'ai promis. Je vais à un rendez-vous...
— Un rendez-vous, mademoiselle?
— Un rendez-vous, général, répliqua la jeune fille d'un ton et d'un accent qui suffirent pour déconcerter Beringheld; un rendez-vous dont je me fais gloire; mais l'homme que j'attends vous ressemble tellement, que la vue de votre figure m'a plongée dans un profond étonnement.
A peine la jeune fille eut-elle prononcé ces paroles que la stupeur qui s'était emparée d'elle j)assa dans Tàme intrépide du général; il pâlit, il chancelle, et à son tour il regarde l'inconnue avec des yeux égarés...
— Hélas! mademoiselle, je vous en conjure par tout ce que vous avez de plus cher, par votre mère, par vous-même, dites-moi si l'homme qui vous fait venir à cette heure dans un lieu écarté est jeune ou vieux... s'il est vrai qu'il me ressemble!... Je frémis, moi, soldat accoutumé à tout ce que la guerre a de périls et d'horreurs, je frémis pour vous... Si c'était lui!... pauvre enfant!...
Tout ceci n'est pas très clair; mais on pressent d<''jà confusément qu'il va se passer quelque chose, et quelque chose d'enVoyablc. La jeune fille, Fanny, quille le général et descend dans la demeure souterraine d'un sorcier qui lui a promis de rendre la santé à son père. Elle ne reparaît plus; le général entend des plaintes, il voit de loin le sorcier sortir de chez lui, les bras chargés d'un fardeau qui semble un corps humain et (jue dévorent en un clin d'fril les llainnu^s d'un bûcher ; il comprend qu'il n'avait que trop raison de frémir. Ce sorcier est son ancêtre, un comte de Beringheld, né au xv« siècle quoiqu'il vive encore au xw", et dont le destin est de vivre <'tei'nelleuient, à condilion... ou sait la suite, et (iéjj'i on a reconmi en lui le .Mclnioth de Maturin. Aii\ cliapitrrs suivants, en effet, le Crnlriutire n'es! <pi imc conlrt'fa(;on, d'alMrurs iiresipu- aniusaule, de Melntolh. Cela linit par une grande scètie au fnud des calarom-
bes de Paris, où le Centenaire a entraîné Marianine, la fiancée du général, et où il légorge sur un autel tendu de noir afin d'hériter de sa vie.
J'abrège; je passe rai)idement sur Clotilde de Lusignan ou le beau Juif, qui nous transporte en Provence, au xv siècle, et où il y a des tournois, des romances analogues à celle de la belle Iniogine, des combats, des massacres, des bourreaux, des chevalets de torture, une furie qui ouvre avec ses ongles la poitrine de son ennemi et lui arrache le ( ccur. Je passe sur le Vicaire des Ardennes, œuvre imitée du Moine de Lewis et de même type que les précédentes, mais informe, mais illisible, et si scandaleuse que le gouvernement en fît arrêter la vente et détruire les exemplaires qui resl aient en magasin; je passe sur la Dernière fée, sur Wann-Chlore, sans rien dire du style, sans prendre le temps de savourer les déclarations d"amour, qui semblent une parodie de celles de Jean-Jacques dans la Xouvelle Hcloïse ou de M"^'' de Staël dans Corinne K
Tout est faux là dedans, ridiculement faux. On commence son histoire en disant : « Je suis orpheline et je n'ai jamais connu ma mère », ou bien : « Quels furent mes parents, je l'ignore. » On ignore toujours son nom et sa naissance dans ce singulier monde, mais peu à peu on retrouve toute sa famille; on retrouve son fds au moment où l'on vient, sans le savoir, de le livrer au bourreau; on crie : « iNIon enlaul !... — Ma mère!... » et si l'on n'est pas reconnu, coinuie cluv. IMxérécourt, à une croix suspendue à un ruban, — -^ la croix de ma
1. 1mi vcul-iiii un rclianlilldu? « (Jiic lu es licllc cl, i|U(' los yeu.\ (li'Viirarils (lanlciil de l'ciix!... l/ilnilr de Vriuis ri\'sl jias plus liiillarilc... O iiiiii> ainiiur, lais^c-iimi luo iiuycr dans le lait de l(in sein (lidicitMix. >< (L'hrurlile.)
mère! ■» — on est reconnu, dans Jean-Louis ou la fille trouvée, à une fraise qu'on a au genou. On emploie des poisons dans lesquels il suffit qu'une épingle ait été trempée pour que sa piqûre donne instantanément la mort, et le pirate Argow foudroie ainsi non seulement deux ou trois personnes, mais encore un taureau qui allait fouler au pied sa chère Annette. On a des rêves : « Annette vit une ligne rouge comme du sang et fixe comme la lame d'un couteau qui faisait le tour du cou de son époux », et le lecteur est averti par là qu'au dernier chapitre il aura la satisfaction de voir guillotiner Argow. On enlre à l'église pour se marier, et l'église est toute drapée de noir pour un enterrement : sinistre pré sage ! On est en proie à des maladies innommées et bizarres qui prêtent au corps l'aspect d'un cadavre, à des maux torturants que les sons de la musique peuvent seuls cahuer, et que quelqu'un vient tout à coup guérir avec des « sucs salutaires ». Puis, ce sont des folles, des Ophélies de mélodrame qui pleurent un fiancé et s'occupent à creuser pour lui une fosse; ce sont des duchesses anglaises, excentriques et fantasques, — comme le sont, paraît-il, toutes les duchesses anglaises, — qui se coiffent d'un diadème, prennent en main une baguette dorée, et se font passer pour des fées auprès d'un jeune homme extrêmement innocent. Et il y a des calèches versées, des diligences arrêtées i)ar les voleurs, des chefs de liandits (pii se carlicut sous de faux noms et vont au bal chez le iiriWrl; il y a des anianis ipii s'euqjoisonnciil , cl (|iii. en ;il |cii(l;i ni l'cncl lin poison, s'enivrent lugiilii'cnicnl iionr (iiiMici- une infidèle amante; il y a de lou<'lianl('S ('"ponscs ipii. Iraliics, aliandonn('es, sv. placent connni' l'eninies de; chambre chez, leur rivah' poui' lui dispulei- leui- niaii ; el il y a des assas-
sinats par douzaines, des agonies, du sang à flots, de l'horriljle à bouche-que-veux-tu, tout ce qui pouvait allécher les fils ou les filles des sans-culottes et des tricotteuses de 93, tout ce qui flatte les bas instincts de la populace, tout, — excepté une image de la vie humaine et de la réalité. \
Peut-être ces premières œiWres de Balzac ne sontelles pas sans analogie avec fies premiers romans de Nodier et de Hugo, avec Jean Sbogar et Sinarra, Han d'Islande et Biig-Jargal, qui datent à peu près de la même époque. Par certains côtés, les premières productions du romantisme se ressemblent toutes; elles offrent toutes le même caractère d'invraisemblance ou de folie. Avant d'être un art, avant de devenir une admirable expression de l'âme moderne, le romantisme a d'abord été une insurrection, un défi jeté au bon goût et au bon sens, une transposition dans l'ordre littéraire des agitations sanglantes et de l'anarchie que la Révolution avait fait naître dans l'ordre social. Mais il y a cette différence entre les premiers romans de Balzac et ceux de Hugo ou même de Nodier, qu'à travers l'extravagance de leurs conceptions Hugo et Nodier montraient du moins quelque souci d'art, quelque amour de la couleur et du style, et qu'il n'y en a pas plus de trace dans l'Héritière de Birague que dans Jean-Louis, le Vicaire des Ardennes et le reste.
En conclurons-nous que de telles œuvres ne comptent pas, et qu'il n'y a qu'à les passer sous silence? Balzac lui-même les estimait [xtur ce (juclles valent, puisqu'il n'a jamais voulu les signer de son nom, même dans la réimpression qu'il en a donnée en 183G. Il les a écrites pour gagner de l'argent cl conquérir son indépendance, il les ap|)elle dans la pr(''l'ac(> du Vicaire des Ardennes
« des entreprises de littérature marchande », et dans une lettre de 1822 il qualifie même VHérllière de Birague de « véritable cochonnerie littéraire ». On ne saurait mieux dire; mais il n'en demeure pas moins qu'il a commencé par faire de cette littérature-là, qu'il s'est posé à ses débuts en disciple ou en rival de Ducray-Duminil, Maturin et consorts, et qu'un romancier n'apprend pas impunément son métier à pareille école. On ne demanderait pas mieux que d'oublier les premiers écrits de Balzac, s'ils n'annonçaient à bien des égards ce qu'il a publié ensuite, s'ils ne s'y rattachaient, sils n'y tenaient étroitement. Peu importerait l'action immédiate que de puérils ou grossiers conteurs ont eue sur ses ceuvres de jeunesse, si elle n'exjiliquait l'action lointaine et troj) forte encore qu'ils ont eue jusque sur les œuvres de sa maturité. Et qu'ils en aient eu une, en effet, c'est, hélas! ce qui ne se voit que trop.
Qu'est-ce dans la Comédie humaine que des titres et sous-titres comme : la Grande Breièche ou les trois vengeances, — les Dangers de Vincondaile ', — Où mènent les mauvais chemins ^, — le Doigt de Dieu ^, — qu'est-ce, sinon un legs de Ducray-Duminil et de Pixérécourt? Des scènes d'horreur, des atrocités, en manque-t-il dans les Souvenirs d'un paria, pseudo-mémoires du bourreau Sanson, dans l'Embuscade, dans le Cornac de Carlsrahe '^ où un mari jaloux fait manger l'amant de sa femme par ini ours, dans les Marana dont le héros est un assassin,
i. Premier litre di' (inbscck.
2. Tilro (le la tniisiciiie partie «le Sjilfndeiirs et viiséres des CouitLsatins.
3. 'rilr<! (le la (|iiiiliii'iiH' |i;nlic de la lù'nmic de trente fins.
4. Les Siiiivi'nirs d'un iHirifi (ISIIO), l'l''ni/)uscii</i! vl le Cornac de Carlsriilie (ISIJI), n'iml jias été classés par Hal/.ne dans la Comédie Itunuiine; vdir aux llh'.iirres direrses.
dans El Venlugo qui nous montre un Espagnol de grande naissance obligé de décapiter de sa propre main son père, ses frères et ses sœurs? De la féerie, du surnaturel, du satanisme, en voici dans VElixir de longue vie, dans la Peau de chagrin, dans Melinoth réconcilié, et même dans Ursule Mirouet où c'est une vision nocturne d'Ursule qui fait découvrir le crime de Minoret-Levrault. Des aventures incroyables , de fatales coïncidences, des dénouements providentiels, des reconnaissances finales, en voici dans YHistoire des Treize, dans la Femme de trente ans, dans Albert Savarus et dans Ursule Mirouet encore où le « doigt de Dieu » intervient pour couper une jambe à la perfide M"'= de Wateville et les deux jambes au fils de l'infâme Minoret-Levrault'; dans les Petits bourgeois où La Peyrade reconnaît sa propre cousine dans la pauvre folle, musicienne hors ligne, que voulait lui faire épouser Du Portail, (lelle-ci n'est pas la seule folle que nous présente la Comédie humaine ; on en voit une autre dans VAdieu. On revoit les étonnantes duchesses anglaises de la Dernière fée en l'Arabella du Lys dans la vallée, les étranges maladies du Centenaire dans l'Auberge rouge, la Cousine Bette, l'Envers de l'histoire contemporaine, le poison foudroyant d'Argoiv le pirate dans Splendeurs et misères des courtisanes. Et d'une façon j»lns générale, ne savons-nous i>as ({uelle place occupent dans la
1. DiMKUH'iiicrils tout il l'ail dans le goùl do llestil' de la Bretonne; dans le l'<n/iaii perverti, Edmond expie ses déltauclies et ses (rimes en perdant successivement un liras, une jambe, un œil, ])uis l'autre (ei[.~ 11 y aurait plus d'un ra|)proclienient à nianjiHT entre lial/.ac, et Hestil'. Les rùles de Lucien de iluliemprc et de Vautrin, dans SpIcn'Icurs et 'inis(''res, correspondent à ceux d'Edmond et de (îaudet dans le Pdijsan perver/i. Les digressions de iJalzac et ses considérations sociales ne sont pas sans rajipeler parfois celles de lleslil', insupportable touchc-à-tout. — Sur celui-ci voir le WoiiKtn au xvni° siècle.
Comédie humaine les machinations ténébreuses, les coml)lots savamment ourdis? Qu'il s'agisse du Père Goriot, des Paysans ou des Parents pauvres, ne savons-nous pas le rôle qu'y jouent les hommes-providence et les traîtres? Et s'ils ne se nomment plus Melmoth, Schedoni, Ambrosio, mais Goupil, Fraisier, Corentin, Vautrin, s'ils ne sont plus des ombres vaines, mais des vivants, gens d'affaires, usuriers, policiers ou repris de justice, n'est-il pas vrai qu'ils mènent toute l'action, et que les sombres héros de Maturin, de M'"'= Radcliffe ou de Lewis reconnaîtraient en eux leurs élèves?
Il en faut bien convenir : la substance et les procédés du roman populaire et du mélodrame ont passé chez Balzac et reparaissent, sauf d'heureuses, mais trop rares exceptions, jusque dans les chefs-d'œuvre du roman balzacien. Le roman balzacien a pris là les ressorts de son intrigue, sa péripétie, et trop souvent son style. Quand on entreprendra une édition critique de la Comédie humaine, il faudra s'armer de courage et lire a ttentivement les vieilles ( eu vrcs que je viens d'exhumer'.
Et après tout, ne pourrait-on définir Balzac : un romancier populaire qui i)ar instants a su. atteindre au vrai et s'élever jusqu'au grand art?
1. Ou (raulri's (iMivros des inriiips ailleurs : par cxcmplo, le Jeune Irlandais de Maluiin, dnnt lialzac |irinit sa iiicrc! do lui envoyer en liàte la Iradiidion à Anpoiilèiiu! (lettre du :t(l juillet 1S:Î2). Le Jeune Irlandais est un eiii|)liati(iue et niélii(lraiiiati(|ue roiiiaii de passion, pauclieinenl iiiiito de ceux di; l'alihé l'n-vost. Halzar semble s'en èlre souvenu à la lin du /-//v dans la vaUce (af.-(tnie passionnée de .M'"" de MorlsauF, tentative do Vandenesse pour épouser la lille après avoir aimé la mère). Là aussi, il n pu prendre la principale situation de Ikûdri.r, une jeune femme ipii lâche de recorir|iiérir son mari. Mais surtout il trouvait dans le style du traducteur le modèle de ce ^alimalius |)oéli(iue i|ui est pour lui le langage de l'amour.
Par Jjonheur, il n'a pas tardé à suivre de meilleurs maîtres.
Ceux-là s'appelaient Richardson, Goldsmith, Godwin, Sterne, Walter Scott, Fenimore Cooper : écinvains d'inégale valeur et de personnalité bien différente, mais tous écrivains de mérite, et entre lesquels il y a ce rapport que, de plus ou moins près, ils appartiennent tous à l'école réaliste.
On sait quel avait été en France, dans la seconde moitié du xviii'^ siècle, le succès des romans de Richardson. « Clarisse Ilarloive, Pamèla, Grandisson, trois grands drames, ô mes amis! » s'écriait Diderot, et ses amis lui répondaient en mêlant leurs larmes aux siennes. De ces « trois grands drames », il y en a deux, Pamèla et Grandisson, qui ne méritaient peut-être pas tant d'admiration, et dont je n'ai pas à m'occuper, puisque Ralzac les a lus pour la première fois en 1838, à la bibliothèque d'Ajaccio, et qu'ils lui ont paru « horriblement bêtes et ennuyeux' ». Je ne dis point qu'il les ait mal jugés, et si je lui faisais un reproche, ce ne serait pas d'avoir baillé en les lisant, mais bien plutôt de s'être enfermé pour les lii'e, au lieu d'explorer les environs d'Ajaccio qui sont d'une si charnuuite sauvagerie, et de gravir les belles montagnes qui dominent la rade. En revanche, il y avait longtemps, en 1838, qu'il avait lu, qu'il admirait Clarisse Ilarloivc, el s'il n'a pas dit, comme M'"" de Staël, que « l'enlèvemeul (!<■ <;iarisse avait été le grand