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façon de dire les terminaisons en i faisait croire à quelque chant d'oiseau ; le ch prononcé par elle était comme une caresse, et la manière dont elle attaquait les t accusait le despotisme du cœur. — Son front arrondi... paraissait plein d'idées inexprimées',' de sentiments contenus, de fleurs noyées dans des eaux amères. » Il ne songe bientôt plus qu'à elle : « Je voulais vivre et attendre l'heure du plaisir comme le sauvage épie l'heure de la vengeance. Je voulais me suspendre aux arbres, grimper dans les lianes, me tapir dans l'Indre. » Ils ont de longs entretiens: il tend la main pour recevoir les larmes qu'elle verse, et il les boit « avec une avidité pieuse ». — t Elle me regarda d'un air doucement stupide : ^'oici. lui dis-je, la première, la sainte communion de l'amour ». Il lui parle de son amour; elle lui répond en lui offrant d'épouser plus tard sa lille, et elle lui dit : « Aimez-moi comme m'aimait ma lanto. » Et c'est ainsi jusqu'à la fin. jusqu'à ce qu'il lui crie : «. Je t'aime comme t'aimait la tante », et qu'elle meure du regret d'avoir été trop bien obéie. Voilà la poésie de Balzac, voilà ce qu'il appelle « de la poésie suave comme une rose du Frangistan ».
Eugénie Grandet est la seule page de la Comédie humaine où il y ait un peu de poésie vraie.
Et pourtant, si ses romans d'amour sont détestables, s'ils sont ridicules, ce n'est pas que Balzac ne comprît rien à la passion. 11 n'y a aucun fait de notre vie morale dont on puisse dire (lu'il n'y comprend rien. Il est un très intelligent et très luoroiid moraliste; il a, comme on eût dit au xvii^ siècle, une admirable science du cœur humain; le Lys même l'atteste en maint endroit. Il cr)iin!nl la marche des i)assi(ms ; il sait comment elles nnisscul el conunent elles m(MU'(Mit. (lommeiil elles nais-
GENÈSE ET PLAN DE « LA. COMÉDIE HUMAINE ^) 13;i
sent, il l'a indiqué avec la plus rare sûreté d'analyse dans le troisième chapitre de la Femme de trente ans, cette œuvre bizarre qui contient de si grandes beautés au milieu de si absurdes fictions. Comment elles meurent et comment elles s'expient, il l'a dit avec la même justesse et la même force dans Une fille cVÈve, dans la Femme abandonnée, dans la Muse du département, dans le dernier chapitre de la Femme de trente ans intitulé : la Vieillesse d'une mère coupable. Rien de plus vrai, rien de plus fort que les pages de la Femme de trente ans où il met ^fme (l'Aiglemont en présence de Charles de Vandenesse. jyjmo d'Aiglemont a aimé déjà, elle a aimé d'un amour très pur, très chaste, que la mort de lord Grenville est venue briser; mais voici qu'elle a trente ans, voici trois ans qu'elle porte le deuil de son amour, — et de nouveau son cœur va s'ouvrir, et c'est ce chaste, ce pur amour d'autrefois (|ui aura préparé sa chut(\ Ouant à Vandenesse, qui croit auprès d'elle n'être qu'un curieux, qu'un blasé en (piête de plaisir, et «pii i)eu à i)eu en vient à se prendre à son jeu, à aimer de toute son âme celle qu'il observait en scepti(iue, avec des yeux de désir et dironic, — il n'est pas moins fortement étudié, il n'est pas moins vi-ai (pie M""' d'Aiglemont. dans ces pages que lîalzac npi)elle « une leron ou plutùt une étude faite sur l'écoi-ché ».
Mais justement, c'est une étude, c'est une leeou, et il a raison de dire : « Cette histoire explique les dangers et le mécanisme de l'amour plus qu'elle ne le peint. » 11 parle eu nioi'alislc, en grand chirurgien, en grand ualurnlislc de l;i \ ic morale; il ;iii;dvsc. il dissècpie, il l'Iiililil (1rs |(»is ipic rc\p(''rifiicr V(''iilii' : mais le poème "|iii clKinlc ;iii cifiir de Ses [m'-pos ou de ses li(''r()ïli('S, il III' pi'ut le h-adiiirc; dès (pTil vriil \r Iraduirr. il (•crit
comme M'"'' Cottin. Et ne croyons pas rendre compte de son impuissance en disant, comme on l'a si souvent et si légèrement répété : Balzac écrit mal. Ceux qui disent cela prouvent seulement qu'ils ne connaissent pas Balzac. Personne n'écrit mieux que l'auteur d'Eugénie Grandet et du Curé de Tours, quand le sujet qu'il traite est conforme aux instincts de son génie; et on ne saurait trop admirer alors la vigueur, la vérité, l'excellence de son style. Mais s'il écrit mal lorsqu'il écrit une scène d'amour, s'il écrit mal lorsqu'il fait parler ceux qui aiment, ou qu'il veut parler en leur nom et dire leurs joies, leurs rêves, leurs troubles délicieux, leurs souffrances, c'est c{ue l'amour est poésie, c'est que l'amour est presque toute la poésie de la vie, et que la poésie de la vie est fermée à Balzac.
La Comédie humaine n'est donc pas une œuvre aussi homogène ni aussi complète qu'il le prétendait. Ce tableau de la vie française au xi.\" siècle, outre qu'il contient des hors-d'œuvre, des éléments étrangers, présente d'incontestables lacunes. Mais limiter, c'est définir, et l'on voit à i)eu près, dès maintenant, ([uel est le domaine (h; Balzac. 11 est le peintre des réalités vulgaires, l'historien bourgeois d'une société bourgeoise, et, au total, le plus grand peintre de mœurs (pie la France ait produit depuis .Molière, La Bruyère et Saint- SiuKJU.