‹ Balzac, l'homme et l'œuvreChapitre 43 sur 69 · Uni' K'ndbre.usi' n/fuirc · texte numérisé non relu

Uni' K'ndbre.usi' n/fuirc

3. Il f'tait (HKîstioii dans la l'/ii/ftini/iiiniiniiir de l,a\alci' de nez ■■ Jii(licicu,\ », de ne/. <• scrii|)ul('ux ■■, de nez « iiiàlcs ■■ ou de iioz " liiiiidcs -; il y était dit que ■■ lui loup- iiilcrvalle entre le nez el la Ixjiirlie in(lii(iie délaul de pnideni'c et preriiiitatidii », elc. Une

Il sen faut, cVautre part, que la description soit toujours pour lui, comme il Taffirme, un élément d'analyse morale. Trop souvent il décrit pour le seul plaisir de décrire. Quand, dans la Fille aux yeux d'or, il décrit son propre salon blanc et rouge pour y loger son étrange héroïne, nous fera-t-il croire que le cadre explique le personnage? La Comédie humaine renferme plus d'une description inutile au récit, et maladroitement amenée ou plaquée. Dans l'Enfant maudit, c'est au moment où la comtesse va être mère et ressent les premières douleurs, que ses yeux se promènent autour de sa chambre et qu'elle passe en revue son mobilier, depuis le lit à colonnes jusqu'aux bahuts de vieux chêne. Dans Splendeurs et misères des courtisanes, Lucien de Rubempré, qui veut mourir, qui a déjà la corde au cou, aperçoit par la petite fenêtre de son cachot le préau de la Conciergerie : « Spectacle magique qu'il entrevit pour la première fois!... » Suit une description de la Conciergerie; après quoi, Lucien achève de se pendre.

Mais on pardonne à Balzac ses pires excès d'observation ou d'information, tant est grande la valeur documentaire de son œuvre.

d'aphorisiiu'S senibluljlcs dans la Comédie humainel « La taille ronde csl un signe de force, mais les l'enunes ainsi construites sont impérieuses, volontaires, plus voluptueuses que tendres. Au contraire, les femmes à taille plaie sont dévouées, pleines de finesse, enclines à la mélancolie. - La plupart des femmes qui montent bien à cheval ont i)eu de tendresse. — Ses mains de statue grecque conlirmaient les prédictions du visage et de la taille en annonçant un esprit de domination illogicjue,... ses sourcils se rejoignaient et, selon les observateurs, ce trait indique une jiente à la jalousie. — Cliez lous les grands bonunes dont les porliails oui lrap[)é mon altenlion, le col esl court. — Il est rare (ju'uii homme de haule laille ail des facultés éminentes. » — TouL cela ne signilie jjas grand'chose, sinon (jue lialzac avait le cou court el iju'il était j)elil.

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De chacun de ses voyages en province il rapportait le ' décor d'un de ses romans. La Comédie humaine est toute une géographie de la France au temps de la Restauration et au temps de Louis-Philippe. 11 y décrit Tours et la Touraine (le Curé de Tours, la Grenadière, le Lys dans la vallée, Maître Cornélius, le Martyr calviniste, l'Illustre Gaudissart, l'Adieu), — Vendôme ou ses environs {Louis Lambert, Autre étude de femme), — Bayeux, Carentan et la Basse-Normandie {la Femme abandonnée, le Réquisilionnaire, VEnvers de Vhisloire contemporaine), — TIsle-Adam, lîeaumont-sur-Oise {Un début dans la vie), — Issoudun {la Rabouilleuse), — Saumur {Eugénie Grandet), — Angoulême {les Deux poètes), — Bordeaux {les Marana, le Contrai de mariage), — Provins {Pierrette), — Sancerre {la Muse du déparlement), — Nemours {Ursule Mirouet), — Besançon {Albert Savarus), — Guérande {Béairix), — le Croisic {Un drame au bord de la mer), — Limoges {le Curé de village), — la Champagne (le Député d'Arcis), — la Bourgogne {les Paysans), — le Dauphiné {le Médecin de campagne).

Là où l'aspect des lieux ne s'est pas trop modifié depuis une soixantaine d'années, ses romans peuvent aujourd'hui encore servir de guide au touriste. Vous retrouveriez à Angoulème la rue du Minage où était l'hôtel de M'"" de Bargeton, et à Alençon la rue du Cours où demeurait la hlanchisseuse du chevalier de ^'alois. Et il ne se horne pas à vérilier ses indiculioiis lopdgrapiii(pies, à prendre des vu(>s. à lever d<'s plans : il cherche à (Uscerner (-e qui constitue la i)hysionomie moi'ale d'une province ou d'une ville. Je u'idlirnie pas qu'il y r<'-ussisse toujours également ))ien. Ses lahleaux ti<' la vie |ti'oviiicinl(! ne sont pas exiMupIs de parli pris; il y met Irdp d'ii'onie parisienne, il lienl liop à l'aire oublier (pi'il élail M('' en j»rovinc(«. 'l'ei pi.ilrail (fiiii l»e| esprit,

OU d'une élégante de chef-lieu, dans les Deux poètes, la Vieille fille, la Muse du dépariement, n'est qu'une bonne charge, un Daumier. Il raille sans pitié les habitants des petites villes, leurs coteries, leurs idées arriérées, leur insignifiance ; il affecte de dire que la femme de province est un type uniforme. Mais qu'importe, après tout, puisqu'il s'est démenti lui-même en créant Eugénie Grandet, M"" dEsgrignon et U"'"' de la Baudraye, si différentes et si vraies toutes trois"? Sa curiosité a été plus forte que ses préventions ; il s'est intéressé à la vie et aux mœurs des diverses régions qu'il traversait, aux l'êtes de Gayan dans la Flandre française comme au cérémonial d'un enterrement dans une ferme du Dauphiné. 11 a observé, et il a compris. Ses Bretons pieux et grossiers ne ressemblent pas à ses malins Tourangeaux par qui Gaudissart lui-même se laisse rouler. Sa belle IM""= Evangélisla, de nationalilé incertaine, d'esprit mercantile, experte dans l'art de jettn" de la poudre aux yeux, ne personnifie que trop bien la haute société bordelaise. Son Tartuffe marseillais, La Peyrade, est excellent.

De Paris, il savait et il aimait tout ; il l'aimait jusque dans ses difformités. 11 était un de « ces hommes d'étude et de pensée », dont il parle dans Ferragus, « pour qui Paris est le plus délicieux des monstres ». Ce qu'avaient essayé Restif de la Bretonne dans ses Nuits de Paris et Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris, il l'a essayé à son tour, avec, la même curiosité passionnée et infiniment plus de Inlciil : il a voiihi lixer la changeante image de la chèn; grande viHe à une date précise de son histoire, éterniser un moment de sa vie, — et il y est parvenu. Masures de la rue de l'Ouest ou de la rue Chantereine, vieilles demeures bourgeoises blotties dans

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l'ombre de Notre-Dame, vieilles boutiques de la rue Saint-Denis ou de la rue Saint-Honoré à l'enseigne de la Reine des roses, du Ver chinois, des Trois Quenouilles ou du Chal-qui-pelote. galeries de bois et salles de jeu du Palais- Royal, ruelles humides du Marais, tortueuse petite rue du Tourniquet-Saint-Jean, — il a sauvé de l'oubli tout un Paris qui allait disparaître. Apercevait-il rue du Fouare quelque maison à pignon, quelque belle façade Renaissance vouée à une destruction prochaine? vite il lui faisait place dans un de ses romans, heureux comme un archéologue qui vient de sauver un précieux débris du passé. Il avait exploré tous les quartiers de Paris, et il nous conduit partout : au Jardin des Plantes, au Père- Lachaise, au Palais de Justice, à la Bourse, dans les salons de la chaussée d'Antin, dans ceux du faubourg Saint-Honoré, dans les guinguettes et les bals de banlieue, dans le bureau de journal, dans la loge de concierge, chez Véry et chez Flicoteaux, au restaurant Pinson et à la taverne Katcomb, au café Procope, au café Minerve oîi les libéraux se réunissaient vers 1820, dans les pensions Ijourgeoises de la Moidagne Sainte- Geneviève, dans une gargote de la rue Froidmanteau fréquentée par des proscrits italiens. Il nous promène aux Tuileries, sur la terrasse des Feuillaids, à l'heure où le beau monde s'y donnait rendez-vous. 11 nous fait assister à une revue de la garde impériale, en iSlS, dans la cour du (Carrousel, au d(''part de la diligence, en 1822, dans ];\ cour du Lion-d'Ai'gcid, au j<'ii de boule de l'esplanade de roltsiTN abdrc, à des pai'lies de iiillac<l « au prolit d'un ancien vain(pieur d(> la Raslille ». 11 dit ce qu'étaient les Messag(M'ies Tonchard, les coucous, les cabi'iolels à p<)m|ie. Il dit en quelle annt'e de l'Iliiipiie s'est ouvert le premier atelier (1(> peinture pour jeunes

personnes, où était, à l'Opéra, sous Charles X, la logo des premiers gentilshommes de la chambre, et ce que contenait, en 1836, l'album d'autographes d"une femme à la mode. Il dit quand se tirait la loterie, et comment on se ruinait à jouer les ambes ou les extraits déterminés et à « nourrir » un terne ou un quaterne. Il immortalise les habits de Staub, l'huile de Macassar, les liqueurs de M™^ Amphoux. Il nous reporte au temps du briquet phosphorique, du falot, de la lampe astrale et de la lampe Carcel, au temps des mobiliers en acajou à têtes égyptiennes, garnis d'une étoffe de soie verte à rosaces blanches. Il déroule sous nos yeux des papiers d'appartement qui représentent les principales scènes du Télémaque, ou la mort de Poniatowski, ou « les profils de Louis XVI et des membres de sa famille tracés dans un saule pleureur »...

Et voici que ressuscitent celles qui portèrent la robe à guimpe et les brodequins de prunelle puce, ceux qui portèrent le pantalon collant et les bottes à glands, — l'ancien émigré, en houppelande noisette à petit collet, — l'officier bonapartiste, le « demi-solde », en longue redingote boutonnée jusqu'au menton, — le « lion » barbu, moustachu, de 1830, escorté de son « tigre », — le bas bleu de 1820, coiffé du turban de M™e de Staël, et celui de 1833, coiffé du béret en velours noir de George Sand. Parisiens et provinciaux, riches et pauvres, nobles et paysans, commerçants et rentiers, magistrats et médecins, prêtres et soldats, avoués et notaires, bureaucrates et commis voyageurs, artistes et gens de lettres, banquiers et prêteurs à la petite semaine, collectionneurs et vieux savants, marchands de tableaux et libraires, policiers et forçats, carabins et gamins de Paris, pauvres honteux et mendiants de profession,

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vieux serviteurs et servantes maîtresses, grandes dames et portières, incomprises et dévotes, vieilles fdles et grisettes, écuyères de cirque et mères d'actrices, entremetteuses et tireuses de cartes, — Balzac n'omet aucune espèce sociale. Et c'est bien toute une société qui revit pour nous, une société dont nous connaissons par lui le costume, le langage, les passions, les modes, les « splendeurs » et les « misères ».

Rassemblez Sauvai et Sorel, Tallemant des Réaux. Bussy-Rabutin et Courtilz de Sandras, M™<= de Sévigné. Molière, La Bruyère et Saint-Simon : vous en saurez moins sur la vie du xvii'' siècle qu'il ne nous en apprend à lui seul sur celle de son temps.

11 (Il est de ses romans comme de tous ceux qui donnent l'illusion de la vie : on ne les lit pas sans se demander « si cela est arrivé i), et où la fiction commence. En général, il n'est pas bien aisé- (\r le dire, vl de démêler c<' qu'il a vu de ce qu'il a invente''. Il existe cependant ({iiclines points de rriièrc; pour ipielquesnncs de ses feuvres, on peiil noimiicr les originaux d'après lesipicls il a Iravailli'-.

E(! prcniicr de tous, c'csl liii-nirine.

Il a mis beaucoup de lui-même dans la Comédie humaine, beaucouj) phis cpu; n(> \o croient ses lei'teurs. (le n'est pas en vain (piil ('"lait le conlemporaiii de nos grands lyriipies, des grands poèb's du moi. INiille liiograjjhic de lui ne vaudrait celle qui iieiit s'(>xlraire de ses oMivres; fcllc-là seule est l'Iiisloire vrai(> de sa vie, de sa vie intim(> aussi bien ((ue de sa vie (wlérieure, de ses seiiliin(>nls et de ses [x^nsées aussi bien (jue de ses aventures.

I!i8 BALZAC

Il a raconté son enfance dans Louis Lambert, la Peau de chagrin et le Lys dans la vallée. Sur la prétendue noblesse de sa famille, sur la pension de Tours où il apprit à lire, sur le collège de Vendôme et la pension Lepitre, sur Thumeur difficile de sa mère, sur l'état de contrainte dans lequel il grandit, sur ses privations, ses ardeurs secrètes, ses fringales d'indépendance, ses rêves de gloire et d'amour, il a prodigué les détails; tout y est, jusqu'à ses engelures.

Ses années de stage chez le notaire et l'avoué s'évoquent aux premières pages du Colonel Chabert. Pénétrez, malgré « la puanteur du poêle chauffé sans mesure », dans l'étude de maître Derville, parcourez des yeux les murs tapissés d'affiches jaunes, le plancher « couvert de fange ». le mobilier « crasseux », les casiers bourrés de liasses, les petites tables, le secrétaire à cylindre, le marbre de la cheminée où traînent des verres et des bouteilles, des morceaux de pain et des triangles de fromages de Brie : vous êtes dans l'étude de maître Guillonnet-Mcrville, l'ancien patron de Balzac. Et regardez les jeunes gens, clercs ou saute-ruisseaux qui sont là occupés à grossoyer quelque exploit et à échanger d'ineptes lazzi : ils ont été ses camarades. Il a tenu parmi eux l'emploi d'un des deux « néophytes venus de province » que Godeschal, le troisième clerc, forme au métier et qui s'embrouillent en écrivant sous sa dictée ; avec eux il a fait assaut de calembours, coq-à-l'Ane, proverbes retournés, et autres turlupinades; il a goûté de leurs côleletles de pore et de leur fronuige de Brie.., Poésie (lu souvenir I pai'l'uuis enivrants tlu passé! Le narrateur s'émeul, il s'al tiiudril, et après avoir fait, pendant dix mortelles pages, bouffouner, polissonner les (•lercs de DerviMe, il couchit d'un ton nuMancoliquc ;

« Cette scène représente un des mille plaisirs qui font dire plus tard en pensant à la jeunesse : c'était le bon temps! »

Sur son grenier de la rue Lesdiguières, sur ses jours de laborieuse et vaillante bohème « où, dit-il, Thuile de sa lampe lui coûtait plus cher que le pain », la Peau de chagrin, Facino Cane, les Illusions perdues, le Père Goriot ne nous laissent rien ignorer. Il n'y oublie ni la fontaine l)ublique où il allait lui-même puiser de leau, ni le « paysage de toits l)runs, grisâtres, rouges », qu'il voyait de sa Icnètre, ni la vieille femme, « l'Iris messagère », que ses parents chargeaient de temps à autre de lui api)orter des provisions. Certaines pages de la Peau de chagrin seraient à commenter phrase par phrase avec le récit de sa sœur et les lettres qu"il lui écrivait en 1819 ou 1820. S'il est douteux (pril ait réussi alors à vivre comme Raphaël de ^'alentin avec 305 francs par an, il avait fait comme lui la dure expérience de la })auvreté, et longtemps après il ('-tait encore en droit de dire : « Jamais je ne serai sans i-cssendder à Rai)haël dans sa mansarde'. »

Veut-on le voir dans liinprinierie de la rue des Marais- Saint-Germain où il a vécu de 1820 à 1828, et où il a connu toutes les ivresses de l'amour et toutes les angoisses de la faillite? Qu'on relise les Illusions perdues et Qisar BiroUcau. i Le re/de-chaussée formait une immense pièc*; éclairée sur la rue par un vieux vitrage et par un grand châssis sur une cour intérieure » : — la phras(^ est prise des Illusions penlnes où elle se rapporte à l'imprimerie (h' David Séchard; elle s'appliquerait fort hieii, M. ll,ui<p|;iii\ en a l'iiil la r('iiiai(|iie. à la maison d(»

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