Voir le Victor Hugo de M. Biré
l'influence 277
Enjolras ou Combeferre, aux héroïques émeutiers de Hugo? Qu'est-ce que Farrabesche comparé à Valjean, ou surtout que sont l'abbé Bonnet et l'abbé Chaperon comparés à Myriel"? Des esquisses, des esquisses justes, qui ne touchent pas. Toute sa vie, Balzac a entrevu, rêvé les Misérables : il n'a pu les écrire; Hugo seul les a écrits. Car ce qui fait la grandeur de ce livre, c'est la leçon de pitié sociale qui s'en dégage, c'est le souflle d'amour évangélique et d'enthousiasme qui les anime, c'est tout ce qui dans l'ouivre est bienfaisante et sublime poésie, c'est, en d'autres termes, tout ce qui manque à Balzac; et plus on constate ce que Hugo doit à Balzac, plus on sent par où et combien il le dépasse.
La part de Balzac, d'ailleurs, reste assez belle. S'il n'est pas un poète, il est un grand réaliste, le fondateur, en France, le père du réalisme. Certes, le triomphe du réalisme après 1850 ne s'explique pas uniquement par son influence; il s'exi)lique un peu par celle de Mérimée, sinon par celle de Stendhal qui était alors à peu près oublié, par celle de M"'" Sand qui avait mêlé bien de la vérité à ses fictions, par celle des romanciers anglais, Thackeray, Dickens, M'"'' Elliot; plus encore par les progrès de l'esprit positiviste ou scientifique et i)ar l'affermissement de la société bourgeoise. Mais la grande inlluence littéraire a été celle de IJalzac, et personne n'avait mieux préparé que lui la double victoire du réalisme à la scène et dans le roman.
Sa victoire à la scène date des premières anm-cs chi second Empire. C'est alors qu'au mélodrame, au drame historicpie et lyriiiue (|ir;iv;ii<>Ml foiidi'- Iliigo et Dumas
père, aux comédies de Scribe qui n'étaient qu'adroites combinaisons d'intrigues, Dumas fds et Emile Augier ont substitué la comédie de mœurs modernes. Où en ont-ils trouvé les matériaux, si ce n'est chez Balzac?
Ils en ont même trouvé chez lui quelques ébauches. Des pièces que Balzac avait écrites, aucune n'est tout à fait bonne, et il y en a deux, Vautrin et les Ressources de Quinola, qui sont même tout à fait mauvaises, Vautrin, joué en 1840, est encore un mélodrame, et compliqué au point d'être par endroits inextricable; bizarre tissu d'inventions sans vraisemblance, où il s'agit d'un enfant enlevé à sa mère par un mari jaloux, tendrement élevé par un ancien forçat, et. au dénouement, restitué par lui à sa mère. Les Ressources de Quinola, comédie jouée en 1842, ne valent pas mieux que Vautrin. Quoique l'action se passe en Espagne au temps de Philippe II, le héros est l'inventeur d'un bateau à vapeur; on lui vole son invention, on le ruine, on le persécute, et ulcéré, révolté, il épouse la coquine qui a causé sa ruine, afin qu'elle soit entre ses mains « un instrument de destruction », afin qu'elle laide à se venger des hommes.
Ce n'est pas là, évidemment, qu'il faut chercher les origines de la Dame aux Camélias ou du Gendre de M. Poirier. Mais déjà Paméla Giraud, autre pièce de Balzac, représentée en 1843, était un acheminement à la comédie bourgeoise rêvée jadis par Diderot et qu'allaient nous donner Dumas fils et Augier. Non que la pièce soit très l)ien faite. 11 résulte d'une lettre de Balzac' qu'il n'en avait fourni que le sujet, le plan, laissant le reste du Iravail à des collaborateurs quelconques. La facture