‹ Balzac, l'homme et l'œuvreChapitre 68 sur 69 · Cor,:, p · texte numérisé non relu

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est médiocre; on dirait d'un de ces drames bourgeois où les « philosophes » du xvni'' siècle attaquaient la civilisation et prêchaient le retour à l'état de nature. L'histoire est celle de deux jeunes gens, deux « enfants de la nature », qui saiment de tout leur cœur et ne consultent que leur canir, tandis qu'auprès d'eux, en l'ace d'eux, des bourgeois, dalfreux bourgeois, n'écoutent que leurs intérêts; et c'est un pèle-méle de tirades vertueuses, de tirades satiriques, d'effusions sentimentales et de déclamations dont Diderot et Sedaine eussent été charmés.

Nouveaux pas en avant vers la comédie ou le drame réaliste, nouveaux pas et plus décisifs, avec la Marâtre qui fut Jouée en 18i8, et avec le Faiseur qui ne fut publié qu'après la mort de Balzac, en I80I, sous le titre de Mercadel. La Marâtre porte en sous-titre « drame intime », et elle est, en effet, un drame domestique, un drame du foyer (jui peint la famille bourgeoise et la vie contemporaine, quoique sous des couleurs beaucoup trop sombres. Le Faiseur est presque une bonne comédie, Balzac n'ayant guère eu qu'à se regarder dans la glace pour dessiner son Mercadet, pour créer le type de l'homme d'affaires ivre d(! ses projets, toujours convaincu qu'il va gagner des millions, et capables de communiquer à autrui la conliance ((u'il a en luiinrnic. 11 y a toutefois cette notal)le différence entre Balzac et Mercadet, (pu; l'un est resté prob(> dans ses rêves de fortune et ([ur l'autre est un fripon. Mercadet, c'est Srapiii hauquicr. lîuiin''. sans le son. <-ouslauiment tra(iué par ses créaiu-iei-s, il les humanise l't les tient en haleine avec de helles pronu^sses ; il est iuéjjuisalile rn s|i('MnlMl ions, m cxi^'-dicnls, cl m escroipicries. La scène capilali' es! celle où, liciireiix d'avoir

rencontré un gendre qu'il croit millionnaire, il découvre en lui un autre « faiseur » de même espèce et de même force que lui-même; les deux Scapins se reconnaissent pour ce qu'ils sont et prennent le parti de rire de leur réciproque déconvenue. L'intention satirique de l'œuvre se précise dans le couplet de Mercadet sur son époque :

Ah! vous connaissez bien noire époque! Aujourd'hui, tous les sentiments s'en vont, et l'argent les pousse. Il n'j' a plus que des intérêts, parce qu'il n'y a plus de famille, mais des individus! Voyez! l'avenir de chacun est dans une caisse publique! une fille, pour sa dot, ne s'adresse plus à une famille, mais à une tontine. La succession du roi d'Angleterre était chez une assurance. La femme compte, non sur son mari, mais sur la Caisse d'épargne! On paye sa dette à la patrie au moyen d'une agence qui fait la traite des blancs! Enfin, tous nos devoirs sont en coupons! Les domestiques, dont on change comme de chartes, ne s'attachent plus à leurs maîtres : ayez leur argent, ils vous sont dévoués!... (// lire de sa poche une pièce de cinq francs.) Voici l'honneur moderne!... Ayez vendu du plâtre pour du sucre, si vous avez su faire fortune sans exciter de plainte, vous devenez député, pair de France, ou ministre! de.

Malgré les rapports qui existent entre cette comédie et celle de Dumas fils, d'Augier ou de leurs émules, c'est moins par son théâtre que par ses romans que Balzac a agi sur eux. Son théâtre, tout compte fait, ne nous offre aucune œuvre de premier ordre, et l'on peut en être surpris en songeant aux qualités dramatiques, au génie dramatique dont il a fait preuve dans ses romans. Mais, outre qu'il a une imagination trop aventureuse, il n'a pas l'art des raccourcis puissants que suppose, qu'exige la scène. Il lui faut les cinq ou six cents pages de ses romans i)our développer ses conceptions et faire vivre ses personnages. Il n'a pas non plus

le mordant du style, les formules compréhensives et brèves où tout un caractère se ramasse; ou s'il s'en trouve çà et là dans ses romans*, du moins ne s'en trouve-t-il pas dans ses pièces. Peut-être est-ce simplement parce qu'il les a écrites trop vite; peut-être la hâte, la surproduction qui lui a nui de tant de manières, l'a-t-elle seule empêché de produire à la scène des œuvres égales à ses romans. En tout cas, ses romans étaient là pour compléter ses pièces et pour achever l'éducation intellectuelle de la jeune génération d'auteurs qui allait chez nous renouveler le théâtre.

En écrivant la Comédie humaine, il avait ouvert à l'art un champ imuTcnse, celui du réel; il avait appris à l'écrivain la valeur esthétique et morale du réel. 11 avait été un grand moraliste en même temps qu'un grand peintre de mœurs : moraliste trop décourageant, mais moraliste à idées, moraliste habile à démêler dans la vie moderne tous les éléments de drame ou de comédie qu'elle contient. On peut lui pardonner ses emphatiques et ridicules romans d'amour. Son mérite est justement d'avoir écrit d'autres romans que ceux de l'amour, et, au total, l'amour qui jusqu'à lui était l'âme même du roman est ce qui la moins occupé. 11 a vu bien autre chose dans la vie, il sait qu'elle est faite de beaucoup d'autres choses; et par là, par son observation pénétrante, par sa science profonde de la vie moderne et des graves problèmes qu'elle offre à l'esprit du penseur, par là plus encore que par ses peintures minutieuses, plus que par ses descriptions et son vocaijulaire, il n'y a nidle exagération à dire qu'il fondait cluv. nous le

1. Diiiis /e Curé (Ir Tours, |i;ir cxciiiiih', lursipic r.ilihc Ijirollcnu iK-rilc (le. IVililx' (llin|)cloii(J : •• Il ne r.uir.iit iinit-rlri' pas ressuscité, mais il le i)leura. ••

réalisme. Il a observé, noté, toutes les laideurs de la vie d'aujourd'hui, en sorte que les peintres de mœurs venus après lui ont l'air de l'imiter, même lorsqu'ils nous apportent le fruit de leur expérience personnelle. Loin de perdre de son prix en vieillissant, son œuvre est presque plus vraie de notre temps que du sien. 11 a vu commencer la société qui est encore la nôtre, et avec sa clairvoyance géniale il a tiré les conséquences de chaque chose, pressenti les mœurs et les caractères de demain. Lindividualisme ne s'est-il pas affirmé depuis et plus fortement d'année en année? La bataille des intérêts ne s'est-ellc pas échauffée, à mesure que la société devenait plus foncièrement démocratique"? Les « arrivistes », pour em[)loyer le mot d'à présent, si bien peints par Balzac en Rastignac ou en Victorin Hulot, le fils du baron, ne pullulent-ils pas autour de nous"? N'avons-nous plus de politiciens semblables à ce Thuillier des Petits bourgeois qui, un moment menacé de poursuites judiciaires et renvoyé faute de preuve, « eut le non-lieu insolent i? Et ce qu'il a dit des journalistes ou des barons de la haute finance, ne scmble-t-il pas de jour en jour plus juste et plus vrai"? Le premier il a fait dans le roman de la satire sociale, ou plutôt il a fait de ses romans une satire complète de la vie sociale au xix'^ siècle; il y a étudié tous les désordres, toutes les maladies de l'organisme social et de l'unie moderne; et dès lors il est à [jcine l)esoin de démontrer qu'au Ihérdre ou dans le roniau l'école réaliste ne fait, (lei)uis cinfpiante ans, que continuer Balzac.

A dire vrai, l'art de Dumas fils, l'art d'Emile Augier, n'est pas le sien. Leur art est plus vif, plus alerte, phis spirituel, s'il a moins de force et moins d'ampleur; celui d'Augier a une bonhomie souriante aussi éloignée que

possible du pessimisme balzacien. N'importe; leur dette envers lui n'en est pas moins grande. On date ordinaiicment de 18i)2, de la Dame aux camélias, la renaissance (le notre théâtre et de la comédie de mœurs. Dumas rnt-il écrit sa pièce et serait-elle ce quelle est, vraie par SCS personnages comme par ses décors et les moindres détails de sa mise en scène, si entre le romantisme et lui, entre Marion de Lorme et la Dame aux camélias, Balzac n'avait produit son œuvre et conté les « splendeurs » ou les i misères » d'une vie de courtisane à Paris au xw" siècle? Dans la comédie que Dumas fds a écrite cinq ans plus tard, la Question d'argent, peut-on ne pas voir les analogies avec la Comédie humaine et la parenté du banquier escroc Jean Giraud avec du Tillet, Nucingen ou Mercadet"? « L'argent est l'argent, s'écrie-t-il, quelles que soient les mains où il se trouve; c'est la seule jouissance que Ton ne discute jamais », etc. La tirade n'est que l'écho de celle d(^ Mercadet. Toutefois, Dumas fils s'est assez vite séparé de Balzac pour se jeter ou s'égarer dans la pièce à thèse, dans la prédication paradoxale, et enfin, avec la Femme de Claude ou VÉtrangère, dans le syndjolisnie. Augier a été plus fidèle à la comédie de mo'urs. Feuilletez ses œuvres à partir du Gendre de M. Poirier qui a jiaru en 18."t4. Les Effrontés, c'est Mercadet encore cl aussi /(',s- Illusions perdues et aussi un peu, par les deux rôles de Serginc et de la marquise d'Aubérive, la Femme abandonnée. Augier a voulu flétrir les liommes d'argent et les journalistes en la personne de Vcrnouillel, linancier lai('' à ([ni nul m'(»s(> l'efiiser la main le jour où il devient propriétaire", et dii-ecleiir d'un joui'ual ; et ceci est du Balzac tout pur, de nu'ine (|ne \c |)ersonnage de Giboyer, IVère des liixjun el des Lousteau, frère des aigrefins et des lioul'fons de la Bresse si

souvent et si vertement fouaillés dans la Comédie humaine. Qu'il s'agisse des Lionnes pauvres ou de Ceinture dorée, du Mariage d'Olympe ou de Maître Guérin, on voit reparaître chez Augier des données ou des figures déjà rencontrées chez Balzac. La nionomanie de l'inventeur Desronceretz, dans Maître Guérin, rappelle celle de Balthasar Claës ; et maître Guérin lui-môme, le notaire de village qui peu à peu ruine et dépouille Desronceretz à l'aide de son prête-nom Brenu, rappelle de plus près encore l'avare et perfide Rigou, des Paysans, entouré de ses hommes de paille et de ses dupes.

Faut-il suivre plus loin l'influence de Balzac dans l'histoire de notre théâtre? On la suivrait chez ce gai et fin caricaturiste de la bourgeoisie qui se nomme Labiche, et chez les auteurs de saynettes ou dialogues écrits pour la Vie parisienne sous le titre de Vie et opinions de Thomas Graindorge ou sous celui de Monsieur, madame et bébé : les jolies pages de Taine et de Gustave Droz sont la monnaie des Petites misères de la vie conjugale et quelquefois aussi des Contes drolatiques.

M. Ludovic Halévy a pris dans les Petits bourgeois le nom et le personnage de son amusante M™" Cardinal; chez Balzac, M"'f Cardinal était la mère d'une actrice du théâtre Bobino, chez M. Halévy elle est la mère d'une danseuse de l'Opéra; mais chez l'un et chez l'autre, elle a même cabas et môme morale accommodante.

Plus récemment, la comédie de mœurs a subi une transformation nouvelle; elle s"est faite plus ironique et plus cynique avec Henry Becque et ses disciples du Théâtre libre. Où donc sont les origines d'Henry Becque si ce n'est chez Balzac? Les Corbeaux nous peignent les gens d'affaires, notaires, usuriers, escompteurs, tous les funèbres oiseaux de proie qui s'abattent sur un foyer

où la mort vient d'entrer. Vigneron était un Muslriel nehe o" qni semblait riche; sa femme et ses tro.s nlles talnt dans le We„-«re et dans >a p."s compte .gn ranee de toute question mdustnelle o u ^"}^^J'- ^enrt subitement, et voici qu'aussitôt Te.ssiei son Tocé de a veille, et Bourdon son notaire viennent associe de ^^^^^.^ ^^ ^3 f„r.

de" c ta io- 1" code, des termes de jurisprudence c,"el l ne comprennent pas ; ils les amènent peu a peu ' a' re abandon de tous leurs droits, si bien que dans la mai on pleine de rires et de chansons au premier a te dai Ta maison naguère opulente et luxueuse .1 n^ a pÛ"a dénouement que quelques meubles échappes a Iule, il n'y a plus que la détresse, l'h"--"»"; , Silence : les • corbeaux .oiU passe . a.^ - ^Belle

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s r a v".ve, sur le vieillard ou l'orphelin^sur 1 être ^b le su l'i ote; et qui ne reconnaîtrait en Teissier ou ° "oiu-don les dignes élèves des Bo.^-»' .- J^; des Ceriset, dos Fraisier, que nous peignait 1 auteur cLr Birotleau, des Paysans ou du Cous.,. Ponsl

Ca aui est vrai des autours dramaliqucs venus après Oa'Lrest >us vrai encore des .">-->- a"- - ;> succédé, liux aussi, ils sont ses c»"»"-"^^.;;. ," "^Lleur art eu soil moins personnel cl moins oi ig.u.il. Oi

tave Flaubert, Guy de Maupassant, Edmond et Jules de Goncourt, Alphonse Daudet, ne sont pas des écoliers qui récitent la leçon du maître; ils ont leur personnalité bien à eux. En un certain sens même, leur art est une réaction contre celui de Balzac . Leur art est une réaction contre le romantisme et par conséquent contre Balzac dans la mesure où celui-ci appartient au romantisme; réaction contre le prodigieux inventeur de fables dont ils s'interdisent d'imiter les péripéties romanesques et trop compliquées; réaction contre le producteur qui se souciait plus d'entasser roman sur roman que de créer quelque œuvre parfaite; réaction surtout contre le romancier lyrique, contre sa phraséologie, sa sentimentalité, le galimatias et les beaux sentiments de ses amoureux et de ses amoureuses. VÉducalion sentimentale et Madame Bovary sont la forte parodie du romantisme et de romans tels i(ue le Lys dans la vallée. L'intention est claire, elle est même cruellement soulignée dans certaines scènes de Madame Bovary, surtout dans celle du Comice agricole. Il faut bien avouer que chez Flaubert et Maupassant, chez les Goncourt et chez Daudet, il y a plus d'art, de style et d'esprit que chez Balzac; plus de sensibilité aussi, ou du moins une sensibilité plus fine, quoique tout imprégnée d'ironie. Aucun roman de Balzac ne nous émeut autant que les derniers chapitres de Madame Bovary, ou que les dernières pages de Fort comme la mort. Avec le Petit Chose, VÉvancjcliste, Sapho, Daudet a fait couler des larmes que la Comédie humaine n'a jamais arrachées à personne. Les Goncourt eux-mêmes, ces Goncourt si spirituels et si railleurs, qu'on a souvent accusés d'insensibilité, ne leur suffisait-il pas pour répondre à l'injuste reproche de prononcer le nom de Benée Mauperin, création

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exquise dont l'équivalent n'est pas chez Balzac, Renée, la « mélancolique tintamarresque », ainsi qu'elle se définit elle-même, sœur française de la plus aimable lille de Tolstoï, sœur de Natacha Rostow?

Non, il n'y avait chez Balzac ni l'esprit, ni les délicatesses, ni la tendre nervosité des réalistes que la seconde moitié du xi.\c siècle a vu paraître. Mais ce qui les sépare de lui, ce sont des différences qui tiennent au tempérament de l'écrivain ou à des changements survenus dans l'àme française, de plus en plus blessée, de plus en plus maladive ; ce ne sont pas des différences de principes et d'école. Tous continuent Balzac par le caractère résolument moderniste de leurs œuvres, par les minuties de leur pinceau, par la précision et la vérité tout actuelle de leurs décors, par le choix de leurs modèles et de leurs sujets. Les modes ont pu changer, elles ont changé d('i)uis le temiis où écrivait Balzac; les brodequins de prunelle puce, les robes à guimpe, les cal)riolets à pompe, les diligences, sont oubliés. Des types ont disparu, celui de la grisette, de l'officier en demi-solde, de l'émigré ; d'autres, celui du bohème ou celui de la duchesse anglaise, ont tant soit peu perdu de leur prestige. Mais bien des choses que Balzac avait décrites n'ont guère changé; le bureau de journal, l'étude de l'avoué ou du notaire sont encore tels qu'il les avait vus. Et que les dehors dc^ la vie se soient ou non modifiés, c'est toujours la vie, sous son aspect nouveau, c'est toujours la réalité contemporaine que nos grands romanciers tcnleul aujourd'hui encore d'exprimer; et forcément ils en reviennent à des sujets qu'avait au moins indiqués Balzac. Toutes les fois qu'ils pénètrent à fond dans l'étude de nos mœurs et qu'ils ne se contentent pas d'écrire des histoires d'amour,

ils se rencontrent avec Balzac, ils lui paient tribut.

Flaubert n'aurait pu peindre les personnages qu'il a rassemblés autour de j\I'"« Bovary, médecins de cheflieu de canton, pharmaciens, curés, conseillers de préfecture, hobereaux, etc., peut-être n'aurait-il pas même eu l'idée de les peindre, si Balzac n'avait fait pendant vingt ans, de ces « petits bourgeois », de cette terne et vulgaire humanité, l'objet de son observation.

Bel-ami ressuscite Lucien de Rubempré.

En peignant la vie des gens de lettres dans Charles Demailly et celle de l'artiste dans Manette Salomon, les Goncourt n'ont fait que rajeunir Pierre Grassoa, les Illusions perdues et la Muse du département.

Fromont jeune et Rissler aîné, cette peinture de la vie dans les quartiers commerçants de Paris, dans le Marais cher î'i Balzac, est un chapitre ajouté à la Comédie humaine.

Une scène de la Cousine Belle et une scène de Numa Roumestan fourniraient même l'occasion d'un rapprochement plus précis entre Balzac et Daudet. Dans la Cousine Bette, Hortense, trompée par son mari, se révolte; elle veut poignarder M'"^ Marneffe qui lui a pris le cœur de Wenceslas, et lui, elle ne veut plus le revoir, jamais. Mais sa mère, M'»" Hulot, intervient, la prend dans ses bras, la berce comme un enfant, et, faisant un grand effort, lui dit : « J'ai été trahie, aussi moi, ma chère Hortense. Tu me trouves belle, je suis vertueuse, et je suis cependant abandonnée depuis vingt-trois ans pour des Jenny Cadine, des Josèpha, des Marneffe. » — C'est la belle scène de Numa Roumestan entre Rosalie et M'"'= Le Qucsnoy, celle oîi la vieille mère essaie de consoler sa fille d'une semblable trahison en lui disant à son tour :

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a Ta destinée est celle de toutes les femmes, et ta mère n'y a pas échappé... »

Hélas! Balzac a eu, il a formé des élèves qui lui font moins d'honneur. Il est en partie responsable de la littérature brutale qui s'est appelée le naturalisme. Ce réalisme caricatural et grossier a eu pour premier représentant Champfleury; il en a eu d'autres, à une date plus rapprochée. Quand ceux-là se revendiquaient de Balzac, on leur disait qu'ils n'étaient point ses fils, mais ceux de Restif de la Bretonne. Non, c'est eux qui avaient raison. Le roman naturaliste sort du roman balzacien en décomposition, de ces uuivres dernières et profondément répugnantes dont les plus typiques sont la Rabouilleuse , les Paysans, la Cousine Belle, et qui ont frayé la voie à toute une école de i)ornographes.

C'est le malheur de Balzac que des écrivains d'espèce si différente puissent au même titre se réclamer de lui. Ainsi s'attestent une dernière fois, et jusque dans sa postérité littéraire, les désolantes inégalités de son génie. S'il a préparé la venue de nos plus distingués réalistes, il a également préparé l'éclosion d'une littérature sans dignité et sans beauté qui est la plus basse de toutes les industries, et dont il semble que le but soit de nous faire prendre en dégofit la vie et les hommes.

De là vient qu'avec lui nous ne nous sentirons janmis tout à fait à l'aise.

il a laissé l'd'uvre la plus vaste qu'aucun romancier ait édi(ié(> ; mais à celle o'uvre on hésite à donner le nom (Tceuvre d'art , p:U'ce (|u'elle est (leuieui'(''e à l'état

DAL/.AC. iU

dénorme ébauche et surtout parce qu'il ne s'en dégage rien ou presque rien de grand, de noble. Elle n'est point de celles qui nous inspirent, selon la vieille formule, « des sentiments bons et courageux », et il est, en somme, presque aussi difficile d'aimer Balzac que de ne pas l'admirer.

APPENDICE

Liste par ordre chronologique des œuvres qui composent la Comédie humaine *.

Les Chouans.

La Physiologie du niariotje.

El Verduyo.

Llude de femme.

La Paix du ménage.

La Maison du Chal-qui-pe- Me.

Le Bal de Sceaux.

La Vendetta.

Gobseck.

■Une Double famille.

Les Deux rêves ( 8 1 1 r ( !a 1 1 1 e rinc de Mcdicis).

Adieu.

L'Élixir de longue vie.

Sarrazine.

Une Passion dans le désert.

Un Épisode sous la Terreur.

Le Uéxiuisilionnaire . Les Proscrits.

Le Chef d'œuvre inconnu.

LWuberge rouge.

La Peau de chagrin (IH.'JO).

Jésus -Christ en Plandrc (1830).

Maître Cornélius.

1. .rinscris l'd'uvrc ii la dalo où elle a aclicvc tic parailrc; la (iali' (111 les dates cntro parciillicsrs soril (cllcs dii avaiiMil paru déjà ccrlaincs parties de l'u'uvre. Pour des renseignements plus complots, voir Vllisloire des œuvj'cs dont ce tableau n'est qu'un extrait.

292 APPENDICE

Madame Firiniani.

Le Message.

Le Colonel Chaberl.

Le Curé de Tours (les Célibataires).

La Bourse.

La Femme abandonnée .

Louis Lambert.

La Grenadière.

Les Marana.

\ Ferragus, chef des Dévorants [llisioh'e des Treize).

Le Médecin de campagne.

Eugénie Grandet.

L'Illustre Gaudissart.

La Duchesse de Langeais

(1833,— Histoire desTreize).

La Recherche de l'absolu.

La Femme de trente ans (1S30, 1831, 1832).

Le Père Goriot.

Un Drame au bord de la mer.

Mrlmolh réconcilié.

La Fille auxyeuxd'or(\'ti2'i:, — Histoire des Treize).

Le Contrat de mariage.

Séraphita (1834).

La Messe de l'athée.

L'Interdiction.

Facino Cane.

Le Lys dans la vallée (183o).

L'Enfant maudit (1831).

La Vieille fille. \-

Le Secret des Ruggieri (Sur Catherine de ^lédicis).

Les Deux poètes (les Illu- sions perdues).

Les Employés. —

Gambara.

Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotleau.

Le Cabinet des antiques - — l- (183G).

La Maison Nucingen. — Une Fille d'Eve. "

Ln Grand homme de pro- .

vince à Paris (les Hlusions perdues).

Le Curé de village, i

APPENDICE

Les Secrets de la princesse de Cadignan.

Massiinilln Demi.

Pierrette (les Célibataires).

Z. Marcas.

Un Prince de la Bohème, ierre Grassou.

Une Ténébreuse <ij]'aire.

Le Martyr calviniste (Sur Catherine; de Médicis).

Ursule Mirouet.

La Fausse maîtresse.

Mémoires de deux jeunes mariées.

Albert Savarus.

^Un Déimt dans la vie.

Xa Rabouilleuse (1841, — les Célibataires).

Autre étude de femme ( \H:]-2.

18iU).

Sur (jdhcrine de Médicis, Introduction.

Honorine.

■ — La Muse du département

Comment aiment les fdles (1838, — Splendeurs et misères des courtisanes).

Les Souffrances d'un inventeur (\o s Illusions perdues).

Modeste Mignon.

Gaudissart II.

A combien Vamour revient aux vieillards [iSi'A, — Splendeurs v[ misères...).

Iléalrix.--

Les Paysans (la 2« partie n'a paru qu'en ISîiiJ).

Un Homme d'affaires

Les Comédiens sans le savoir (1844, 18t5).

Où mènent les mauvais chemins (Sjilendenrs et misères...).

La Cousine Belle (h^s Parents pauvres).

Les Petites misères de la vie conjugale (1830, 1830, 1840,^

l.e Cousin Puns(\('<' Parents pauvr(>s).

APPENDICE

La Dernière incarnation de Vautrin (Splendeurs et misères...).

L'Envers de l'histoire con- 'temporaine (1842, 1843, 1844, 1846).

Le Député d'Arcis (l''^ partie ; la suite, publiée après

la mort de Balzac, en 1853, est de Charles Rabou).

Les Petits bourgeois {\-)nh\[és I et peut-être achevés par ' Charles Rabou).

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