‹ Balzac: l'homme et l'œuvreChapitre 30 sur 73 · Titre de la quatrième partie de la Femme de trente ans · texte numérisé non relu

Titre de la quatrième partie de la Femme de trente ans

4. Les Souvenirs d*un paria (1830), V Embuscade ei le Cornac de Carlsruhe (1831), n'ont pas été classés par Balzac dans la Comédie humaine \ voir aux Œuvres diverses^

dans El Verdugo qui nous montre un Espagnol de grande naissance obligé de décapiter de sa propre main son père, ses frères et ses sœurs? De la féerie, du surnaturel, du satanisme, en voici dans VElixir de longue vie^ dans la Peau de chagrin, dans Melmoth réconcilié, et même dans Ursule Mirouet où c'est une vision nocturne d'Ursule qui fait découvrir le crime de Minoret-Levrault. Des aventures incroyables, de fatales coïncidences, des dénouements providentiels, des reconnaissances finales, en voici dans VHistoire des Treize, dans la Femme de trente ans, dans Albert Savarus et dans Ursule Mirouet encore où le « doigt de Dieu » intervient pour couper une jambe à la perfide M"'' de Wateville et les deux jambes au fils de l'infâme Minoret-Levrault * ; dans les Petits bourgeois où La Peyrade reconnaît sa propre cousine dans la pauvre folle, musicienne hors ligne, que voulait lui faire épouser Du Portail. Celle-ci n'est pas la seule folle que nous présente la Comédie humaine; on en voit unie autre dans V Adieu. On revoit les étonnantes duchesses anglaises de la Dernière fée en l'Arabella du Lys dans la vallée, les étranges maladies du Centenaire dans V Auberge rouge, la Cousine Bette, VEnvers de l'histoire contemporaine, le poison foudroyant d'Argow le pirate dans Splendeurs et misères des courtisanes. Et d'une façon plus générale, ne savons-nous pas quelle place occupent dans la

i. Dénouements tout à fait dans le goût de.Restif de la Bretonne ; dans le Paysan perverti^ Edmond expie ses débauches et ses crimes en perdant successivement un bras, une jambe, un œil, puis l'autre œil. — Il y aurait plus d'un rapprochement à marquer entre Balzac et Restif. Les rôles de Lucien de Rubempré et de Vautrin, dans Splendeurs et misères^ correspondent à ceux d'Edmond et de Gaudet dans le Paysan perverti. Les digressions de Balzac et ses considérations sociales ne sont pas sans rappeler parfois celles de Restif, insupportable touche-à-tout. — Sur celui-ci voir le Roman au xvni' siècle.

Comédie humaine les machinations ténébreuses, les complots savamment ourdis? Qu'il s'agisse du Père Goriot, des Paysans ou des Parents pauvres, ne savons-nous pas le rôle qu'y jouent les hommes-providence et les traîtres? Et s'ils ne se nomment plus Melmoth, Schedoni, Ambrosio, mais Goupil, Fraisier, Corentin, Vautrin, s'ils ne sont plus des ombres vaines, mais des vivants, gens d'affaires, usuriers, policiers ou repris de justice, n'est-il pas vrai qu'ils mènent toute l'action, et que les sombres héros de Maturin, de M"^^ Radclifïb ou de Lewis reconnaîtraient en eux leurs élèves?

Il en faut bien convenir : la substance et les procédés du roman populaire et du mélodrame ont passé chez Balzac et reparaissent, sauf d'heureuses, mais trop rares exceptions, jusque dans les chefs-d'œuvre du roman balzacien. Le roman balzacien a pris là les ressorts de son intrigue, sa péripétie, et trop souvent son style. Quand on entreprendra une édition critique de la Comédie humaine, il faudra s'armer de courage et lire attentivement les vieilles œuvres que je viens d'exhumer*.

Et après tout, ne pourrait-on définir Balzac : un romancier populaire qui par instants a su atteindre au vrai et s'élever jusqu'au grand art?

1. Ou d'autres œuvres des mêmes auteurs : par exemple, le Jeune Irlandais de Maturin, dont Balzac priait sa mère de lui envoyer en hâte la traduction à Angoulême (lettre du 30 juillet 1832). Le Jeune Irlandais est un emphatique et mélodramatique roman de passion, gauchement imité de ceux de Tabbé Prévost. Balzac semble s'en être souvenu à la fln du Lys dans la vallée (agonie passionnée de M"* de Mortsauf, tentative de Vandenesse pour épouser la flUe après avoir aimé la mère). Là aussi, il a pu prendre la principale situation de Déatrix, une jeune femme qui tâche de reconquérir son mari. Mais surtout il trouvait dans le style du traducteur le modèle de ce galimatias poétique qui est pour lui le langage de l'amour.

Par bonheur, il n'a pas lardé à suivre de meilleurs maîtres.

Ceux-là s'appelaient Richardson, Goldsmith, Godwin, Sterne, Walter Scott, Fenimore Cooper : écrivains d'inégale valeur et de personnalité bien différente, mais tous écrivains de mérite, et entre lesquels il y a ce rapport que, de plus ou moins près, ils appartiennent tous à récole réaliste.

On sait quel avait été en France, dans la seconde moitié du xviii® siècle, le succès des romans de Richardson. € Clarisse Harlowe^ Paméla, Grandisson, trois grands drames, ô mes amis! » s'écriait Diderot, et ses amis lui répondaient en mêlant leurs larmes aux siennes. De ces t trois grands drames >, il y en a deux, Paméla et Grandissoriy qui ne méritaient peut-être pas tant d'admiration, et dont je n'ai pas à m'occuper, puisque Balzac les a lus pour la première fois en 1838, à la bibliothèque d'Ajaccio, et qu'ils lui ont paru « horriblement bêtes et ennuyeux * >. Je ne dis point qu'il les ait mal jugés, et si je lui faisais un reproche, ce ne serait pas d'avoir bâillé en les lisant, mais bien plutôt de s'être enfermé pour les lire, au lieu d'explorer les environs d'Ajaccio qui sont d'une si charmante sauvagerie, et de gravir les belles montagnes qui dominent la rade. En revanche, il y avait longtemps, en 1838, qu'il avait lu, qu'il admirait Clarisse Harlowe^ et s'il n'a pas dit, comme M^^^ de Staël, que « l'enlèvement de Clarisse avait été le grand

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