Voir plus haut, p
2. Lettres à VÊtrangère, p. 344; Corr., p. 267 ; — la « lettre inédite » est dans les archives de M» de Çpœlberch de Lovenjoul.
l'observation dans « LA COMEDIE fltJMAÎNE » 161
parisienne, rencontre M»»" de Beauséant, naguère délaissée par le marquis d'Adjuda-Pinto; il s'attache à elle, quoiqu'elle soit bien plus âgée que lui; ils vivent une dizaine d'années côte à côte ; puis il la délaisse à son tour, se marie, et presque aussitôt, en proie au remords de sa trahison ou plutôt au regret du bonheur perdu, il se fait sauter la cervelle. Sauf le dénouement, et sauf qu'entre eux la disproportion d'âge était plus grande encore, c^est à peu de chose près le roman de Balzac et de la Dileda. Il y avait eu, dit-on, un Adjuda- Pinto dans la vie de M™« de Berny, et l'année 1822 est celle où Balzac vînt jouer auprès d'elle le rôle de Gaston de NueiP, celle où, pour l'éloigner d'elle, ses parents l'envoyèrent quelque temps à Bayeux chez sa sœur. Dix ans plus tard, la Dilecta dut éprouver, dut écrire tout ce que M™o de Beauséant écrit à son jeune amant en lui rendant la liberté; et si la lettre de M™^ de Beauséant est admirable, si cette lettre qui veut être un adieu et qui est une caresse, si cette lettre qui voudrait signifier : € Sois libre >, et où chaque ligne crie : < Je t'aime! » est une des rares pages de la Comédie humaine où Balzac ait su parler le langage vrai de la passion, c'est peut-être
l.Date qu'il nous fournit lui-même dans la dédicace de Louis Lambert (première édition) : Et nunc et semper dilecix dicatum, i822-i83S. -— M. Hanotaux s'est demandé, en lisant Une passion au collège, histoire d'un collégien amoureux de la mère d'un de ses condisciples, si l'amour de Balzac pour la Dilecta ne datait pas du temps où il était encore au collège. A supposer que cette historiette assez ridicule contienne une allusion à Balzac et à M"' de Berny, il ne semble pas qu'elle puisse prouver cela. Balzac était depuis longtemps sorti du collège quand ses parents se fixèrent à Villeparisis et qu'il y fit la connaissance des Beniy ; il n'avait pas eu pour condisciple le fils de la Dilecta, •« le petit de Berny », comme il l'appelle; mais en 1822 il le faisait travailler, il lui faisait « la classe ", et ainsi s'explique peut-être la scène finale de Une passion au collège.
qu'elle n'est qu'une copie, ou c'est, à tout le moins, qu'en l'écrivant il avait encore dans l'oreille le timbre et le rythme d'une chère voix mouillée de larmes. La date inscrite à la fin du récit * en accuse le caractère quasi confidentiel, elle en trahit l'intention secrète; en dépit de la dédicace à M™« d'Abrantès, elle dit à qui ce récit s'adressait. Lorsque Balzac l'a composé, en août et septembre 1832, à Angouléme, il venait de dénouer doucement le lien qui l'enchaînait, et il voyageait depuis trois mois, par crainte des rechutes. 11 l'a composé afin de consoler celle qu'il fuyait *, et afin de rendre la rupture définitive en effrayant un peu sa tendresse. 11 a fait en sorte qu'elle le reconnût en ce Gaston de Nueil qui adore sa maîtresse au moment môme où il la quitte, et qili meurt de l'avoir quittée. Il savait que, dès qu'elle pourrait craindre de lui devenir funeste, au lieu de le rappeler dans ses bras elle ne songerait plus qu'à