‹ Balzac: l'homme et l'œuvreChapitre 51 sur 73 · Histoire des œuvres · texte numérisé non relu

Histoire des œuvres

2. La même intention s'accuse dans Louis Lambert qu'il venait d'écrire au château de Sache, et où il disait : « Louis Lambert est l'être qui m'a donné l'idée la plus poétique et la plus vraie de la créature que nous appelons un ange» en exceptant toutefois une femme de qui je voudrais dérober au monde le nom, les traits, la personne et la vie, afin d'avoir été seul dans le secret de son existence et de pouvoir l'ensevelir au fond de mon cœur. » — Bien des mots d'amour, dans les lettres de Louis Lambert à sa flancée, étaient, je pense, des mots vrais, des mots de M"' de Berny que Balzac n'oubliait pas même en la fuyant : « Tu m'as dit ces enivrantes paroles : je veux tes peines. — Ne m'as-tu pas dit ce mot délicieux : Maintenant et toujours! Et nunc et semper! — Si nos regards sont de vivantes paroles, ne faut-il pas nous voir pour entendre par les yeux ces interrogations et ces réponses du cœur si vives, si pénétrantes, que tu m'as dit un soir : Taisez-vous! quand je ne parlais pas? — Chérie aimée, il se rencontre tel effet de lumière sur tes cheveux noirs qui me ferait rester, les larmes dans les yeux, pendant de longues heures, occupé à voir ta chère personne, si tu ne me disais pas en te retournant : Finis, tu me rends honteuse! •

s'effacer, qu'à le guérir de son amour. Voilà pourquoi M. de Nueil se tue. — Quant à M. de Balzac, il n'avait, au fond, nulle envie de se tuer. Mais il lui tardait d'être libre, et de faire tranquillement sa cour à M°»° de Castries qui l'attendait à Aix-les-Bains.

« Moi seul, a-t-il dit, sais ce qu'il y a d'horrible dans la Duchesse de Langeais K » Ce qu'il y avait d'horrible pour lui là dedans, c'était le rappel et l'exacte analyse de toutes les coquetteries ou roueries par lesquelles M""« de Castries l'avait naguère attiré et séduit; c'était cet art de jouer avec un cœur, et de s'offrir, et de ne point se donner, art qu'il prête à M"« de Langeais et où il savait trop bien que M™*' de Castries excellait. Il était si naïvement tombé dans le piège! Il avait été si troublé, si ravi, quand il s'était cru aimé d'une grande dame, d'une très grande dame! < La vraie duchesse, bien dédaigneuse, bien aimante, fine, spirituelle, coquette, rien de ce que j'ai encore vu! un de ces phénomènes qui s'éclipsent, et qui dit m'aimer, qui veut me garder au fond d'un palais à Venise ! la femme des rêves ! » — Arrivé auprès d'elle à Aix, en septembre 1832, il s'aperçut bientôt que le phénomène s'éclipsait et s'éclipserait toujours au moment décisif; son désappointement fut extrême, les vraies duchesses lui devinrent odieuses, le monde lui sembla méprisable. Il comprit l'ermite, il approuva le trappiste, il envia le curé de village; il rêva de retraite, d'existence champêtre, de dévouement aux humbles, — et commença le Médecin de cam-' pagne. Il y peignit les beaux pays que son séjour à Aix lui avait permis de visiter et qui, à défaut d'une Elvire, lui avaient du moins offert « lacs, rochers muets, grottes,

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