Balzac
JACCOTTET, BOURDILLIAT ET C'^, ÉDITEURS. La traduclic n et la reproduction sont réservées.
Je me crois obligée envers mon frère et envers tous, à publier des détails que, seule aujourd'hui, je puis donner, et qui permettront d'écrire une biographie exacte de l'auteur de la Comédie humaine. Les amis de Balzac m'ont pressée de couper court le plus tôt possible à ces légendes qui ne manquent pas de se former autour des noms illustres, afin de prévenir les erreurs qui pourraient s'accréditer sur le caractère et sur les circonstances de la vie de mon frère. J'ai compris qu'il valait mieux dire la vérité, quand bon nombre de personnes pouvaient encore l'attester.
La Comédie humaine a suscité presque autant d'attaques que d'admirations. Tout récemment encore, des critiques l'ont jugée sévèrement au nom de la religion et de la morale, que les adversaires des
grandes renommées tâchent toujours de mettre de
leur parti. Je ne sais si, à aucune époque, il y a eu en
France un peintre de mœurs qui n'ait pas été accusé
de faire scandale, et quelle littérature sortirait des
principes sévères qu'on veut imposer aux écrivains ;
si ceux qui les professent se mettent à Toeuvre,
réussiront-ils à prouver, par l'exemple, que Balzac
s'esl trompé quand il a cru • ue le roman de mœurs
ne peut se passer de contrastes, et qu'on n'instruit pas
les hommes par la seule peinture de leurs vertus?...
Je n"ai ni le pouvoir ni la volonté d'appeler de ces
arrêts, et je ne prétends pas ici défendre mon frère.
Le temps, qui a consacré tant de génies contestés ou
insultés à leur époque, lui assignera sa place dans la
littérature française. Rapportons-nous-en à ce juge,
le seul qui soit impartial et infaillible.