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de sensations, — qu'on ne saurait trop recommander à l'attention des lecteurs sérieux; ce sont celles qui ont trait à la législation, à la procédure, aux usages en matière de faillites.
Peut-être ce fut le souvenir des remarquables observations contenues à ce sujet, dans César Birotteau qui inspira à Jules Fûvre et à Dupont de Bussac la proposition sur « les Concordats amiables », qu'ils présentèrent à l'Assemblée constituante de 1848; peut-être aussi les quelques salutaires modifications qui ont été apportées depuis à cette législation sont-elles dues aux enseignements puisés dans ce livre si curieusement étudié.
Il n'en est pas moins vrai que les législateurs peuvent encore le lire avec fruit, car il s'en faut que tous les abus signalés par Balzac aient disparu.
58. La maison Nncingen. — « Vous et quelques âmes belles comme la vôtre, écrit Balzac dans la dédicace de cette étude, adressée à madame Zulma Carraud, comprendront ma pensée en lisant la Maison Nucingen accolée à César Birotteau, » Dans ce contraste n'y a-t-il pas tout un enseignement social? »
En effet, le puissant banquier juif et allemand devenu maître d'une fortune énorme, grâce à trois ou quatre liquidations, désastreuses... pour les autres et qui ont plongé dans la misère des milliers de familles, est bien l'envers de cet infortuné et honnête Birotteau, à peine coupable d'un excès de vanité.
— Cet enseignement, Balzac le résume par ce mot de Blondet placé à la dernière page de cette
étude si savante, si profonde et si sincère du monde de la finance.
« Les lois, dit-il, sont des toiles d'araignée à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites. »
Mais le grand écrivain, ne se trompait-il pas en croyant que le triomphe des doctrines monarchiques et religieuses, la pratique du pouvoir absolu, mettrait un frein à ces déprédations des féodalités financières? Qu'avons-nous vu sous le despotisme du second Empire? Au lieu d'agir en vertu de la liberté et de lutter à ciel ouvert dans une concurrence plus ou moins loyale, les financiers se sont abrités sous le couvert des principes de conservation sociale et ont donné de plus grands développements à leurs opérations avec le concours et parfois la complicité du pouvoir et de la religion !
59. Facino Cane. — Ce récit, qui n'a que douze pages, peint avec une prrande intensité de coloris la passion de Tor survivant au sens de la vue chez un vieux musicien italien pensionnaire des Quinze- Vingts, qui veut à toute force entreprendre à pied le voyage de Venise pour aller chercher les trésors enfouis dans son palais.
60. Les Secrets de la princesse de Gadignan. — Elle est d'une finesse incomparable, cette nouvelle exquise qui met en scène la séduisante pervertie qui fut la duchesse de Maufrigneuse et est devenue princesse de Gadignan, la non moins dépravée marquise d'Espard et le grand, noble et naïvement superbe d'Arlhez.
Oomme le spirituel peintre ironique des grandes dames sait faire comprendre, par ses sous-entendus transparents, ces appétits blasés de la fière royaliste qui, dans son regret de n'avoir pu s'offrir le régal de Tamour de Taustère républicain Michel Ohrestien, parce qu'il a voulu se borner à l'aimer dans Tombre et le silence, veut se donner le plaisir de séduire le grand d'Arthez, en lui jouant la comédie de la femme innocente, pure et calomniée, pour ainsi dire « vierge et martyre I » comme elle le dit elle-même, non sans un sourire intérieur. C'est le triomphe de l'esprit de la femme.
Et maintenant, si vous voulez juger de la merveilleuse souplesse du génie de Balzac, à la fois un, multiple et divers, lisez cette étude parallèlement avec La duchejsse de Langeais; vous apprécierez la différence de ces deux hautes coquetteries; 'la duchesse, pour s'approprier ce lion de Montriveau, à qui elle ne veut pas se donner, ce soldat fort, nerveux, puissant, aventureux, s'adresse à ses nerfs, à ses sens, — tandis que la princesse, qui brûle d'appartenir à d'Arlhez, s'adresse à l'imagination, à l'âme noble et chevaleresque du grand poète !
61. Les grands, l'hôpital et le peuple. — Quel immense sujet, et combien on doit regretter que le grand génie de qui le puissant cerveau Tavait conçu ne nous en ait laissé que le titre!
68. Dn prince de la Bohême. —C'est une singulière histoire que celle de La Palférine, prince par les manières, l'élégance, les relations, le ton, l'insolence, bohème par le délabrement de la bourse.
Cette bohème aristocratique précéda de quelques années dans le monde parisien la bohème artiste et littéraire dont Henry Murger fut le plus illustre représentant et historiographe.
Les La Palférine eurent longtemps leur quartier général au perron de Tortoni; on les voyait souvent dîner au Café de Paris, situé alors en face. Ils faisaient quelques apparitions au foyer et à Tamphithéâtre de TOpéra et soupaient volontiers à la Maison d'Or ou au Café Anglais en sortant du bal de l'Opéra.
Ils disparurent complètement de Paris après la révolution de février 1848, mais on en vit reparaître quelques-uns un peu plus tard, qui devinrent la fleur des pois du second Empire !
67. Les Gomédiens sérieux (les Comédiens sans le savoir). — Une revue d'intrigants et de grotesques de Paris que font passer à un provincial des artistes mystificateurs, avec cet esprit satirique que Balzac prête à Léon de Lora (Mistigris) et à Bixiou.
68. Echantillons de causeries françaises. — Ces causeries n'ont point paru dans la Comédie humaine* Quelques fragments très spirituels et qui promettaient beaucoup, retrouvés après la mort de Tauteur, ont été publiés dans les Œuvres diverses,
69. Une vue du Palais. — Cette étude n'a pas été écrite. On sait assez à quel point Balzac était initié aux mystères du monde judiciaire pour regretter qu'il n'en ait laissé que le titre.
70. Les petits bourgeois. — Balzac parle beaucoup dans sa Correspondance de ce roman destiné primitivement au feuilleton du Journal des Débats, Mais il fut tellement touché de l'héroïsme de la Garde Nationale parisienne pendant les journées de juin 1848, qu'il renonça à achever cette étude satirique de la Bourgeoisie de Paris.
Il est probable qu'on Ta fait achever, après sa mort, par une main étrangère, très habile assurément, mais qui n'est point celle du maître.
Toutefois on reconnaît dans les premiers chapitres quelques traits d'observation parfaitement dignes de l'auteur de César Birotteau.
71. Entre savants. — Balzac faisait certes beaucoup de cas des vrais et grands savants dont les études profitent au perfectionnement moral et aux progrès matériels et intellectuels de l'humanité, mais il ne dissimulait point son dédain et son aversion pour ces faux savants, ces parasites de la science, si creux et si pompeusement solennels dont son époque a offert de si curieux spécimens.
Il est donc difficile de deviner à quel point de vue il entendait se placer pour écrire cette étude annoncée sous un titre si vague.
72. Le Théâtre comme il est. — Quant à celle-ci, il n'y a aucun doute à avoir ; l'auteur du Faiseur, de Quinola, de la Marâtre, n'avait pas eu assez à se louer du monde des théâtres pour qu'il soit pernùs de supposer qu'il eût l'intention d'en faire l'apoK logie.
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73. Les Frères de la consolation (l'envers de THistoire contemporaine). — Classé, je ne sais pourquoi, parmi les Scènes de la vie politique et définitivement indiqué dans le plan général de la Comédie humaine pour prendre sa place normale dans les Scènes de la vie parisienne , ce beau roman, — conçu et composé pour faire un contraste saisissant aux tableaux de mœurs dépravées, vicieuses, criminelles, peints dans la plupart des scènes qui précèdent, — comprend deux épisodes.
Le premier, sans titre, qui pourrait s'appeler madame de laChanterie, a été écrit de 1843 à 1845; le deuxième, Vlnitié, porte la date d'août 1848.
C'est, je crois, la dernière date que Balzac ait inscrite, avant sa mort, à la fin d'un de ses livres.
Cette étude me paraît appartenir à un nouvel ordre d'idées dans lequel entrait Balzac.
Peut-être se proposait-il d'affecter cette forme ironique à ses futures critiques sociales, de créer, en opposition, en contraste, en envers des vices réels de la société contemporaine, un monde idéal de haute vertu, de grandiose équité sociale destiné à balancer > à compenser, à réparer les désastres causés par les passions mauvaises et nuisibles ?
N'est-ce pas là la véritable moralité de cette superbe association formée, sous les auspices de Tangélique madame de la Chanterie, entre des êtres éprouvés par le malheur, victimes d'iniquités sociales ou judiciaires, réunissant leurs ressources, leur activité, leur zèle, leur charité pour aller audevant des souffrances secrètes d'autrui et apporter aux malheureux, non seulement les secours matériels dont ils peuvent avoir besoin, mais aussi, mais
surtout les consolations morales qui encouragent les cœurs et préviennent les terribles désespoirs des âmes?
Telle est la société secrète des Frères delà Consolation, qui a ses agents chercheurs de misères, espions dévoués des grandes douleurs, qui a ses médecins pour les maux physiques, les plus savants et les plus illustres de Paris, ses prêtres pour Tapaisement et la réhabilitation des âmes, et, pour les chagrins et les périls pécuniaires, son banquier, la grande maison Mongenod, dépositaire des capitaux considérables de l'association qu*elle fait fructifier honnêtement, et qui est bien l'envers le plus saisissant des du Tillet, des Gigonnet, des Nucingen et autres coquins de haut et bas étages, bien plus banquistes que banquiers.
Conception admirable, dont le développement romanesque offre, dans la dernière partie, des péripéties très émouvantes et un dénouement d'un effet puissamment tragique!
Cette étude, malgré ses tendances monarchiques, malgré les doctrines d'exclusivisme catholique qui y sont professées, me parait devoir être classée parmi les compositions du grand Balzac qui approchent le plus delà perfection.
73 bis. Les Parents pauvres. -— Lorsque Balzac dressait, en 1845, le plan de la Comédie humaine et assignait à chacune de ses études la place qu'elle était destinée à occuper dans ce vaste programme, non seulement il n'avail pas encore écrit les Parents pauvres, mais il semble qu'il n'y avait pas même pensé, puisque le titre n'est indiqué à aucun des 144 numéros de ce curieux catalogue.
Et pourtant il allait écrire dans ce chef-d'œuvre un des plus formidables endroits de Thistoire contemporaine, contrastant de la façon la plus énergique avec l'œuvre précédente.
Les deux épisodes dont se compose cette incomparable étude, la Cousine Bette et le Cousin Pons, ne portent que deux millésimes reliés par un trait d'union : 1846-1847. Ils paraissent donc avoir été composés et écrits dans l'espace d'une année, c'est-à-dire presque improvisés.
Du reste on a pu lire, dans un fragment d'une lettre de cette époque, que j'ai cité, qu'il écrivit certaines parties au courant de la plume, sans revoir d'épreuves; Balzac, ce glorieux et passionné piocheur. z
Il est vrai de dire qu'il était alors au summum de son génie, que cette œuvre est, comme disent les Allemands en parlant du Don Juan de Mozart et du Freyschutz de Weber, son « opéra der opéra », comme on pourrait dire en parlant de la symphonie en u? mineur de Beethoven, du Guillaume Tell àe Rossini I
Ces deux épisodes semblent issus d'une même idée, en représenter les deux faces et avoir été composés parallèlement.
La cousine Bette est la vengeance de la pauvreté consobrinale ; le cousin Pons en est la victime. Mais quelle superbe ironie dans l'opulence secrète de Pons, le persévérant collectionneur et dans les trésors de son âme I
La cousine, dévorée d'envie, dissimulant sa haine sous des dehors humblement mielleux, se fait l'artisan perfide de la ruine pécuniaire et morale des
Hulot au moyen de madame Marneffe et de Wenceslas, et donne le spectacle d'une passion mauvaise, animée par une volonté inflexible, une patience infatigable, soutenue par Tempire sur elle-même le plus persistant, triomphant de ceux qui ont blessé sa vanité de femme !
Cette conclusion serait peut-être immorale, si le châtiment des êtres vicieux qui vivent d'une vie si cruellement réelle dans l'action poignante de cette étude prise sur le vif n'était pas si impitoyablement terrible.
« Sublime horreur I » écrivait le marquis de Belloy à son ami Balzac après avoir lu cette incomparable peinture de perversités et de vertus contemporaines!
Faut-il rappeler les principaux de ces types inoubliables qui se meuvent dans ce drame si humain du monde de la haute bourgeoisie parisienne?
Ce baron Hulot, cet inassouvissable amant de la chair, le luxurieux moderne; — ce vieux soldat, le général Hulot d'Hervy qui pleure sur les hontes infligées au nom qu'il a illustré.
Ce Crevel si grotesque, si vrai, si odieusement et si naïvement méprisable.
Ce ménage Marneffe, l'idéal de ce que la corruption parisienne peut produire de plus ignoblement fangeux.
Et, en regard, ce beau idéal de la vertu bourgeoise dans la personne de cette sublime Adeline Hulot.
Et cette Lisbeth elle-même, cette cousine si minutieusement étudiée et exécutée à la façon des peintres flamands.
Et encore tous les personnages de second plan.
Venceslas, Hortense, Josepha, ratrocement vindicatif Brésilien, etc.
Et encore, ces hautes pensées qui fourmillent dans ce livre et dont je cueille au hasard quelques unes...
« Laissez aux jeunes filles bien élevée?; le choix absolu de leurs maris; si elles sont en position d'avoir ceux qu'elles désigneront, elles se tromperont rarement.
a La nature est infaillible; Tœuvre de la nature, en ce genre, s'appelle: aimer à première vue. En amour, la première vue est tout bonnement la seconde. » Mais quel démenti encore au principe de l'absolutisme paternel, souvent profe&sé par Balzac!
Et cet autre démenti à la prétendue excellence des pratiques de la religion catholique pour défendre les âmes contre les tentations du vice : « Valérie (madame Marneffe) avait ajouté l'hypocrisie religieuse à son hypocrisie sociale. Exacte aux offices le dimanche, elle eut tous les honneurs de la piété. Elle quêta, devint dame de* charité, rendit le pain bénit et fit quelque bien dans le quartier, le tout aux dépens d'Hector. »
Chose curieuse, je remarque que chez plusieurs des héros de Balzac, comme chez le Don Juan de Molière, la dévotion est un des moyens du Vice et de la Perversité !
Et encore celle-ci : « La beauté, c'est le plus grand des pouvoirs humains. Tout pouvoir sans contrepoids, sans entraves, autocratique, mène à l'abus, à la folie. L'arbitraire, c'est la démence du pouvoir.»
C'est assez beau de la part d'un prétendu absolutiste I
Puis : a Le travail constant est la loi de Tart comme celle de la vie. »
Enfin cette dernière, qui me parait résumer la moralité des gaspillages luxurieux des Hulot et des Crevel : « Mais si Ton veut transporter par la pensée ces troubles à Tétage supérieur de la société, près du trône ; en voyant ce que doivent avoir coûté les maîtresses des rois, on mesure l'étendue des obligations du peuple envers ses souverains quand ils donnent l'exemple des bonnes mœurs et de la vie de famille. »
Quoi qu'il en soit de toutes ces beautés variées de cet épisode de la Cousine Bette, je me demande encore si je ne préfère pas le Cousin Pons, qui a obtenu bien moins de succès, même devant le public des liseurs sérieux et des lettrés. On sent que l'auteur s'est complu dans la composition et dans l'exécution particulièrement pourléchée de cette étude à peu près irréprochable. Les détails de mœurs et de caractères n'y sont pas moins studieusement dépeints que les mobiliers; les objets d'art et les bibelots.
Ainsi quelle majesté dans ces deux figures principales de Pons et du vieux musicien Schmuke, l'idéal de la bonté, de la droiture d'âme, de l'amitié élevée à la hauteur d'une passion I
Avec quel relief ces deux nobles individualités, l'honneur de l'espèce humaine, se détachent sur le fond du tableau où grouillent les personnages secondaires, les Cibot, les Remonencq, lesMagus, les Fraisier, le docteur Poulain, l'abbé Duplanty, et, dans le clair-obscur, les esquisses des de Marville, des Popinot, du notaire Berthier, de Cardot, etc. !
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73 ter. Esgulsse d'hommes d'affaires. — Cette simple anecdote, ouest exposé en quinze pages infiniment spirituelles un des trucs dont se servent souvent les princes de la bohème pour payer leurs dettes et entretenir des femmes sans qu'il leur en coûte rien, est datée de 1845. C'est pourquoi elle ne figure pas dans le plan de la Comédie humaine.
73 quater. Gaudlssart IL — Autre truc de commisvoyageur devenu boutiquier de Paris et spéculant sur l'excentricité et la vanité des femmes à la mode pour pratiquer à leur égard le vol à la facture. — Non compris dans le plan de la Comédie humaine.
SGÈNBS DR Là. VIS POLITIQUS
74. Un épisode sous la Terreur. — Ce n'est qu'une anecdocte, mais elie est contée avec une grande habileté de composition et produit un remarquable effet de mise en scène.
Ecrite et publiée en janvier 1831, combien elle a dû faire frémir d'horreur, six mois après la révolution de Juillet, les royalistes fidèles, à une époque où étaient encore nombreux les survivants de la Terreur qui appréhendaient le retour des violences révolutionnaires !
Il s*agit simplement, dans ce récit, d'une messe dite le lendemain du 21 janvier 179J, sur la demande d'un inconnu, et dont l'anniversaire se célèbre tous les ans à pareille date.
En 1795, le prêtre qui dit cette messe secrète et les deux religieuses qui Tentendent reconnaissent rinconnu qui l'avait commandée et qui y assiste aussi régulièrement. Ils Tout vu sur la charrette qui conduit les condamnés au supplice. C'est le bourreau I