LES PAYSANS
§ I. — Misères paysannes.
Balzac nous a laissé de l^état des campagnes une peinture très sombre et qu'on croirait charge'e. Les paysans qu'il nous pre'sente, à. -J^ quelque province qu'ils appartiennent, « crou-" ''
pissent, dit-il, dans la fange (i) », et, par ignorance, incurie ou routine, ne tirent presque rien d'un sol naturellement fertile. La terre est riche, tandis que les terriens sont pauvres : voilà le contraste douloureux et singulier qu'il observe et qui lui fait jeter des cris d'angoisse.
Or, la misère ne va jamais seule.
(i) Le Médecin de campagne.
Balzac note en passant le dommage que cause à la santé' une existence trop peu conforme aux lois essentielles de l'hygiène : « Les gens de la campagne se nourrissent si mal, e'crit-il, que leurs maladies ne viennent que de
[ leur indigence (i). » Mais qu'est-ce que cette infe'riorité physique, si vivement qu'elle importe à l'avenir de la race, à côte' des difformite's morales qui ne peuvent d'ailleurs que l'aggraver ! C'est le mérite de Balzac d'avoir dit nettement par combien de côte's le vice touche à la misère et d'avoir montré qu'il en est toujours la suite force'e, quand d'aventure il
(^ n'en est pas la cause. Car, pour quelques traits d'he'roïsme que l'on découvre chez les mise'rables et qui ravissent la pense'e comme une apparition inattendue de « l'Evangile en haillons {2) », que d'autres ne font honneur ni à l'Evangile, ni à l'humanité', ni à rien ! « L'homme absolument probe et moral est, 'dans la classe des paysans, une exception. Les curieux demanderont pourquoi : ... Le travail, quand il e'crase le corps, ôte à la pense'e son action purifiante, surtout chez les gens ignorants. Enfin, pour les paysans, leur misère est leur raison d'Etat (3). »
(i) Le Médecin de campagne. — (2) Ibid. — (3) Les Paysans.