‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 16 sur 84 · FF ARTICLE LE · texte numérisé non relu

FF ARTICLE LE

Toute surface privée de ses téguménts naturels doit être mise à l'abri des injures, et de l'impression nuisible des corps étrangers.

La paturé , abandonnée à nette pourvoit ordinairement à ce soin en suscitant la transsudation d'une matière concrescible à à l’air, et qui se transforme-en croûtes, squammes, furfures , etc., sous lesquelles la cicatrice peut $s’opérer plus ou moins librement, et plus. ou moins vite.

L'homme de l'art, pour imiter cette opération naturelle, procède de plusieurs manières. Ici, il émprunte, par la suture et les bandelettes agglutinatives , des téguments aux parties voisines. Là , il place sur les solutions de continuité tésumentaires, des feuilles de végétaux , de papier ou de plomb, de la baudruche, de la toile d’araignée, des poudres diverses , des tissus recouverts d’emplâtres , d’onguents et de corps variés, D’autres fois, il a recours à des linges secs ou imprégnés de liqueurs , à la laine , à des étoupes , au lint des Anglais ; enfin, à la CHARPIE , qui paraît être, jusqu'ici et ‘partout, le moyen par cstente l'ullima ratio CAE . cor um. | |

* : ARTICEE IL.

Cette longue énumération d'objets , qu’ on dt éb prendre , laisser et reprendre, et qu'on prend , laisse et reprend, parfois indistinctement, pour recouvrir ot faire cicatriser les

surfaces dénudées , nous démontrent déjà clairement que la charpie n'a rien de bien spécial et d'exclusif. On peut affrmer, en. effet, qu’elle n’a aucune propriété particulière , ducune action spécifique.

- Toutefois, si elle en possédait quelques unes , par hasard, on peut raisonnablement admettre qu'elle ne les déploierait qu'autant qu'elle serait . appliquée immédiatement ,sur les tissus dépouillés de leur épiderme. Mais , encore ici et dans cette supposition, sa prétendue action thérapeutique ne serait guère que momentanée ; c’est-à-dire , qu'aussitôt que du sang, du pus, de la sérosité, viendraient l’humecter et s’interposer entre elle et la surface dénudée (ainsi qu’il arrive toujours..et. presque sur-le-champ}, les propriétés médicamenteuses de la charpie seraient, incessamment modifiées ou effacées par ces corps liquides étrangers. La couche plus ou moins épaisse de ces. derniers, en isolant la charpie des tissus affectés, ne serait-elle pas, pour ainsi parler, la seule en cause en pareil cas?

Mais les qualités spécifiques de la charpie (en supposant toujours qu'elle en possède réellement), seront bien mieux anéanties encore, si on la recouvre d’un corps gras, d’un onguent quelconque, ou si on l’applique sur un linge fenêtré et enduit lui-même de-substances variées ? |

En voilà bien assez , ce me semble , pour faire comprendre que la charpie, placée sur une plaie, et, à plus forte raison, partout ailleurs que sur une surface saignante, ne peut agir que comme un corps mou, souple, inoffensif et propre à protéger les parties sous-jacentes.

Ce mot protéger indique, en éffet, le point essentiel qui domine toute cette affaire ; et, si ce point est suffisamment déterminé et bien senti, il portera, j'espère, la lumière et . la conviction dans les esprits, et fera mieux apprécier la valeur des considérations dans lesquelles je dois entrer.

Si nous remontons à la source d’où découlent les heureux résultats qu'on attribue aux brins effilés et cotonneux qui constituent la charpie, on sera forcé de reconnaître que ce bienfait est dû uniquement à ce qu'ils présentent, lorsqu'ils sont réunis etagglomérés en faisceaux , en masses informes, ou en gâteaux , plumasseaux et tentes ; qu'ils offrent; dis-je ,

DE LA CHARPIE. 57 un moyen souple, léger, et qui agit toujours avec douceur et mollesse.

Ce sont là, en effet, les belles propriétés qui.distinguent tout particulièrement la charpie, qui la‘ placent au premier rang des corps protecteurs , et beaucoup au-dessus de toutes les autres substances qu'on emploié aujourd’hui dans ce même but. « C’est d'elles seules que dépend tout le prestige

ui l'environne. »

ee charpie , cependant, n'est pas, à beaucoup près, sans de graves inconvénients, et:il suffit d'é énumerer les qualités qu’elle doit avoir, pour être frappé des causes nombreuses qui se réunissent ét empêchent qu'elle soit rarement bonne Ou exempte de défauts graves.

Ainsi, il est de règle, par exemple, que la charpie soit faite avec de la toile de lin ou.de chanvre, à moitié usée; or, vu la rareté, toujours croissante , des tissus qui ne sont pas faits de coton, on est obligé d'utiliser, pour la confection de la charpie, toute espèce de vieux linge. Ces chiffons doivent, sans doute, être lessivés; mais qui nous garantira qu'ils l'ont été avec soin, et qu'ils ne sont pas salis encore par des restes de sueur, de pus, ‘de sanie , provenant de DUR ; de galeux , de vénériens?

Les brins de charpie, si fins, si moelleux , si doux au toucher, si propres et blancs qu'on veuille les supposer, doivent cependant passer et repasser, {ous, entre des doigts dont on n'est pas toujours sûr, des doigts de malades peut-être.

Ces brins et:les linges dont on les tire restent même assez souvent abandonnés et étendus négligemment, sur des tables et des lits malpropres, ou livrés à des enfants ou à des individus dégoütants. Il convient donc, tout au moins, de se défier de la charpie qu’on ne fait pas soi-même, et du vieux linge qu’on reçoit ou achète pour en fabriquer.

La charpie s’altère et se putréfie aisément, et devient ainsi la cause d'accidents fâcheux.

On ne peut pas s’en procurer toujours suffisamment, eton l’a rarement dans le besoin. |

. Dans les armées et à la suite d’une grande affaire, dans la pratique particulière et dans les accidents:i imprévus, on n’est que trop souvent réduit à en déplorer le manque absolu ou

l'insuffisance, et, ce qui est-encore plus fâcheux, la triste qualité. à ;

La charpie est à des prix très élevés, et, par conséquent, dans tous les établissements publics, sujette à. caution, et d'assez médiocre valeur.

: Malgré tous ces motifs, sur lesquels on se fait probablement illusion, la presque universalité des chirurgiens est d'avis que la charpie est et doit être un objet indispensable et de première nécessité. S'il en est réellement ainsi, et's'il existe des difficultés insurmontables de remplacer ce corps, il faudra bien se résigner, et le supporter avec tous les inconvéaients que je viens d’énumérer. |

Toutefois, on aura peine à croire qu’on en soit réduit là , si l’on réfléchit surtout au peu de zèle qu’on à mis et qu’on met encore généralement à recherchèr un moyen quelconque et qui soit propre à remplacer cette substance. Peut-être qu’en y mettant plus de soins et de suite; peut-être aussi qu’en abjurant ce dogme chirurgical, « qu’on est arrivé, avec la » charpie, au nec plus ultra des moyens protecteurs que » réclament les pansements ; » peut-être encore qu’en ayant quelque foi en la possibilité de trouver mieux; peut être, disje, qu'on parviendra, sans trop d’efforts, à des résultats très avantageux et inespérés.

Voici, du reste, les Conditions essentielles que doit réunir tout agent qu’on voudra substituer à la charpie, dans le but de protéger nos tissus : Fee

1° L'économie. On fait de ce corps une consommation si considérable, surtout dans les établissements de charité, que ce point doit être pris ( ‘en grande considération. Il est d’ ailleurs plus'facile d'éviter la fraude et les résultats de la cupidité , si l'objet fourni est commun et à bas prix ;

20 La facilité à se procurer, toujours et partout, ce succédanée ; rire

30 La certitude, par conséquent, de n’en manquer jamais, et de l'avoir toujours de bonne quant ; ;

ko La très grande commodité de s'en servir à Tous lés usages requis ; ,

5° Le mode simple de l’appliquer ;

fo «La confiance que Îce corps, destiné à remplacer la

» charpie, non seulement ne nuira point au but qu'on se » propose, mais qu'il l atteindra tout aussi bien que la charpie - »-la mieux qualifiée, et qu’il sera sans aucun inconvénient.»

Au nombre et à la sévérité de ces conditions, on me rendra cette just'ce, sans doute, que je ne veux pas échanger la charpie contre, pek, et que je fais beau jeu aux partisans exclusifs de cette substance. Le dernier caractère que j’éxige dans son-suppléant est, pour moi, du reste de la plus haute importance ; car s’ilétait reconnu et prouvé’ que la charpie est le moyen par excellence, la condition sine qu non du succès, il faudrait se la procurer à tout priæ. Le serait, à coup sür, le comble dela déraison de la part d'un praticien $ et on ne saurait assez le blâmer, le repousser , ef qui plus est, le couvrir de ridicule s’il s’avisait de.mettre de côté un-corps aussi précieux, et de lui en substituer un autre qui n'aurait pas ses éminentes qualités, ou quai ne les posséderait qu'à ua faible degré. . :

Mais ce moyen à mettre en regard et en place de la charvie est-il donc encore à trouver ? Et serait il vrai qu'on a essayé et appelé au secours des blessés fous les corps connus, qui, par leurs propriétés apparentes et leur parfaite analogie avec la charpie, semblent pouvoir être mis sur la même ligne que. cette dernière? Non! évidemment non!

. On peut affirmer , au contraire, que la substance Ÿ épétale la plus répandue , celle qui tend à se multiplier de plus en plus, et à pénétrer partout; celle qui ressemblé le plu à la chafpie de toute première qual: lé; qui se manie le plus faci- Jement; qui se prête le mieux à toutes-les exigence s, et aux divers usages auxquels on fait servir la char pie; qui lemporte sur celle-ci par la blancheur, la finesse, la DÉDOrETE, le moelleux, l'inoffensif, l'élasticité, la douce résistance, la légèreté, le facile transport, le bas prix; que le COTON, en un mot, non seulement reste comme inaperçu dans la partie déligatoire de la chirurgie, mais qu’on $: €: t appliqué encore à appeler sur lui, et depuis les temps les plus. reculés, la haine et la malédiction de tous les peuples. : à; |

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